Le Devoir

La mort de monsieur R. comme catalyseur de changement ?

Nous avons besoin de lieux de soins de santé adaptés et accessible­s pour les personnes en situation d’itinérance

- Michelle Patenaude et Marjolaine Despars Les autrices sont toutes deux de l’organisme CAP St-Barnabé ; la première en est la directrice générale, la seconde, la directrice générale adjointe.

Il était près de 20 h, samedi dernier, lorsque l’équipe d’interventi­on du CAP St-Barnabé, un hébergemen­t d’urgence pour personnes sans abri situé dans l’est de Montréal, a fait la macabre découverte : monsieur R. est décédé.

Monsieur est mort seul dans le cubicule AH58 construit dans l’aréna de l’ancien YMCA Hochelaga. Il aurait eu 62 ans cette année. Il aura lutté contre la douleur jusqu’à son dernier souffle. Sa vie a été marquée par la souffrance et la détresse, et sa mort tragique rappelle les défis auxquels font face les personnes en situation d’itinérance.

Le CAP St-Barnabé gère 350 places réparties sur trois sites pour accueillir ceux et celles qui cherchent refuge, qui sont en situation d’itinérance chronique, qui se sont fait évincer ou bien qui ne rentrent pas dans la case B) alinéa 8 du formulaire 1430 du réseau de la santé. Malheureus­ement, malgré tous nos efforts, nous ne pouvons pas offrir les soins de santé adaptés que ces individus méritent. La triste histoire de ce monsieur est un rappel brutal de cette réalité.

En effet, la veille de son décès, monsieur R. a été placé devant un choix difficile : accepter ou refuser un traitement médical. Les ambulancie­rs appelés sur les lieux ont été plus préoccupés par un éventuel état agressif que par son état de santé qui se dégradait. Ils ont quitté les lieux en laissant derrière eux un homme souffrant et un sac de glace contre sa douleur. Monsieur R. refusait de se rendre à l’hôpital, une aversion qu’il partageait avec de nombreuses personnes en situation d’itinérance qui ont connu des expérience­s traumatiqu­es dans le système de soins de santé.

La journée de son décès, monsieur R. était toujours en grande souffrance. Il a fini par s’éteindre seul, sur un plancher de cubicule, dans ce qui était sa maison, aussi inconforta­ble soit-elle.

Le corps de monsieur R. restera probableme­nt non réclamé, ce qui s’ajoute à la triste réalité des personnes en situation d’itinérance chronique. Son décès est un rappel poignant de la nécessité pressante de développer un projet permanent qui permettra aux personnes de recevoir les soins de santé et la dignité qu’elles méritent.

Monsieur R. n’est plus parmi nous, mais sa mémoire devrait servir de catalyseur à un changement positif. La dignité et la vie des personnes en situation d’itinérance en dépendent.

Nous appelons à l’action immédiate de nos gouverneme­nts ainsi qu’à celle de nos bailleurs de fonds afin qu’ils nous soutiennen­t dans la création de lieux de soins de santé adaptés et accessible­s pour les personnes en situation d’itinérance. Nous nous engageons à poursuivre notre mission avec déterminat­ion, mais nous avons besoin de soutien pour faire de cette vision une réalité. Personne ne devrait mourir dans un cubicule et il est de notre responsabi­lité collective de changer cette réalité.

Nous appelons à l’action immédiate de nos gouverneme­nts ainsi qu’à celle de nos bailleurs de fonds afin qu’ils nous soutiennen­t dans la création de lieux de soins de santé adaptés et accessible­s pour les personnes en situation d’itinérance

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