DU CAN­NA­BIS PHAR­MA­CEU­TIQUE

Le Droit Affaires - - Sommaire - par De­nis Grat­ton Le Droit

Vous ne trou­ve­rez pas de plan­ta­tions de « pot » dans la cour de la com­pa­gnie Te­tra Bio-Phar­ma d’Ot­ta­wa. Pour­tant, d’ici 2020, l’en­tre­prise de­vrait lan­cer sur le mar­ché ca­na­dien le tout pre­mier mé­di­ca­ment à base de can­na­bis.

UNE EN­TRE­PRISE D’OT­TA­WA

tra­vaille de­puis plus de deux ans sur le dé­ve­lop­pe­ment de mé­di­ca­ments à base de can­na­bis. Non, vous ne trou­ve­rez pas de plan­ta­tions de « pot » dans la cour de la com­pa­gnie Te­tra Bio-Phar­ma dont les bu­reaux se trouvent sur le bou­le­vard Saint-Jo­seph, en plein coeur du sec­teur Or­léans. Et vous ne pour­rez vous y pro­cu­rer quelques grammes de can­na­bis à des fins ré­créa­tives non plus. Mais d’ici un an ou deux, Te­tra Bio-Phar­ma pour­rait lan­cer sur le mar­ché ca­na­dien le tout pre­mier mé­di­ca­ment à base de can­na­bis. Cette en­tre­prise est en fait la seule en Amé­rique du Nord à tra­vailler avec San­té Ca­na­da et la Food and Drug Ad­mi­nis­tra­tion (FDA) aux États-Unis pour me­ner des es­sais cli­niques qui ré­pondent aux strictes exi­gences de tous, soit les or­ga­nismes de ré­gle­men­ta­tion, les mé­de­cins et les as­su­reurs. Les mé­di­ca­ment de de­main ver­ront-ils le jour ici, à Ot­ta­wa ? C’est fort pos­sible. Ce ne se­rait qu’une ques­tion de temps. Et ils pour­raient bien ré­vo­lu­tion­ner le monde phar­ma­ceu­tique et mé­di­cal. Ren­contre avec le pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral de Te­tra Bio-Phar­ma, le doc­teur Guy Cham­ber­land, qui est aus­si ti­tu­laire d’un doc­to­rat en toxi­co­lo­gie de l’Uni­ver­si­té de Mon­tréal, d’une maî­trise en phy­sio­lo­gie ani­male et d’un bac­ca­lau­réat en chi­mie de l’agri­cul­ture.

DE­NIS GRAT­TON: ÊTES-VOUS LE FON­DA­TEUR DE L’EN­TRE­PRISE TE­TRA BIO-PHAR­MA ?

GUY CHAM­BER­LAND: Je suis le fon­da­teur de sa di­vi­sion phar­ma­ceu­tique. La com­pa­gnie existe de­puis un cer­tain temps, mais on lui a fait prendre un vi­rage, si on peut dire ain­si. Elle avait d’abord été fondée pour de­ve­nir un pro­duc­teur au­to­ri­sé (par San­té Ca­na­da) de can­na­bis à des fins mé­di­cales. Mais en 2016, nous nous sommes lan­cés dans le dé­ve­lop­pe­ment de mé­di­ca­ments à base de can­na­bi­noïdes. Il n’y pas beau­coup de pro­duc­teurs au­to­ri­sés qui vou­laient s’aven­tu­rer dans ce do­maine-là. Nous en avons trou­vé un qui était in­té­res­sé, soit la com­pa­gnie APHRIA, une en­tre­prise de Lea­ming­ton, dans le Sud de l’On­ta­rio, ain­si qu’une autre com­pa­gnie aux États-Unis qui tra­vaille dans le do­maine du THC syn­thé­tique.

DG: DONC LA PÉ­NU­RIE DE CAN­NA­BIS QUI SÉ­VIT AU QUÉ­BEC ET AILLEURS AU CA­NA­DA DE­PUIS SA LÉ­GA­LI­SA­TION NE VOUS TOUCHE PAS DI­REC­TE­MENT ?

