L'arche de Noé 3D

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Maud Cuc­chi Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Adeptes du « do it your­self », Adrian-Fi­lip Oc­nea­nu et Brit­ta Evans-Fen­ton ont lan­cé dans leur ap­par­te­ment, en 2016, Low Po­ly Crafts. De­puis, l’af­faire cartonne.

Sur les murs du sa­lon, ce cu­rieux zoo haut en cou­leurs vous toise du re­gard : un bi­son aux cornes roses, trois gi­rafes ta­che­tées, une orque bleue et un cerf bi­co­lore. C’est la salle des tro­phées de Low Po­ly Crafts, une toute jeune en­tre­prise d’Ot­ta­wa spé­cia­li­sée en sculp­tures de pa­pier à confec­tion­ner soi­même.

Adrian-Fi­lip Oc­nea­nu et Brit­ta EvansFen­ton re­çoivent chez eux, au dixième étage d’un im­meuble flam­bant neuf dans le sec­teur

Me­cha­nics­ville.

Le pa­lier fran­chi, on dé­couvre un ca­bi­net de cu­rio­si­tés foi­son­nant, à l’image de leur col­lec­tion de thés où l’on ne sait quoi pio­cher. Créa­tifs in­vé­té­rés et adeptes du DIY (« do it your­self

»), ils ont fon­dé leur en­tre­prise dans leur ap­par­te­ment en 2016. Deux ans plus tard, ils com­mer­cia­lisent plus de 50 mo­dèles par­tout dans le monde et em­bauchent quatre em­ployés. En­tre­pre­neur dans l’âme, ce couple à la vie comme en af­faires re­garde tout avec des yeux d’en­fants. Ils s’émer­veillent, s’in­ter­rogent, se ta­quinent, com­plètent leurs ré­ponses et s’en­traident pour s’ex­pri­mer en fran­çais uni­que­ment. Les dé­fis, ils adorent. À peine ce­lui de Low Po­ly Crafts lan­cé, ils se concentren­t dé­jà sur ceux de de­main : la lo­ca­tion d’un autre bu­reau, une pré­sence ac­crue sur le mar­ché amé­ri­cain, la créa­tion de nou­veaux mo­dèles...

C’est une rup­ture amou­reuse, une en­tre­prise de ré­si­lience qui a vu naître Low Po­ly Crafts. « Je vi­vais le stress d’un doc­to­rat en gé­nie bio­mé­di­cal puis j’ai connu la fin d’une re­la­tion, se sou­vient Adrian-Fi­lip Oc­nea­nu. J’avais be­soin de faire quelque chose pour re­laxer.

J’ai dé­cou­vert le tra­vail d’un ar­chi­tecte al­le­mand sur In­ter­net et j’ai vou­lu m’y at­te­ler. »

Une feuille, deux mains et plus d’une rai­son de s’y col­ler ! Un bon exer­cice de pré­ci­sion, de mé­mo­ri­sa­tion fai­sant ap­pel à des no­tions de ma­thé­ma­tiques et de géo­mé­trie. « Nos mo­dèles sont des puzzles en trois di­men­sions » ré­sume-til. Cer­tains né­ces­sitent plus de 10 heures de tra­vail, en fonc­tion de la dif­fi­cul­té d’éla­bo­ra­tion de la sculp­ture choi­sie. D’autres pour­raient être as­sem­blés par un en­fant de sept ans - tout dé­pend de la dex­té­ri­té, pré­cise-t-il. Un cerf (sur­tout les cornes) re­quiert plus de pa­tience et d’ex­pé­rience qu’une simple étoile. Une trousse d’es­sai est four­nie avec les ins­truc­tions : de quel cô­té plier le pa­pier, où col­ler les ban­de­lettes à as­sem­bler... À la dif­fé­rence de l’ori­ga­mi, cet art du pliage se fa­çonne à la colle que l’on étale à l’aide d’une mi­ni spa­tule. Le kit en pièces dé­ta­chées ne pèse que quelques grammes, ce qui fa­ci­lite son ache­mi­ne­ment par la poste.

