Une en­tre­prise de­ve­nue Li­corne

Le Droit Affaires - - Affaires - par Be­noit Sa­bou­rin Col­la­bo­ra­tion spéciale bsa­bou­rin@le­droit.com

Après avoir fait son en­trée à la Bourse de crois­sance TSX de To­ron­to en mars 2017, le pro­duc­teur ga­ti­nois de ma­ri­jua­na médicale Hy­dro­po­thi­caire a été dé­si­gné en avril der­nier comme four­nis­seur pri­vi­lé­gié de la So­cié­té des al­cools du Qué­bec (SAQ) dans le but d’ap­pro­vi­sion­ner le fu­tur mar­ché ré­créa­tif du cannabis sur le ter­ri­toire de la Belle Pro­vince. Des six en­tre­prises qui ont dé­cro­ché un contrat avec la nouvelle

So­cié­té qué­bé­coise du cannabis, Hy­dro­po­thi­caire au­ra le man­dat de four­nir à celle-ci plus de 200 000 ki­lo­grammes de ma­ri­jua­na au cours des cinq prochaines an­nées. Por­trait de Sé­bas­tien St-Louis, pré­sident-directeur gé­né­ral et co­fon­da­teur de l’en­tre­prise ba­sée à Mas­son-An­gers.

La graine de l’en­tre­pre­neu­riat, Sé­bas­tien St-Louis l’a tou­jours eue en lui. Le na­tif d’Ot­ta­wa a dé­mar­ré sa pre­mière en­tre­prise alors qu’il n’était âgé que de 16 ans. À peine sor­ti des bancs de l’école se­con­daire, il dé­cro­chait des contrats avec l’Agence spa­tiale ca­na­dienne pour of­frir de la consul­ta­tion tech­no­lo­gique en matière de si­mu­la­tion 3D.

« C’était une belle pe­tite bu­si­ness, ça fai­sait du bon ar­gent, mais je n’étais pas as­sez in­tel­li­gent dans le temps pour bâ­tir une struc­ture et des pro­ces­sus au­tour de l’en­tre­prise. Ça n’a jamais gran­di au-de­là d’une com­pa­gnie de consul­ta­tion. Je cher­chais plus et je suis fi­na­le­ment re­tour­né à l’école », ré­sume l’en­tre­pre­neur âgé d’à peine 34 ans.

Par­cours aty­pique

Dé­ten­teur d’un bac­ca­lau­réat en arts de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa et d’une maî­trise en ad­mi­nis­tra­tion des af­faires de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Mon­tréal, M. St-Louis a par la suite dé­ni­ché un poste de ges­tion­naire de comptes chez Ex­por­ta­tion et dé­ve­lop­pe­ment Ca­na­da (EDC). « Ce qui a ac­cé­lé­ré ma car­rière, c’est que j’ai pris tous les pro­duits se­niors en as­su­rances et en fi­nan­ce­ment et j’ai créé des pro­duits pour des pe­tites en­tre­prises. Nous sommes al­lés créer tous les bu­reaux d’EDC dans l’Ouest ca­na­dien. On a fait 120 mil­lions de dol­lars de chiffre d’af­faires à notre pre­mière an­née », ra­conte-t-il avec une pointe de fier­té dans la voix.

Pres­sé de pas­ser à un éche­lon su­pé­rieur, Sé­bas­tien St-Louis a en­suite chan­gé d’em­ploi et fait son en­trée à la Banque de dé­ve­lop­pe­ment du Ca­na­da (BDC), dans un poste si­mi­laire de ges­tion­naire de comptes se­nior. « À 17 ans, j’avais com­men­cé à ache­ter des pro­prié­tés avec le sa­laire de ma pre­mière en­tre­prise. Après quelques an­nées à la BDC, j’étais ren­du à un point où mon port­fo­lio en im­mo­bi­lier me per­met­tait de faire plus d’ar­gent que mon job », ré­sume-t-il.

Il quitte fi­na­le­ment la BDC et va oeu­vrer un an comme chef fi­nan­cier pour un ma­nu­fac­tu­rier de pièces au­to­mo­biles à Saint-Isi­dore, dans l’Est on­ta­rien. Il tient par après les rênes d’une so­cié­té en im­mo­bi­lier, avant de pas­ser un bref sé­jour dans une en­tre­prise spé­cia­li­sée dans la concep­tion de pan­neaux so­laires. « Je me cher­chais un peu », pré­ci­set-il à pro­pos de ses nom­breuses ex­pé­riences de tra­vail.

La nais­sance

C’est lors d’une fête or­ga­ni­sée au chalet, le 1er juillet 2013, que la ge­nèse d’Hy­dro­po­thi­caire prend forme.

« Un de mes amis qui tra­vaillait chez San­té Ca­na­da a com­men­cé à par­ler de la légalisation de la ma­ri­jua­na médicale pour le mois pro­chain. J’étais à la re­cherche ac­tive pour lan­cer quelque chose de­puis trois ans. Je n’ai pas dor­mi de la nuit. On a pas­sé trois ou quatre heures à ja­ser de ça au­tour du feu. Je ne connais­sais rien à la ma­ri­jua­na. Je n’avais jamais vu une plante de ma vie, mais j’ai sor­ti mes pa­piers et j’ai com­men­cé à faire des

stars sheets », ex­plique M. St-Louis.

