Plus de contrats, moins de pa­pe­rasse !

Le Droit Affaires - - Chronique -

Pierre-Oli­vier Charlebois est re­ve­nu de Ca­li­for­nie l’au­tomne der­nier après un stage de quatre mois dans le Graal de la nouvelle éco­no­mie. Il a ap­pris beau­coup, mais il a re­te­nu sur­tout ce­ci : Go

big or go home ! Voi­là ce qui l’anime dé­sor­mais. Il veut ré­vo­lu­tion­ner le pro­ces­sus d’ap­pels d’offres dans les en­tre­prises grâce à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Au lieu de pas­ser des heures, des jours, des se­maines à rem­plir des tonnes de do­cu­ments tech­niques et ré­pé­ti­tifs, les em­ployés confient le tra­vail à un pro­gramme. Sa com­pa­gnie, reDock, s’échine sur ce pro­jet de­puis deux ans. « Notre pre­mier client, BDO, ici à Ot­ta­wa, une firme conseil d’en­ver­gure mon­diale, consacre 2000 jours par an­née à sou­mis­sion­ner sur dif­fé­rents pro­jets, c’est énorme. Nous, on dit qu’on peut ré­duire de 35 % le temps consa­cré à rem­plir des ap­pels d’offres », sou­tient l’en­tre­pre­neur d’Ot­ta­wa. Cet in­gé­nieur élec­trique ori­gi­naire de Mon­tréal, for­mé à l’Uni­ver­si­té McGill, a pas­sé quelques an­nées chez Ubi­soft, le con­cep­teur de jeux vi­déo mon­dia­le­ment reconnu, avant de se lan­cer en af­faires. Il a créé reDock alors qu’il ten­tait d’ob­te­nir des contrats pour son ancienne com­pa­gnie de consul­tants, Ko­ne­ka.

Il constate alors à quel point le tra­vail clé­ri­cal pour ob­te­nir de nou­veaux clients est fas­ti­dieux. Non seule­ment le tra­vail est long, mais il est ef­fec­tué par des gens qua­li­fiés qui pour­raient mettre leur éner­gie ailleurs se dit-il. Faire du co­pier­col­ler pour un in­gé­nieur, ce n’est pas ren­table. Il voit là un cré­neau à ex­ploi­ter. C’est à ce mo­ment que l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle entre en jeu. Le pro­gramme de reDock s'ap­pro­prie les don­nées de l’en­tre­prise, réus­sit à ana­ly­ser des textes et à as­si­mi­ler son lan­gage. Une fois l’opé­ra­tion com­plé­tée, le sys­tème peut ra­pi­de­ment ré­pondre aux exi­gences du client qui est en ap­pel de pro­po­si­tions. Plus on l’uti­lise, plus il de­vient ef­fi­cace. « Un peu comme un bloc Le­go, on as­semble des do­cu­ments, on au­to­ma­tise la re­cherche. L’avan­tage c’est que le pro­gramme garde en mé­moire l’in­for­ma­tion qui était sou­vent dé­te­nue par plu­sieurs per­sonnes au fil des ans. On cherche moins, on gagne du temps », ex­plique l’in­gé­nieur qui ha­bite la ca­pi­tale fé­dé­rale de­puis une di­zaine d’an­nées.

Mar­quer un grand coup

La pro­po­si­tion d’af­faires de Pierre-Oli­vier Charlebois semble ré­vo­lu­tion­naire. L’an der­nier, sa com­pa­gnie a été choi­sie pour par­ti­ci­per à un stage in­ten­sif ap­pe­lé

« 500 star­tups », un in­cu­ba­teur ba­sé à

San Fran­cis­co. Chaque an­née en­vi­ron 5 000 jeunes à tra­vers le monde pos­tulent pour faire par­tie de ce groupe sé­lect.

Seule­ment une tren­taine sont choi­sis. En quelques mois, on lui a ap­pris à vendre son pro­duit et sur­tout, à le fi­nan­cer. « On a ob­te­nu 700 000$ d’un fonds d’in­ves­tis­se­ment to­ron­tois. Et puis bien­tôt, Ange Qué­bec in­jec­te­ra un mil­lion de dol­lars dans la com­pa­gnie pour nous ai­der à pé­né­trer le mar­ché amé­ri­cain», ex­plique fiè­re­ment M. Charlebois. Car l’idée, c’est de mar­quer un grand coup : trou­ver un type d’en­tre­prise qui achè­te­ra le pro­gramme de reDock et qui l’uti­li­se­ra par­tout.

« Je veux que mon pro­duit de­vienne in­con­tour­nable ». L’ori­gi­na­li­té de reDock a aus­si été re­con­nue en mai der­nier par la com­mu­nau­té d’af­faires d’Ot­ta­wa alors que son fon­da­teur a re­çu le titre d’en­tre­pre­neur de l’an­née chez les moins de 40 ans. La re­cherche de ca­pi­taux étant ter­mi­née pour l’ins­tant, M. Charlebois peut souf­fler un peu. L’homme de 35 ans roule à plein ré­gime de­puis le lan­ce­ment de son en­tre­prise il y a deux ans. « J’ai trou­vé ça dur », avoue l’homme d’af­faires : de­ve­nir en­tre­pre­neur, bâ­tir une équipe, in­ven­ter un pro­duit, le fi­nan­cer, le vendre. J’ai tou­jours ai­mé me pous­ser, al­ler au-de­là de mes connais­sances. Je suis servi pour la peine », ad­met-t-il en riant.

L’Amé­rique pour terrain de jeu

Il re­con­naît avoir vou­lu gran­dir trop ra­pi­de­ment, le pro­duit n’était pas au point et il ten­tait de le vendre tous azi­muts. Son équipe est pas­sée de 14 em­ployés à sept ré­cem­ment. En même temps, il se rend compte com­ment son aven­ture peut l’ab­sor­ber en­tiè­re­ment et il s’as­sure de ne pas tom­ber dans l’ex­cès. « J’ai trop en­ten­du d’his­toires d’en­tre­pre­neurs qui ont eu du suc­cès, mais qui ont ra­té leur vie de fa­mille. Je ne veux vivre avec ce type de re­grets. » Pierre-Oli­vier Charlebois et sa conjointe ont eu trois gar­çons de­puis leur ar­ri­vée à Ot­ta­wa. Ce grand ama­teur de jeux vi­déo n’a plus le temps à consa­crer à son passe-temps. Son terrain de jeu, c’est l’Amé­rique. Et il en­tend bien ga­gner la par­tie.

Et comme le disent les Amé­ri­cains,

Go big or go home!

Par Marc Gau­thier Col­la­bo­ra­tion spéciale

Pierre-Oli­vier Charlebois Pré­sident

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