35 100 POSTES À COM­BLER EN OU­TAOUAIS D’ICI 2021

Le Droit Affaires - - Dossier -

Le pro­blème de la ra­re­té de la main-d’oeuvre se fait sen­tir en Ou­taouais, où quelque 35 100 em­plois sont à com­bler entre 2017-2021, dont un peu plus de 80 % pro­viennent de dé­parts à la re­traite. Le tout se dé­roule dans un contexte où le taux de chô­mage est his­to­ri­que­ment bas dans la ré­gion, à 4,9 %.

Le pro­blème de la pé­nu­rie de la main-d’oeuvre com­porte plu­sieurs vo­lets : un vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion et des dé­parts à la re­traite de tra­vailleurs ex­pé­ri­men­tés, ju­me­lés à une re­lève moins nom­breuse, in­ex­pé­ri­men­tée et sou­vent moins at­ti­rée par cer­tains sec­teurs, tels que le do­maine de la construc­tion, du trans­port, des pâtes et pa­piers et autres.

« Il y a des en­tre­prises qui font face à une pé­nu­rie pour dif­fé­rentes rai­sons », ex­plique le di­rec­teur ré­gio­nal de Ser­vice Qué­bec de l’Ou­taouais, Alain Ran­ger, qui re­pré­sente une branche re­le­vant du mi­nis­tère de l’Em­ploi et de la So­li­da­ri­té so­ciale et qui couvre 17 ré­gions ad­mi­nis­tra­tives de la pro­vince.

« C’est presque tout le monde qui est en em­ploi. Donc, quand on est dans des don­nées aus­si im­por­tantes, ça vient illus­trer le fait qu’il y a une si­tua­tion qui est fa­vo­rable da­van­tage pour le cher­cheur d’em­ploi que pour les en­tre­prises », sou­tient M. Ran­ger.

Le di­rec­teur ré­gio­nal pré­fère néan­moins par­ler non pas d’une pé­nu­rie, mais plu­tôt d’une si­tua­tion de ra­re­té de main-d’oeuvre, bien qu’il re­con­naisse qu’une pé­nu­rie frappe cer­tains sec­teurs.

D’après les in­for­ma­tions trans­mises par Ser­vice Qué­bec, on re­trouve 19 pro­fes­sions en dé­fi­cit, pour les­quelles les perspectiv­es d’em­ploi sont ex­cel­lentes. Aus­si, si les postes dé­cla­rés va­cants par les em­ployeurs de la ré­gion tour­naient men­suel­le­ment au­tour de 1495 il y a quatre ans, ils ont de­puis dou­blé pour se si­tuer à 3267 postes va­cants par mois en 2018-2019.

Re­trous­ser ses manches

« Il faut re­con­naître le fait que nos en­tre­prises doivent se re­trous­ser les manches pour ti­rer leur épingle du jeu dans un contexte pa­reil », af­firme M. Ran­ger.

Le manque de main-d’oeuvre en Ou­taouais n’est pas dif­fé­rente du reste de la pro­vince, ce qui ex­plique pour­quoi le gou­ver­ne­ment du Qué­bec a an­non­cé l’an der­nier un in­ves­tis­se­ment ma­jeur de 1,3 mil­liards $ sur cinq ans, dans le cadre de sa stra­té­gie na­tio­nale sur la main-d’oeuvre. Cette ini­tia­tive pré­voit 47 mesures, ain­si que plu­sieurs dis­cus­sions avec les dif­fé­rents par­te­naires du mi­lieu, afin de pour­voir 1,3 mil­lion de postes d’ici 2028.

« Mon mes­sage aux en­tre­pre­neurs c’est : pre­nons nous en main . Faisons notre part et quand le monde au­tour de nous au­ra eu le temps de dis­cu­ter et d’en par­ler, alors on va bé­né­fi­cier de ça, mais à court terme, c’est pas eux la solution, c’est nous », af­firme pour sa part le vice-pré­sident de la Chambre de com­merce de Ga­ti­neau et pro­prié­taire des ma­ga­sins Club Pis­cine, Jean Ra­ven­da.

M. Ra­ven­da fait d’ailleurs par­tie du co­mi­té Ra­re­té de maind’oeuvre lan­cé l’an der­nier par la Chambre de com­merce et qui vise à in­ci­ter les en­tre­pre­neurs à re­cou­rir aux nom­breux ser­vices mis à leur dis­po­si­tion.

« On vou­lait faire le pont entre l’offre et la de­mande, car il y a beau­coup d’or­ga­ni­sa­tions, qu’elles soient pri­vées ou gou­ver­ne­men­tales et dans le mi­lieu de l’édu­ca­tion, qui ont des offres non ex­ploi­tées et dont les en­tre­pre­neurs ne sont pas au cou­rant », in­dique-t-il.

M. Ran­ger confirme pour sa part que le plus grand dé­fi de Ser­vice Qué­bec Ou­taouais est de faire connaître aux en­tre­pre­neurs leur gamme de pro­grammes.

Res­sources hu­maines

Se­lon sa col­lègue So­nia Mo­rin, di­rec­trice du marché du tra­vail et des ser­vices spé­cia­li­sés, les pro­fils des cher­cheurs d’em­ploi ont chan­gé et les en­tre­prises doivent s’ajus­ter.

« On parle de per­sonnes moins ou pas uni­que­ment axées sur le sa­laire, mais plus sur la qua­li­té au tra­vail, la flexi­bi­li­té et la conci­lia­tion tra­vail­fa­mille. On parle des ho­raires de tra­vail éga­le­ment », ex­plique-t-elle.

Dans ce contexte, les pe­tites et moyennes en­tre­prises ont tout in­té­rêt à amé­lio­rer leurs pra­tiques en ma­tière de res­sources hu­maines et même à in­ves­tir dans ce do­maine, d’après les in­ter­ve­nants in­ter­ro­gés par Le Droit AF­FAIRES.

« Tu peux bien avoir 22 in­gé­nieurs dans ton en­tre­prise, mais si tu n’as per­sonne en res­sources hu­maines, alors tu vas juste avoir 22 in­gé­nieurs mal­heu­reux. Tu vas peut-être rem­plir bien des man­dats, mais tu vas avoir un rou­le­ment de per­son­nel, car tes condi­tions de tra­vail ne se­ront pas idéales ou op­ti­males ou peut-être pas mau­vaises, mais pas aus­si bonnes que celles de ton voi­sin », fait va­loir M. Ra­ven­da.

Le di­rec­teur gé­né­ral d’ID Ga­ti­neau, Jean Le­page, abonde dans le même sens. « Il y a un pa­quet de nou­veaux mo­dèles et il faut s’ajus­ter. C’est un peu notre tra­vail d’ex­po­ser les en­tre­pre­neurs à ces mo­dèles et de leur mon­trer qu’il y a d’autres fa­çons d’y arriver », ex­plique-t-il.

M. Le­page in­siste sur le fait qu’il s’agit d’un en­jeu suffisamme­nt im­por­tant pour que l’École des en­tre­pre­neurs du Qué­bec compte mettre en place un pro­gramme pour mieux for­mer les en­tre­pre­neurs au ni­veau de la ré­ten­tion et du re­cru­te­ment des em­ployés.

Alain Ran­ger

Di­rec­teur ré­gio­nal Ser­vice Qué­bec de l’Ou­taouais

So­nia Mo­rin Di­rec­trice du marché du tra­vail et des ser­vices spé­cia­li­sés Ser­vice Qué­bec de l’Ou­taouais

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