LE TIGRE RU­GIT

Le Droit Affaires - - SOMMAIRE - par Hugues Théo­rêt / Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

De­puis 1961, Tigre Géant n'en fi­nit plus de faire des ti­greaux. À son ma­ga­sin d'ori­gine du Marché By se sont ajou­tés 247 autres suc­cur­sales par­tout au Ca­na­da.

SI UN CONCOURS DE POPULARITÉ de­vait cou­ron­ner un ga­gnant par­mi les mas­cottes dans la ré­gion d’Ot­ta­wa-Ga­ti­neau, Friend­ly rem­por­te­rait cer­tai­ne­ment la palme. La mas­cotte de la chaîne de ma­ga­sins Tigre Géant ap­pa­raît par­tout sur le ter­ri­toire. Le gen­til fé­lin ru­git aux quatre coins de l’On­ta­rio, du Qué­bec et d’autres pro­vinces ca­na­diennes, tou­jours à l’avant-scène lors de l’inau­gu­ra­tion de nou­velles suc­cur­sales et des di­verses ac­ti­vi­tés de cha­ri­té que com­man­dite l’en­tre­prise d’Ot­ta­wa.

Le suc­cès et la popularité de Friend­ly re­jaillissent sur l’en­tre­prise ca­na­dienne qui connaît une ex­pan­sion ful­gu­rante de­puis les der­nières an­nées. Son fon­da­teur, Gor­don Reid, a ou­vert un pre­mier com­merce à Ot­ta­wa en 1961. À l’époque, M. Reid avait in­ves­ti 15 000 $ pour ou­vrir son ma­ga­sin de la rue George sur le Marché By, dans un édi­fice ja­dis oc­cu­pé par le quo­ti­dien Le

Droit. À sa pre­mière an­née, il réa­lise un chiffre d’af­faires très ap­pré­ciable de 139 781 $. Son mo­dèle d’af­faires re­po­sait sur une re­cette toute simple : gar­der les coûts d’ex­ploi­ta­tion les plus bas pos­sible tout en ven­dant un grand volume de mar­chan­dise à bas prix. Plus de 50 ans plus tard, la for­mule fonc­tionne tou­jours. Fort de son suc­cès, Gor­don Reid dé­cide d’ou­vrir de nou­velles suc­cur­sales en of­frant à des « fran­chi­sés » de de­ve­nir eux-mêmes pro­prié­taires de leur ma­ga­sin. La pre­mière fran­chise ouvre ses portes à Ma­ni­wa­ki en 1968. De­puis, la com­pa­gnie a fait des pe­tits. La chaîne compte 248 ma­ga­sins à tra­vers le Ca­na­da éta­blis dans toutes les pro­vinces ca­na­diennes à l’ex­cep­tion de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique et de Terre-Neuve-et-La­bra­dor.

Tigre Géant em­ploie plus de 8 500 tra­vailleurs. L’en­tre­prise compte aus­si cinq centres de dis­tri­bu­tion, dont le pe­tit nou­veau si­tué à Johns­town (On­ta­rio) qui couvre une su­per­fi­cie de 600 000 pieds car­rés.

La clé du suc­cès : les fran­chi­sés

Les ventes an­nuelles de la com­pa­gnie at­teignent 1,5 mil­liard de dol­lars. Mais la plus grande ri­chesse de Tigre Géant de­meure ses fran­chi­sés. Grâce à ces der­niers, ex­plique Paul Wood, vice-pré­sident exé­cu­tif et chef des fi­nances de Tigre Géant, les clients bé­né­fi­cient d’un meilleur ser­vice puisque le pro­prié­taire du ma­ga­sin se trouve sur place. « Notre mo­dèle d’af­faires re­pose sur nos fran­chises qui per­mettent aux pro­prié­taires de bien cer­ner les be­soins de leur clien­tèle et d’y ré­pondre en consé­quence. Ils peuvent eux-mêmes ser­vir leur clien­tèle, ré­pondre à leurs be­soins et s’im­pli­quer dans leur com­mu­nau­té. Cette ap­proche client fait toute la dif­fé­rence pour les consom­ma­teurs. L’autre grand avan­tage est que les fran­chi­sés s’ins­tallent da­van­tage en ré­gions et ont moins ten­dance à dé­mé­na­ger dans d’autres villes. Ce­la as­sure une plus grande sta­bi­li­té », pré­cise-t-il. Outre les vê­te­ments, l’en­tre­prise offre des pro­duits d’épi­ce­rie, de la nour­ri­ture pour ani­maux, des confi­se­ries, des ar­ticles mé­na­gers, de la pa­pe­te­rie, des jouets et des pro­duits de soins de san­té et beau­té de marques connues. Tigre Géant offre aus­si des marques mai­son dont les vê­te­ments pour femmes Li­ly Mor­gan et mySTYLE de même que les vê­te­ments pour hommes Moun­tain Ridge, Ri­vet61, ACX Ac­tive et Tra­des­max Pro. « Nous avons plu­sieurs marques pri­vées qui pro­curent de meilleures marges de pro­fits et rendent l’offre unique », pré­cise Paul Wood qui a été nom­mé vice-pré­sident exé­cu­tif et chef des fi­nances en 2014, mais qui tra­vaille pour Tigre Géant de­puis 2003. Tigre Géant a tou­jours su innover. La preuve est qu’en 1987, la chaîne de ma­ga­sins se dote de sa propre flotte de ca­mions pour as­su­rer ef­fi­ca­ce­ment la li­vrai­son de la mar­chan­dise pro­ve­nant de son en­tre­pôt. En 1990, Tigre Géant ouvre un bu­reau d’achats de vê­te­ments et de chaus­sures à Mon­tréal. L’ob­jec­tif consiste à se rap­pro­cher des four­nis­seurs et des fa­bri­cants afin de mieux cer­ner les ten­dances du marché et ex­pé­dier la mar­chan­dise aux ma­ga­sins plus ra­pi­de­ment.

