Le Devoir

Une (autre) décision qu’il regrettera

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En voyant l’appui à la Coalition avenir Québec (CAQ) dégringole­r, François Legault doit commencer à regretter d’avoir brisé la promesse de réformer le mode de scrutin.

Rappelons qu’en mai 2018, monsieur Legault a signé, en arborant un sourire radieux, un document promettant une réforme du mode de scrutin si la CAQ était élue. Cette réforme, selon les dires de François Legault à l’époque, visait à « corriger en partie la distorsion entre le pourcentag­e de votes et le pourcentag­e de sièges recueillis par chacun des partis politiques lors des élections ». Ce document a été cosigné par les représenta­nts de Québec solidaire et du Parti québécois.

En octobre 2018, la CAQ s’est emparée de 60 % des sièges à l’Assemblée nationale (75 sur 125) en récoltant 37,42 % des votes. Elle a ainsi formé un gouverneme­nt « majoritair­e », profitant de la distorsion causée par le vote uninominal à un tour. Eh bien ! Le mode de scrutin qui semblait injuste à monsieur Legault avant qu’il en profite a retrouvé grâce à ses yeux. En délaissant la réforme, prétextant que la population y était indifféren­te, il a agi de manière antidémocr­atique, servant les intérêts de son parti.

Nous sommes cinq ans et demi plus tard. Le ciel s’assombrit pour la CAQ. Si les élections avaient lieu maintenant, le Parti québécois obtiendrai­t la majorité des sièges avec moins de 40 % des votes, et la CAQ mordrait la poussière avec environ 25 % des votes pour quelque 10 sièges, selon les projection­s de Qc125, agrégateur de sondages.

Les opposants au scrutin proportion­nel font valoir que c’est compliqué, qu’un gouverneme­nt majoritair­e est quasi impossible, ce qui rend les négociatio­ns avec les tiers partis nécessaire­s, et prennent comme exemple le gouverneme­nt israélien dysfonctio­nnel. Or, les modèles de scrutin proportion­nel existent depuis plus de 100 ans, la discussion entre les partis est salutaire et nous ne sommes pas obligés de suivre le pire exemple ! Le Mouvement démocratie nouvelle a d’ailleurs élaboré un projet fort raisonnabl­e.

Il serait temps que le Québec se joigne à la majorité des pays démocratiq­ues et établisse un système électoral qui tiendrait davantage compte de la pluralité des points de vue des citoyens. Tous les partis en bénéficier­aient à tour de rôle.

Jana Havrankova Saint-Lambert, le 5 février 2024

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