Le se­cret de ces élé­phants, tigres, et autres pan­das poids plume ? La mo­dé­li­sa­tion en 3D. L’es­thé­tique à la fois mi­ni­ma­liste et sub­tile, faite d’angles et de plans, est mo­dé­li­sée en ma­quette 3D grâce à un lo­gi­ciel in­for­ma­tique. Adrian-Fi­lip Oc­nea­nu nous conduit dans son bu­reau, l’antre nu­mé­rique de cette

arche de Noé 3.0. D’un cô­té, des car­tons de kits prêts à être en­voyés pro­posent plus de 700 com­bi­nai­sons de cou­leurs pos­sibles. De l’autre, dix im­pri­mantes et ma­chines à dé­cou­per tournent à plein ré­gime. « Nous ne connais­sons pas notre li­mite de ca­pa­ci­té de pro­duc­tion, re­con­naît-il. Je l’éva­lue­rais à 3 000 mo­dèles simples par se­maine ». Le couple a re­çu une com­mande de Tou­risme Ot­ta­wa pour 200 tu­lipes pour le fes­ti­val. M. Oc­nea­nu ne perd pas de temps : en 90 mi­nutes d’en­tre­vue, il plie­ra trois fleurs !

C’est ain­si, d’ailleurs, que Low Po­ly Crafts a dé­bu­té : en ven­dant des sculp­tures dé­jà as­sem­blées à des com­merces d’Ot­ta­wa. En 2016, Brit­ta Evans-Fen­ton re­père le po­ten­tiel de l’en­tre­prise à une foire d’ar­ti­sa­nat qu’elle or­ga­nise, Ma­ker Faire Ot­ta­wa. « Il créait tout à la main, ce qui lui pre­nait un temps fou, se sou­vient-elle. J’avais pro­po­sé que le dé­cou­page se fasse plu­tôt au la­ser. Et, pour ré­duire les coûts ain­si que le temps pas­sé à réa­li­ser le pro­duit, que les gens eux-mêmes as­semblent la struc­ture. »

Des ate­liers per­mettent d’ai­guiller les pre­miers clients aus­si­tôt avides de pos­ter leurs tro­phées sur Ins­ta­gram. Le ré­seau so­cial consti­tue un re­lais publicitai­re tout dé­si­gné pour Low

Po­ly Crafts, la pla­te­forme idéale pour van­ter ses réa­li­sa­tions ( 10 h de tra­vail mi­nu­tieux, ça se par­tage ! ) tout en fai­sant la pro­mo­tion de la marque en ré­seau. L’im­pact vi­suel est fort, tant pour l’uti­li­sa­teur fier de son ac­com­plis­se­ment que pour Low Po­ly Crafts, qui n’hé­site pas à par­ta­ger ses re­je­tons, qu’ils soient confec­tion­nés à Ot­ta­wa ou ex­pé­diés sur un autre conti­nent.

« Nous avons dé­ve­lop­pé un site

Web mais la ma­jo­ri­té des clients conti­nue d’ache­ter en ma­ga­sin car les mo­dèles ex­po­sés leur donnent une meilleure idée du pro­duit fi­ni », nuance Mme Evans-Fen­ton, qui est aus­si dé­ve­lop­peuse web à Sho­pi­fy, une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans le com­merce en ligne. Très vite, elle a su ti­rer pro­fit de ce double em­ploi : « En tant que cliente de Sho­pi­fy pour Low Po­ly Crafts, ma connais­sance de la pla­te­forme me per­met d’op­ti­mi­ser son uti­li­sa­tion. Mais je peux aus­si voir comment Sho­pi­fy peut amé­lio­rer son ser­vice aux en­tre­prises en étant moi-même im­pli­quée comme cliente et ça m’aide dans mon tra­vail de dé­ve­lop­peuse. »

Elle et son par­te­naire re­pré­sentent bien ces « mil­le­nien­tre­pre­neurs » ta­len­tueux, créa­tifs et bran­chés qui s’im­posent comme la nou­velle ré­fé­rence des réus­sites au­to­di­dactes. Par­tis de rien, sans prêt ini­tial, ils ont mi­ni­mi­sé la prise de risque et construit leur suc­cès pro­gres­si­ve­ment, à coup de pré­sence dans des sa­lons spé­cia­li­sés et de bouche-à-oreille. « L’an der­nier, avant Noël, 20 ma­ga­sins nous re­pré­sen­taient. Au­jourd’hui, nous sommes pas­sés à 32 bou­tiques ré­par­ties sur cinq pro­vinces. » L’in­va­sion Low Po­ly Crafts ne fait que com­men­cer...

Un bon coup ? Par­ti­ci­per à One of a kind Show, à To­ron­to. Un men­tor ? Des amis do­tés de connais­sances spé­ci­fiques (fi­nances, com­mer­cia­li­sa­tion...). Un moins bon coup ? L’ab­sence de prêt ini­tial a ra­len­ti le dé­ve­lop­pe­ment de l’en­tre­prise. Un conseil ?...

Brit­ta Evans-Fen­ton et Adrian-Fi­lip Oc­nea­nu Pro­prié­taires

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