Être pe­tit pour voir grand

Comment ex­pli­quer que Tigre Géant puisse ob­te­nir au­tant de suc­cès mal­gré la concur­rence fé­roce des ma­ga­sins de grande sur­face comme Wal­mart et des ré­seaux de vente en ligne ? « La taille de nos ma­ga­sins est très ap­pré­ciée de nos clients, ré­pond Paul Wood. Nos ma­ga­sins ne sont pas de vastes sur­faces de 120 000 pieds car­rés où l’on doit cou­vrir une grande dis­tance entre di­vers dé­par­te­ments de vê­te­ments ou autres pro­duits. Et aus­si, nous pou­vons comp­ter sur la grande fi­dé­li­té de nos em­ployés qui tra­vaillent de­puis des an­nées à notre siège so­cial d’Ot­ta­wa », ajoute-t-il. Le dé­part de Tar­get et la faillite de Sears ont certes ai­dé la cause de Tigre Géant. Mais, ajoute Paul Wood, l’en­tre­prise pro­fite éga­le­ment de son sys­tème d’achat en ligne qui s’avère être un grand suc­cès. « Le ma­ga­si­nage en ligne fonc­tionne très bien. Mieux que la vente par ca­ta­logue. C’est un sys­tème que nous avions mis en place dans les an­nées 1990, mais qui n’a pas fonc­tion­né. Je crois que le temps de la vente par ca­ta­logue était ré­vo­lu », ad­met-il. Paul Wood rap­pelle que Tigre Géant est fier d’être une en­tre­prise ca­na­dienne. Bien que la com­pa­gnie n’ait pas de po­li­tique of­fi­cielle d’achat de pro­duits ca­na­diens à pro­pre­ment par­ler, elle en­cou­rage au­tant que pos­sible l’achat lo­cal, no­tam­ment dans le sec­teur de l’ali­men­ta­tion.

Son fon­da­teur, pré­sident et chef de la di­rec­tion, Gor­don Reid, se dit un fier Ca­na­dien et sur­tout un fier Ot­ta­vien. En 1996, il a fait en sorte que le siège so­cial de l’en­tre­prise em­mé­nage dans de vastes lo­caux si­tués che­min Walk­ley à Ot­ta­wa. Ain­si, Tigre Géant et son fon­da­teur de­meurent très at­ta­chés à leur ville na­tale. Pas éton­nant que Gor­don Reid ait re­çu, le 16 novembre der­nier, le prix Li­fe­time Achie­ve­ment Award 2018 dé­cer­né par le Ot­ta­wa Bu­si­ness Jour­nal et le Ot­ta­wa Board of Trade. Gor­don Reid a re­joint ain­si de grands pion­niers du mi­lieu des af­faires d’Ot­ta­wa dont John Rud­dy, Mi­chael Pot­ter, Shir­ley We­steinde, Jim Dur­rell et John Kel­ly. Au­jourd’hui âgé de 84 ans, Gor­don Reid reste aux com­mandes de l’en­tre­prise en tant que pré­sident et chef de la di­rec­tion. L’oc­to­gé­naire se rend au bu­reau tous les jours pour par­ti­ci­per aux dé­ci­sions stra­té­giques et à la di­rec­tion de l’en­tre­prise. Pa­pa tigre n’est pas re­con­nu pour être le plus vo­lu­bile. Mais ne vous mé­pre­nez pas. Il reste tou­jours aux aguets pour veiller sur ses ti­greaux !

Le pré­sident et fon­da­teur de Tigre Géant, Gor­don Reid, en 1996.

Le Tigre Géant, coin Ed­dy et Fron­te­nac dans le sec­teur Hull à Ga­ti­neau.

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