Ce der­nier ap­proche dans les jours sui­vants son beau-frère Adam Mi­ron, qui de­vien­dra son par­te­naire d’af­faires et du même souffle le co­fon­da­teur d’Hy­dro­po­thi­caire. Dès le mois d’août 2013, la com­pa­gnie est mise sur pied.

« Ce qui m’a at­ti­ré vers la ma­ri­jua­na, c’était op­por­tu­niste, mais c’est que c’était une bu­si­ness à cash flow avec une grosse bar­rière à l’en­trée. Je m’en étais tou­jours vou­lu d’avoir man­qué le dot com et la nais­sance d’In­ter­net. J’étais trop de bonne heure dans ma car­rière. Je voyais avec la ma­ri­jua­na l’op­por­tu­ni­té de créer une com­pa­gnie de tech­no­lo­gie », sou­ligne M. St-Louis.

Trou­ver le bon terrain

Les deux as­so­ciés montent donc un dossier et sou­mettent ce­lui-ci à San­té Ca­na­da. Ils font ap­pel à des uni­ver­si­taires et à des phar­ma­cistes pour dé­ve­lop­per du cannabis avant-gar­diste. La de­mande d’Hy­dro­po­thi­caire pour ob­te­nir une li­cence de pro­duc­tion et de vente

de cannabis médical se­ra la 77e sur 3500 can­di­da­tures à l’époque. En­tre­temps, la re­cherche pour un terrain est en­clen­chée. Les deux beaux-frères ap­prochent l’hor­ti­cul­teur Louis Ga­gnon, pro­prié­taire à l’époque de la pé­pi­nière Bo­ta­nix qui était si­tuée à proxi­mi­té du tra­ver­sier Cum­ber­land-Mas­son. C’est cet em­pla­ce­ment qui est sé­lec­tion­né pour ac­cueillir la fu­ture usine de pro­duc­tion d’Hy­dro­po­thi­caire. Les deux par­te­naires font l’achat de la pro­prié­té de 143 acres. En juin 2015, la jeune com­pa­gnie dé­croche son per­mis de San­té Ca­na­da.

Une li­corne est née

Le nou­vel eldorado vert du cannabis em­ploie au­jourd’hui près de 150 em­ployés et pro­duit 3600 ki­lo­grammes de cannabis à des fins thé­ra­peu­tiques par an­née, par le biais de ses 50 000 pieds car­rés de serres. En oc­tobre der­nier, des tra­vaux de construc­tion ont dé­bu­té pour l’amé­na­ge­ment d’une serre ul­tra­mo­derne de 250 000 pieds car­rés de­vant être opé­ra­tion­nelle à comp­ter de cet été. Une nouvelle serre d’un mil­lion de pieds car­rés de sur­face se­ra ache­vée en dé­cembre pro­chain et vien­dra s’ajou­ter à tout le com­plexe dé­jà exis­tant, ce qui por­te­ra la ca­pa­ci­té de pro­duc­tion de l’en­tre­prise à 108 000 ki­lo­grammes de cannabis par an­née. Le mar­ché ré­créa­tif a tou­jours fi­gu­ré sur le ra­dar du PDG d’Hy­dro­po­thi­caire, mais cette ave­nue n’était pas à la base de la créa­tion de la com­pa­gnie, dit-il.

« La bu­si­ness a vrai­ment été créée pour être une bu­si­ness médicale, mais c’est sûr que je me di­sais tou­jours ‘‘est-ce que c’est le dé­but de quelque chose de plus large et est-ce qu’on de­vrait se po­si­tion­ner’’. C’est sûr qu'on voyait une op­por­tu­ni­té énorme, mais nous avons été un peu pris par surprise avec le ti­ming lorsque le gou­ver­ne­ment Tru­deau a an­non­cé la légalisation pour le ré­créa­tif. Nous ne pen­sions pas que ça vien­drait aus­si vite », confie l’en­tre­pre­neur.

À la fin mai, Hy­dro­po­thi­caire ve­nait de clô­tu­rer le mar­ché avec une éva­lua­tion chif­frée à un mil­liard de dol­lars, seule­ment avec ses ventes des­ti­nées au mar­ché médical. La so­cié­té est dé­jà prête à ré­pondre à la de­mande du fu­tur mar­ché ré­créa­tif et à de­ve­nir la ré­fé­rence dans cette in­dus­trie en émer­gence, as­sure M. St-Louis.

« Dans la Si­li­con Val­ley, on parle sou­vent de Uni­corn quand on parle d’une star­tup qui de­vient une com­pa­gnie à un mil­liard de dol­lars. Hy­dro­po­thi­caire est of­fi­ciel­le­ment de­ve­nue une li­corne et l’in­ten­tion est main­te­nant d’ame­ner l’en­tre­prise à de­ve­nir une mul­ti­na­tio­nale glo­bale dans plu­sieurs mar­chés in­ter­na­tio­naux », de conclure l’homme d’af­faires.

Sé­bas­tien St-louis PDG PHO­TOS SI­MON SÉ­GUIN-BERTRAND, LE DROIT

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