DE L'ARMÉE À L'AÉ­RO­PORT

MARK LAROCHE VENAIT DE COMPLÉTER SA PRE­MIÈRE AN­NÉE au Cé­gep de l’Ou­taouais lorsque, sur un coup de tête, il est en­tré au centre de re­cru­te­ment des Forces ar­mées ca­na­diennes qui se trou­vait à l’époque sur la rue Sparks, à Ot­ta­wa.

Le Droit Affaires - - SOMMAIRE - par De­nis Grat­ton / Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

Comme un chef d'or­chestre, l'an­cien mi­li­taire Mark Laroche donne la note ad­mi­nis­tra­tive à l'aé­ro­port in­ter­na­tio­nal Mac­do­nald-Car­tier d'Ot­ta­wa.

BREF, IL A « ATTERRI » PAR HASARD DANS CE CENTRE DE RE­CRU­TE­MENT SANS SA­VOIR QUE SA CAR­RIÈRE AL­LAIT Y PRENDRE SON ENVOL…

« J’ai tour­né à gauche plu­tôt que de tour­ner à droite, ra­conte-t-il en sou­riant. J’ai vu ce centre, j’y suis en­tré et je me suis ins­crit à la sur­prise de tout le monde, sur­tout de mes pa­rents. Je n’avais pas de « back­ground » mi­li­taire. Mais la Dé­fense na­tio­nale al­lait payer mes études en plus de me ver­ser un sa­laire et de m’of­frir un em­ploi d’été. En contre­par­tie, je de­vais m’en­ga­ger à don­ner un mi­ni­mum de quatre ans de ser­vices aux Forces ar­mées. Je me suis dit: « pour­quoi pas ? ». J’ai ob­te­nu un di­plôme en gé­nie ci­vil du Col­lège mi­li­taire du Ca­na­da, à King­ston. Puis fi­na­le­ment, j’ai ser­vi pen­dant cinq ans comme in­gé­nieur mi­li­taire avant de quit­ter les Forces ar­mées et d’être em­bau­ché par l’an­cienne Ville d’Ayl­mer à titre de di­rec­teur du gé­nie. » Mark Laroche, 59 ans, est de­puis mars 2013 pré­sident et chef de la di­rec­tion de l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal Mac­do­nald-Car­tier d’Ot­ta­wa. Ori­gi­naire de l’Ou­taouais, il est di­plô­mé du Col­lège Saint-Alexandre et ti­tu­laire d’une maî­trise en ad­mi­nis­tra­tion des af­faires de l’Uni­ver­si­té Con­cor­dia, il a au­pa­ra­vant été pré­sident et chef de la di­rec­tion à la So­cié­té im­mo­bi­lière du Ca­na­da. Il a de plus été di­rec­teur gé­né­ral de la mu­ni­ci­pa­li­té de Bros­sard avant d’oc­cu­per le même poste à la Ville de Ga­ti­neau, de 2001 à 2007.

De­nis Grat­ton: Y a-t-il des si­mi­li­tudes entre gé­rer une ville et gé­rer un aé­ro­port ?

MARK LAROCHE : Beau­coup, oui. Parce qu’en fin de compte, un aé­ro­port, c’est comme une pe­tite ville. La dif­fé­rence, c’est que nous n’avons pas à l’aé­ro­port un conseil po­li­tique, mais un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. On a donc une ap­proche commercial­e qu’une ville n’a pas. On compte ap­proxi­ma­ti­ve­ment 185 em­ployés à temps plein, mais 5000 per­sonnes tra­vaillent sur le cam­pus, sur notre ter­ri­toire. On de­vient donc un peu le chef d’or­chestre afin que le pas­sa­ger n’ait pas be­soin de sa­voir qui fait quoi. Son ex­pé­rience de son au­to jus­qu’à l’avion de­vrait se faire sans sou­ci.

DG: L’Aé­ro­port in­ter­na­tio­nal d’Ot­ta­wa connaît une hausse du nombre de pas­sa­gers cette an­née.

