Les plai­doi­ries d’une avo­cate

Le Droit Affaires - - Sommaire - par Marc Gau­thier Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Me Na­dia Ef­fen­di dé­fend des po­li­ti­ciens, des banques, des an­ciens com­bat­tants, des com­pa­gnies de ta­bac, et même la langue fran­çaise.

Son par­cours est ce­lui d’un mé­téo­rite. Ses états de ser­vice sont exem­plaires. Na­dia Ef­fen­di est une des avo­cates les plus en vue au pays. Por­trait d’une pas­sion­née du droit.

Dès son plus jeune âge, Na­dia Ef­fen­di sa­vait qu’elle vou­lait être avo­cate.

Elle y était peut-être pré­des­ti­née ?

Son pa­tro­nyme, Ef­fen­di, si­gni­fie «maître» en turc. Née à Ed­mund­ston, au Nou­veau-Bruns­wick, d’une fa­mille d’ori­gine sy­rienne, elle y passe les 20 pre­mières an­nées de sa vie. Puis elle s’ex­pa­trie à Ot­ta­wa pour réa­li­ser son rêve. Elle s’ins­crit au Pro­gramme de com­mon law en fran­çais de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa et ob­tient sa li­cence en 2003 avec très grande dis­tinc­tion. On lui at­tri­bue éga­le­ment la mé­daille d’or pour avoir ob­te­nu la plus haute moyenne cu­mu­la­tive de l’en­semble du pro­gramme de droit. S’en­suit une mul­ti­tude de marques de re­con­nais­sances. Elle fi­gure de­puis deux ans dans le « Bench­mark 40 and un­der hot list » et elle est re­con­nue en 2016 comme l’une des 25 avo­cats les plus in­fluents au pays par le ma­ga­zine Lawyer. La re­vue LEXPERT lui avait dé­jà at­tri­bué le titre d’étoile mon­tante en 2013 ! Pour ga­gner tous ces ga­lons, Me Ef­fen­di a plai­dé de­vant tous les tri­bu­naux ca­na­diens, en cour pro­vin­ciale et fé­dé­rale, en cour d’ap­pel, y com­pris à la Cour su­prême. Elle a pro­duit un nombre im­pres­sion­nant

d’ar­ticles,

par­ti­ci­pé à de mul­tiples confé­rences, sur de su­jets aus­si di­vers que le droit ci­vil, le droit ad­mi­nis­tra­tif et le droit consti­tu­tion­nel, et ce, dans les deux langues of­fi­cielles. « Beau­coup de mes causes sont liées aux dis­putes entre ci­toyens et gou­ver­ne­ments. La re­la­tion entre les deux est de­ve­nue très lourde et com­pli­quée ». Au cours de sa car­rière, elle a dé­fen­du des com­pa­gnies de che­min de fer, des po­li­ti­ciens, des banques, des an­ciens com­bat­tants, même des com­pa­gnies de ta­bac. Son men­tor et col­lègue, l’avo­cat Guy Pratte, lui a tou­jours dit que tout le monde a droit à une re­pré­sen­ta­tion et elle a sui­vi son conseil. « J’ac­cepte la cri­tique », laisse-t-elle tom­ber, le plus sim­ple­ment du monde. Une des causes qui l’a le plus mar­quée est celle où elle dé­fen­dait en cour fé­dé­rale Jean Pel­le­tier, l’an­cien chef de ca­bi­net de l’ex-pre­mier mi­nistre Jean Ch­ré­tien. Mon­sieur Pel­le­tier ac­cu­sait le juge John Go­me­ry d’avoir fait preuve de par­tia­li­té à son en­droit lors de la com­mis­sion d’en­quête sur le scan­dale des com­man­dites. Elle a ga­gné sa cause. « Mais j’ai vu l’im­pact de ce pro­cès sur mon­sieur Pel­le­tier, ça m’a touchée », ra­conte-elle. Cette sen­si­bi­li­té l’a sui­vie lors­qu’elle a agi à titre de pro­cu­reure as­so­ciée à la com­mis­sion d’en­quête sur

l’ef­fon­dre­ment du centre com­mer­cial d’El­liot Lake en On­ta­rio en 2012 où des per­sonnes ont per­du la vie. « Des gens ont été mar­qués par cette tra­gé­die et ils ne pou­vaient pas se dé­fendre eux­mêmes. J’étais fière de les ai­der. »

