In­ves­tir en arts vi­suels

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Maud Cuc­chi Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

À l’achat ou à la lo­ca­tion, les oeuvres d’art offrent un re­lais de com­mu­ni­ca­tion pri­vi­lé­gié, à l’in­té­rieur comme à l’ex­té­rieur de l’en­tre­prise. Sous cer­taines condi­tions, elles per­mettent aus­si de bé­né­fi­cier d’avan­tages fis­caux. Alors pour­quoi ne pas tro­quer de simples re­pro­duc­tions gé­né­riques par des oeuvres d’ar­tistes ca­na­diens ? Sculp­tures dans les cou­loirs et pein­tures de ca­rac­tère sur les murs, l’art se fraie fa­ci­le­ment une place dans le monde de l’en­tre­prise, à condi­tion d’oser s’y aven­tu­rer. Même si ce­la re­pré­sente un cer­tain bud­get, l’ex­po­si­tion d’oeuvres dans un lieu d’af­faires n’est pas l’apa­nage des grandes en­tre­prises. Et peut of­frir de nom­breux avan­tages à qui s’y in­té­resse. « C’est mal­heu­reu­se­ment un in­ves­tis­se­ment en­core trop peu connu du monde des af­faires », dé­plore Ca­the­rine La­fran­chise, co­or­di­na­trice de pro­jets à l’As­so­cia­tion des ga­le­ries d’art contem­po­rain (AGAC). Vec­teur de pro­mo­tion et ac­tif de di­ver­si­fi­ca­tion du pa­tri­moine, l’art consti­tue un pré­cieux ou­til de re­con­nais­sance so­ciale tant pour les par­ti­cu­liers que pour le monde de l’en­tre­prise. Il per­met de ren­for­cer

l’iden­ti­té vi­suelle d’une so­cié­té tout en va­lo­ri­sant l’au­dace et la créa­ti­vi­té des ar­tistes ex­po­sés. Le Ca­na­da a d’ailleurs mis en place des me­sures fis­cales in­ci­ta­tives dans le but d’en­cou­ra­ger l’ac­qui­si­tion d’oeuvres d’art dont l’au­teur est ca­na­dien. Le Ca­na­da et le Qué­bec mettent à la dis­po­si­tion des par­ti­cu­liers ou des so­cié­tés qui ex­ploitent une en­tre­prise la pos­si­bi­li­té de dé­duire une par­tie de l’amor­tis­se­ment du coût d’ac­qui­si­tion. L’oeuvre doit être ex­po­sée dans le lieu d’af­faires du par­ti­cu­lier ou de la so­cié­té pour pro­fi­ter de cet amor­tis­se­ment.

Quel rem­bour­se­ment es­pé­rer ?

Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec offre ain­si une dé­duc­tion fis­cale de l’amor­tis­se­ment an­nuel de 33,33 % du coût d’ac­qui­si­tion tan­dis que le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da pro­pose une dé­duc­tion de 20%. Les oeuvres d’art ad­mis­sibles sont les es­tampes, gra­vures, des­sins, ta­bleaux, sculp­tures et autres oeuvres de même na­ture, dont le coût est d’au moins

200 $. Celles-ci doivent être ac­quises dans le but ex­clu­sif de faire ga­gner un re­ve­nu à l’en­tre­prise, afin d’amé­lio­rer l’ex­pé­rience client par exemple. Elles peuvent être ins­tal­lées dans les lo­caux de la com­pa­gnie - ré­cep­tion, salle de confé­rence et cor­ri­dors - à la vue des clients afin de dé­ga­ger une image de marque de l’en­tre­prise. « J’ac­com­pagne ré­gu­liè­re­ment les en­tre­prises dans leurs choix en fonc­tion de leurs ob­jec­tifs, de leur bud­get et de leur goût », illustre le ga­le­riste JeanC­laude Ber­ge­ron. Si l’ac­qui­si­tion per­met de se consti­tuer une col­lec­tion propre, il est éga­le­ment pos­sible de sim­ple­ment louer l’oeuvre. M. Ber­ge­ron pro­pose ain­si des contrats de lo­ca­tion, avec pos­si­bi­li­té d’ache­ter la pièce ex­po­sée en dé­dui­sant le coût de lo­ca­tion. D’autres or­ga­nismes se spé­cia­lisent dans la lo­ca­tion d’art, comme La

Banque d’art du Ca­na­da qui dis­pose de quelque 17 000 oeuvres d’art ca­na­dien contem­po­rain. Les frais de lo­ca­tion va­rient de 60 $ à 3 600 $ par an­née, avec contrat de lo­ca­tion s’éle­vant au mi­ni­mum à 1 000 $ par an­née, pour deux ans. Ces frais peuvent aus­si être dé­duc­tibles du re­ve­nu im­po­sable à titre de dé­penses cou­rantes de l’en­tre­prise. Mais l’amor­tis­se­ment fis­cal en achat ou lo­ca­tion d’oeuvres d’art de­meure tou­te­fois moins avan­ta­geux que d’autres dé­penses comme les dons de bien­fai­sance, met en garde Bru­no Char­ron, ex­pert en fis­ca­li­té au bu­reau Ray­mond Cha­bot Grant Thorn­ton à Ga­ti­neau. « Par­mi notre clien­tèle de PME, rares sont les en­tre­pre­neurs ayant re­cours à ces éco­no­mies d’impôts, ana­lyse-t-il. Ceux qui les sol­li­citent sont d’abord adeptes d’art et phi­lan­thropes mais n’in­ves­tissent pas dans une oeuvre d’art pour des rai­sons fis­cales. Un don de bien­fai­sance, par exemple, gé­né­re­rait un meilleur rem­bour­se­ment. » Pour ti­rer tous les bé­né­fices d’une dé­marche d’achat ou de lo­ca­tion, il im­porte de consi­dé­rer bien plus que les re­tom­bées de la dé­marche au mo­ment de cal­cu­ler ses cré­dits d’impôts.

Jean-Claude Ber­ge­ron Ga­le­riste PHO­TO PA­TRICK WOODBURY, LE DROIT

PHO­TO 123RF.COM

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