ML : Oui, et c’est un ba­ro­mètre de l’éco­no­mie de la ré­gion. Si l’éco­no­mie va bien, le volume de pas­sa­gers aug­mente. En 2017, on a connu une hausse de 2 %. Nous sommes au­jourd’hui à une crois­sance de 4,5 % pour l’an­née 2018.

DG: Croyez-vous que ces hausses de l’acha­lan­dage sont dues, en par­tie, aux cé­lé­bra­tions en 2017 du 150e an­ni­ver­saire de la Con­fé­dé­ra­tion ca­na­dienne à Ot­ta­wa ?

ML : Le 150e a ai­dé la ré­gion, mais pas né­ces­sai­re­ment le volume de pas­sa­gers à Ot­ta­wa. Les tou­ristes ne sont pas né­ces­sai­re­ment ve­nus en avion pour le 150e. Et plu­sieurs gens (d’Ot­ta­wa et de Ga­ti­neau) sont res­tés à la mai­son en 2017 puis­qu’il y avait tel­le­ment d’ac­ti­vi­tés ici.

Par contre, cette hausse de pas­sa­gers est peut-être un bé­né­fice in­di­rect du suc­cès des cé­lé­bra­tions du 150e. L’éco­no­mie va bien et peut-être que les gens qui n’ont pas voya­gé en 2017 parce qu’il y avait tel­le­ment d’offres ici ont dé­ci­dé de voya­ger en 2018.

DG: Comment voyez-vous l’Aé­ro­port in­ter­na­tio­nal d’Ot­ta­wa dans cinq ans ?

ML : On en­tre­pren­dra de grands pro­jets au cours des cinq pro­chaines an­nées.

Nous au­rons, entre autres, le train lé­ger qui se ren­dra ici. Nous pla­ni­fions dé­jà les tra­vaux pour l’ar­ri­vée de ce train. Nous sommes aus­si en de­mandes de pro­po­si­tions pu­bliques dans le but de chan­ger toutes les conces­sions. Et nous pla­ni­fions la cons­truc­tion d’un hô­tel qui se­ra rat­ta­ché à l’aé­ro­port. Il y au­ra donc le train lé­ger d’un cô­té, un hô­tel de l’autre cô­té et, entre les deux, on re­fe­ra toutes les conces­sions.

DG: Ce se­ra un tout nou­vel aé­ro­port, bref ?

ML : Ef­fec­ti­ve­ment. Pas en terme d’ex­pan­sion, mais à l’in­té­rieur en terme de ser­vices connexes. Il faut se gar­der à jour. C’est comme un centre com­mer­cial. Si on n’in­ves­tit pas et on ne le garde pas à jour, on se re­trouve avec une in­fra­struc­ture qui vieillit mal. Et cette in­fra­struc­ture c i - cha­peau à mes pré­dé­ces­seurs - a ex­trê­me­ment bien vieilli. D’ailleurs, en 2017, notre aé­ro­port a été clas­sé pre­mier en terme de ser­vices aux pas­sa­gers. Pas juste à cause de l’in­fra­struc­ture, mais aus­si à cause des gens qui y tra­vaillent. Nous sommes l’un des aé­ro­ports les plus pri­més en ce qui a trait au ser­vice à la clien­tèle. Nous sommes tou­jours dans le top-3. Chaque se­maine, quel­qu’un me dit: « j’aime ar­ri­ver à Ot­ta­wa. »

Les gens aiment le fee­ling de l’aé­ro­port d’Ot­ta­wa. Ils ne se sentent ja­mais per­dus dans l’aé­ro­port. Et ça en­lève un stress du voyage. Il y a ce­pen­dant un in­con­vé­nient à tout ça. C’est drôle à dire, mais les gens se rendent tel­le­ment vite pour at­tendre leurs ba­gages aux car­rou­sels qu’ils ont l’im­pres­sion qu’ils at­tendent plus long­temps qu’ailleurs pour leurs ba­gages. Mais dans les faits, ils n’at­tendent pas plus long­temps qu’ailleurs, c’est qu’ils sont aux car­rou­sels en quelques mi­nutes plu­tôt qu’en 20 mi­nutes (rires).

PHO­TO PA­TRICK WOOD­BU­RY, LE DROIT

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