LES SPIRITUEUX

Le Droit Affaires - - SOMMAIRE - par Yan Au­bé / Spé­cia­liste en spiritueux

Les pas­tis de Mar­seille se sa­vourent main­te­nant à la Qué­bé­coise avec La Grande Her­mine de la Dis­tille­rie Fils du Roy.

Qui ne connaît pas le fa­meux Ri­card, une tra­di­tion­nelle bois­son fran­çaise ani­sée avec sa teinte jaune re­con­nue comme étant un ex­cellent di­ges­tif ? Mais sa­viez-vous que le Qué­bec pro­duit aus­si cette bois­son par­fu­mée à l’anis et à la ré­glisse ?

Lais­sez-moi vous pré­sen­ter le pas­tis La Grande Her­mine, une créa­tion qui, pour la Dis­tille­rie Fils du Roy, consti­tuait une simple suite lo­gique. On de­vait fa­bri­quer un pas­tis après avoir com­mer­cia­li­sé une aus­si belle ab­sinthe que la Cou­railleuse. Pour­quoi cette lo­gique ? Parce que le pas­tis a été créé à la suite de la pro­hi­bi­tion de l’ab­sinthe en France.

L’idée est aus­si ve­nue lorsque le maître dis­til­leur, Jo­na­than Roy, est al­lé vi­si­ter un ami. Ce der­nier lui pré­sen­ta une plante qui pous­sait sur ses terres, le car­vi. Les deux amis se sont alors mis à s’in­ter­ro­ger sur l’uti­li­té d’une telle plante dans le monde de la dis­til­la­tion. Au goût, le car­vi sau­vage a ten­dance à of­frir un cô­té men­tho­lé et même un peu ré­glisse. Il n’en fal­lait pas plus pour que Jo­na­than ima­gine le tout pre­mier pas­tis du Qué­bec !

Alors qu’il tra­vaillait sur l’éla­bo­ra­tion de ce li­quide, il s’est ren­sei­gné sur l’his­to­rique de cette plante. C’est alors qu’il a dé­cou­vert que le car­vi avait en fait été in­tro­duit sur les terres ca­na­diennes par les pre­miers ar­ri­vants eu­ro­péens et ce, lors de l’al­lè­ge­ment des na­vires afin d’évi­ter les hauts fonds. Le nom de cette bou­teille est d’ailleurs ins­pi­ré du fa­meux na­vire de Jacques Car­tier.

Lors de la créa­tion de ce pas­tis, le maître dis­til­leur a ren­con­tré cer­taines em­bûches as­sez co­casses. L’anis étoi­lé, qui est l’in­gré­dient prin­ci­pale du pas­tis, est un pro­duit anal­gé­sique. Après quelques es­sais, Jo­na­than Roy ne goû­tait plus rien du tout ! Donc, ce qui de­vait prendre des jours d’es­sais, c’est plu­tôt trans­for­mé en des se­maines d’es­sais.

À la suite d’un bon do­sage d’anis, Jo­na­than de­vait trou­ver une autre plante pour ac­com­pa­gner le tout. Après quelques re­cherches, il tom­ba sur l’agas­tache, une plante de l’Ouest ca­na­dien qui donne un goût ani­sé, poi­vré et sur­tout her­ba­cé. Cu­rieu­se­ment, la dis­tille­rie avait de cette agas­tache dans ses jar­dins, mais la coupe de cette plante n’est pas évi­dente. La branche doit être cou­pée au bon en­droit et sur­tout avec une très grande at­ten­tion afin d’avoir un maxi­mum d’arôme.

Au cha­pitre des autres in­gré­dients, Jo­na­than a dé­ci­dé d’y al­ler avec le fe­nouil, la ra­cine de ré­glisse et la va­nille. Ces in­gré­dients sont mis en ma­cé­ra­tion dans de l’al­cool de grains neutre quelques temps avant la dis­til­la­tion et cer­tains d’entre eux pro­fitent d’une pe­tite ma­cé­ra­tion sup­plé­men­taire, après la dis­til­la­tion.

Alors que l’ab­sinthe est da­van­tage her­ba­cée, ce pas­tis est plus doux, plus soyeux, plus bon­bon. Of­fert à 45 % d’al­cool, La Grande Her­mine se pointe avec une note évi­dem­ment ani­sé, mais avec un cô­té men­tho­lé très in­té­res­sant. La fi­nale est un thé à la menthe ma­ro­caine avec un soup­çon de poivre rose.

Pour plus d’in­for­ma­tion sur l’uni­vers des spiritueux, je vous in­vite à consul­ter le www.ya­naube.ca

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