Dos­sier

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Do­mi­nique La Haye Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Chan­ge­ments cli­ma­tiques obligent, les vé­hi­cules de­viennent hy­brides et élec­triques. Et les conces­sion­naires, com­mer­çants et mu­ni­ci­pa­li­tés doivent s’ajus­ter.

Face au dé­fi que posent les chan­ge­ments cli­ma­tiques, plu­sieurs gou­ver­ne­ments prennent le vi­rage élec­trique, in­ci­tant du même coup les ma­nu­fac­tu­riers et conces­sion­naires au­to­mo­biles, consom­ma­teurs et en­tre­pre­neurs à mettre l’épaule à la roue à l’aide de sub­ven­tions, de quo­tas ou en­core de taxes dis­sua­sives. Il faut dire qu’au Qué­bec, le trans­port rou­tier de vé­hi­cules à car­bu­rant re­pré­sente 33,6 % des émis­sions de gaz à ef­fet de serre, ce qui en fait l’une des prin­ci­pales sources de pol­lu­tion. Aux grands maux les grands re­mèdes : de­puis le 1er jan­vier der­nier, la loi Vé­hi­cules zé­ro émis­sion (VZE) adop­tée par le Qué­bec est of­fi­ciel­le­ment en­trée en vi­gueur. La me­sure lé­gis­la­tive ré­tro­ac­tive pré­voit des quo­tas et fonc­tionne comme une bourse avec échanges de cré­dits.

Elle oblige ain­si les construc­teurs au­to­mo­biles à s’as­su­rer que les ventes de vé­hi­cules élec­triques at­teignent an­nuel­le­ment 3,5 % des ventes de vé­hi­cules lé­gers. Qué­bec sou­haite ain­si faire bon­dir à 100 000 le nombre de vé­hi­cules élec­triques im­ma­tri­cu­lés dans la pro­vince d’ici 2020, contre à peine 19 000 en 2017. La mou­ture qué­bé­coise de cette loi s’ins­pire de celles en vi­gueur dans une di­zaine d’États amé­ri­cains, dont la Ca­li­for­nie. « Il faut al­ler avec l’évo­lu­tion. An­cien­ne­ment, on chauf­fait au bois dans les mai­sons, en­suite est ve­nue l’élec­tri­ci­té. Donc dans l’au­to­mo­bile, c’est le même prin­cipe», af­firme le re­pré­sen­tant des ventes chez le conces­sion­naire Carle Ford du sec­teur Bu­ckin­gham, Jean-Guy Pel­le­tier.

Oc­ca­sions d’af­faires

En poste de­puis 22 ans, M. Pel­le­tier a vu dé­fi­ler bien des mo­dèles à es­sence dans la salle de montre, où la Fo­cus Elec­tric a de­puis fait son en­trée en plus de voi­tures hy­brides. Ces vé­hi­cules « verts » re­pré­sentent d’ailleurs des oc­ca­sions d’af­faires pour le conces­sion­naire, alors que les plans d’élec­tri­fi­ca­tion des trans­ports sont dans l’air du temps des mu­ni­ci­pa­li­tés. La Ville de Ga­ti­neau a an­non­cé son in­ten­tion, l’au­tomne der­nier, de rem­pla­cer d’ici 2021 un peu plus d’une tren­taine de vé­hi­cules exis­tants en fin de vie utile par de nou­veaux mo­dèles

élec­triques, en plus d’ins­tal­ler des in­fra­struc­tures de re­charge. Carle Ford a d’ailleurs rem­por­té un pre­mier contrat de 160 000 $, à la suite d’un ap­pel d’offres pour la li­vrai­son de cinq voi­tures élec­triques Fo­cus.

In­cer­ti­tude

Le pro­prié­taire de Hull Hyun­dai, Gilles Poi­rier, dont le ma­nu­fac­tu­rier offre plu­sieurs mo­dèles de vé­hi­cules élec­triques, note pour sa part tout le cli­mat d’in­cer­ti­tude en­tou­rant cette nou­velle loi qué­bé­coise. « Au ni­veau de l’en­vi­ron­ne­ment, on ne peut pas être contre la ver­tu, in­di­quet-il. La loi im­pose des mi­ni­mums à ren­con­trer par les ma­nu­fac­tu­riers. Si la de­mande est là, tout le monde va être bien heu­reux. Le pro­blème qui peut se po­ser, c’est si la de­mande des consom­ma­teurs n’est pas là, pour toutes sortes de rai­sons pos­sibles », dit-il. « Parce que les vé­hi­cules ne ré­pondent pas à leurs be­soins, que l’au­to­no­mie des vé­hi­cules n’est pas suf­fi­sante, que le prix par rap­port à un vé­hi­cule conven­tion­nel est trop dis­pen­dieux, ou en­core que les in­fra­struc­tures ne sont pas dis­po­nibles dans les ha­bi­ta­tions, car évi­dem­ment, si tu vis en condo­mi­nium, où il n’y a pas de bornes de re­charge, tu as un pe­tit pro­blème», pour­suit M. Poi­rier. Ce vi­rage élec­trique trans­forme aus­si l’in­dus­trie, puisque les vé­hi­cules à bat­te­rie en­gendrent moins d’en­tre­tien pour leurs pro­prié­taires, fait re­mar­quer M. Pel­le­tier. « Dans un sens, c’est pro­fi­table, mais ce ne l’est pas pour le ser­vice. Il n’y a plus d’en­tre­tien, de chan­ge­ments d’huile, puis les freins durent deux fois plus long­temps qu’avec les vé­hi­cules or­di­naires », sou­ligne-t-il.

For­mer le per­son­nel

La ve­nue de la nou­velle loi a in­ci­té la Cor­po­ra­tion des conces­sion­naires au­to­mo­biles du Qué­bec (CCAQ) à for­mer ses membres dans les dif­fé­rentes villes, dont à Ga­ti­neau en mars der­nier, sur les as­pects tech­niques de la vente de vé­hi­cules hy­brides et élec­triques. « L’idée est de conscien­ti­ser les re­pré­sen­tants des ventes sur le ni­veau des as­pects tech­niques des vé­hi­cules hy­brides et élec­triques. C’est d’être en me­sure de ré­pondre aux be­soins des consom­ma­teurs, de pou­voir leur don­ner les ex­pli­ca­tions ap­pro­priées, de ré­pondre à leurs ques­tions, par exemple, au ni­veau de l’an­xié­té de la panne pour les ras­su­rer », ex­plique le vice-pré­sident des af­faires ju­ri­diques, confor­mi­té et en­vi­ron­ne­ment de la CCAQ, Fré­dé­ric Mo­rin. Chez Hyun­dai Hull, M. Poi­rier ex­plique aus­si que les re­pré­sen­tants des vente, ain­si que les tech­ni­ciens, ha­bi­tués à tra­vailler sur des mo­teurs à es­sence, ont aus­si dû être for­més avec la ve­nue des vé­hi­cules élec­triques. « Les vé­hi­cules se com­portent dif­fé­rem­ment et ce n’est pas le même genre de clien­tèle. Elle est plus sou­cieuse de l’en­vi­ron­ne­ment, alors tu ne te prends pas de la même fa­çon pour pré­sen­ter le vé­hi­cule », in­dique M. Poi­rier.

Jean-Guy Pel­le­tier Gilles Poi­rier Fré­dé­ric Mo­rin Re­pré­sen­tant des ventes chez Carle Ford Pro­prié­taire de Hull Hyun­dai Vice-pré­sident des af­faires ju­ri­diques de la CCAQ

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