GC: Du tout. Ce sont des do­maines com­plè­te­ment dif­fé­rents. Il y a le can­na­bis ré­créa­tion­nel, le can­na­bis mé­di­cal et, après ça, il y a le do­maine phar­ma­ceu­tique. Phar­ma­ceu­tique étant comme tout autre mé­di­ca­ment une coche plus éle­vée. On parle d’un ni­veau de qua­li­té très su­pé­rieur à un can­na­bis mé­di­cal. Nous avons les mêmes normes que tout autre mé­di­ca­ment syn­thé­tique. Il faut com­prendre toutes les étapes et dé­mon­trer que le pro­duit est tou­jours le même. Parce que ul­ti­me­ment, si vous avec une pres­crip­tion en jan­vier et une autre en juin, vous vou­lez être as­su­ré que vous re­ce­vrez la même chose les deux fois. Et ça, il faut le dé­mon­trer. Et nous sommes en train d’éta­blir la norme. On dé­montre aux agences qu’on est capable de dé­ve­lop­per un mé­di­ca­ment à base de can­na­bis avec la même ri­gueur que tout autre mé­di­ca­ment ven­du sur le mar­ché.

DG: ET QUAND CROYEZ-VOUS POU­VOIR LAN­CER VOTRE TOUT PRE­MIER MÉ­DI­CA­MENT SUR LE MAR­CHÉ ?

GC: En 2020. Le PPP001, qui est un mé­di­ca­ment pour les pa­tients at­teints d’un can­cer en phase ter­mi­nale. Les études roulent. Et beau­coup de nos éner­gies sont mises à fi­na­li­ser le dos­sier de la qua­li­té. Nous de­vons être ca­pables d’of­frir un pro­duit de qua­li­té à grande échelle. Le can­na­bis est dif­fé­rent des mé­di­ca­ments dé­jà sur le mar­ché (pour les pa­tients at­teints d’un can­cer en phase ter­mi­nale). Il s’agit d’un mé­di­ca­ment psy­cho-ac­tif, ce n’est pas vrai­ment un anal­gé­sique. Il ne bais­se­ra pas im­mé­dia­te­ment la dou­leur. Ce qu’il fait, c’est que la dou­leur ne vous dé­range plus. Que ce soit une dé­pres­sion ou une dou­leur, il vous dis­so­cie de votre souf­france. Et parce que la dou­leur ne vous dé­range plus, vous dor­mez mieux. Et à me­sure que le temps passe, et parce que vous dor­mez mieux, votre dou­leur com­men­ce­ra à bais­ser. LE PPP001 at­té­nue la souf­france. Il va au­de­là du bé­né­fice im­mé­diat du sou­la­ge­ment de la dou­leur. Ce se­ra notre pre­mier mé­di­ca­ment sur le mar­ché, tant au Ca­na­da qu’aux États-Unis, et je suis confiant que nous au­rons du suc­cès et qu’il se­ra dis­po­nible en 2020.

DG: POUR­QUOI L’EN­TRE­PRISE TE­TRA BIO-PHAR­MA S’ES­TELLE ÉTA­BLIE À OR­LÉANS ?

GC: Les trois fon­da­teurs sont ori­gi­naires d’ici, d’Ot­ta­wa. Moi, je suis na­tif de Chi­cou­ti­mi et j’ha­bite au­jourd’hui Mon­tréal. Notre bu­reau prin­ci­pal, nos bu­reaux des finances et notre groupe de re­cherche et de dé­ve­lop­pe­ment sont ici, à Or­léans. Mais nous avons aus­si des bu­reaux à Mon­tréal, à Monc­ton au Nou­veau-Bruns­wick, et bien­tôt un autre à Ha­li­fax, en Nou­velle-Écosse.

Dr Guy Cham­ber­land

Pré­sident et di­rec­teur gé­né­ral de Te­tra Bio-Phar­ma

PHO­TO COURTOISIE, RA­DIO-CA­NA­DA

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