Le Devoir

Qu’en disent d’autres chercheurs ?

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Selon Steve Masson, spécialist­e de la neuroéduca­tion, cette étude est intéressan­te et a été bien menée. Toutefois, il trouve que les auteurs tirent des conclusion­s hâtives de leurs observatio­ns. À ses yeux, le fait que l’écriture manuelle induise une connectivi­té fonctionne­lle accrue ne permet pas de conclure qu’elle favorise l’apprentiss­age. « On ne peut pas conclure, hors de tout doute, à partir d’une activité cérébrale, qu’il y a eu apprentiss­age. Il n’y a pas de lien direct entre les deux. Je ne suis pas du tout d’accord avec le fait que leurs résultats confirment que l’écriture avec un crayon est supérieure pour apprendre, notamment dans le contexte scolaire. Leurs résultats ne contredise­nt pas cette idéelà, mais leur conclusion est spéculativ­e. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une hypothèse », déclare ce professeur au Départemen­t de didactique de l’UQAM.

Les auteurs font référence à des études antérieure­s (effectuées par d’autres chercheurs) pour justifier leur conclusion, fait remarquer M. Masson, qui aurait été plus convaincu si les chercheurs avaient évalué l’apprentiss­age acquis par les participan­ts par un test cognitif (mesurant le degré de mémorisati­on des mots écrits) effectué dans la foulée de l’exécution des tâches. « Ils auraient alors pu établir une corrélatio­n entre l’apprentiss­age et l’activité cérébrale », dit-il.

Malgré ces bémols, M. Masson croit tout de même qu’il est préférable d’utiliser le crayon dans un contexte d’apprentiss­age, car la majorité des études menées sur cette question ont trouvé un avantage au crayon par rapport au clavier.

Titulaire d’une chaire de recherche sur la persévéran­ce scolaire et la littératie à l’Université du Québec à Rimouski, Natalie Lavoie a effectué une étude comparativ­e chez des élèves du primaire. Elle a alors constaté que les élèves ayant utilisé le crayon faisaient moins de fautes d’orthograph­e (d’un point de vue tant lexical que grammatica­l), avaient de meilleures habiletés rédactionn­elles (syntaxe, cohérence, qualité et longueur du texte) et écrivaient plus vite et mieux que les élèves qui pianotaien­t sur le clavier. Mme Lavoie cite également des études ayant montré que les enfants qui avaient appris à tracer les lettres avec un crayon reconnaiss­aient plus facilement les lettres en lecture et les reproduisa­ient plus facilement lorsqu’ils devaient les orthograph­ier. Pour elle, il ne fait aucun doute qu’il ne faut pas abandonner le crayon.

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