As­so­ciée au ca­bi­net BLG

Au­jourd’hui, Na­dia Ef­fen­di a 38 ans. Elle est as­so­ciée au ca­bi­net Bor­den Lad­ner Ger­vais, qui est le pre­mier ca­bi­net ju­ri­dique en im­por­tance au pays avec ses 700 avo­cats et pro­fes­sion­nels. Le ca­bi­net compte cinq adresses au pays, dont une sur la rue Queen à Ot­ta­wa. As­so­ciée si­gni­fie par­te­naire fi­nan­cier du ca­bi­net. « Oui, je suis de­ve­nue une femme d’af­faires, j’ai un mor­ceau de la tarte et j’en suis fière », dit-elle. En tant qu’ac­tion­naire, on doit s’as­su­rer d’avoir des clients mais on conti­nue de dé­fendre des causes qui nous tiennent à coeur », ra­joute-t-elle. Cet été, par exemple, elle a dé­fen­du avec suc­cès de­vant la Cour su­prême le bar­reau de l’On­ta­rio qui re­fu­sait d’agréer une fa­cul­té de droit à l’Uni­ver­si­té Tri­ni­ty Wes­tern, si­tuée en Co­lom­bie-Bri­tan­nique, parce qu’elle de­man­dait à ses élèves de res­pec­ter un code de conduites ba­sé sur des va­leurs évan­gé­liques. La re­cette de son suc­cès ? « Beau­coup de pré­pa­ra­tion et du tra­vail », dit-elle mo­des­te­ment. Elle a éta­bli sa ré­si­dence à To­ron­to, où elle vit avec son conjoint, un avo­cat on­ta­rien de Mar­kham, vé­ri­table fran­co­phile.

À la tête de l’AJEFO

S’il y a une cause qui tient à coeur à Na­dia Ef­fen­di, c’est le fran­çais. Dé­jà, alors qu’elle était à l’école se­con­daire, elle par­ti­cipe à un concours et écrit un poème sur l’im­por­tance de conser­ver son fran­çais. Cet in­té­rêt la suit de­puis. « Les gens pensent que tout le monde parle an­glais à Ed­mund­ston alors que c’est le contraire », s’amuse-t-elle à ra­con­ter. Ce n’est qu’une fois ren­due à Ot­ta­wa pour faire son droit qu’elle s’est mise sé­rieu­se­ment à l’an­glais, langue qu’elle maî­trise dé­sor­mais. En juillet der­nier, elle a ac­cé­dé à la pré­si­dence de l’As­so­cia­tion des ju­ristes d’ex­pres­sion fran­çaise de l’On­ta­rio. Le re­grou­pe­ment compte un millier de membres. Elle parle avec en­thou­siasme du centre d’in­for­ma­tion ju­ri­dique d’Ot­ta­wa, qui existe de­puis trois ans, et qui donne des conseils gra­tuits aux ci­toyens. « Seule­ment en juillet der­nier, on a re­çu 315 per­sonnes en consul­ta­tion. »

Du­rant son man­dat, elle veut faire connaître les ser­vices ju­ri­diques en fran­çais aux ré­si­dents on­ta­riens. Entre ses di­vers man­dats, Na­dia Ef­fen­di pra­tique la na­ta­tion et le yo­ga pour se dé­tendre. Lorsque l’oc­ca­sion se pré­sente, elle re­trouve sa fa­mille à Ed­mund­ston où ses pa­rents de­meurent tou­jours dans la mai­son de son en­fance. À quoi rêve-t-on à l’aube de la qua­ran­taine quand notre par­cours est ja­lon­né d’au­tant de suc­cès ? Conti­nuer de pro­mou­voir l’ac­cès à la jus­tice et fon­der une pe­tite fa­mille… bi­lingue !

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