FI­NANCES

Le Droit Affaires - - SOMMAIRE - Par Mar­tin La­londe / Ges­tion­naire de por­te­feuilles

Qu’est-ce qui ex­plique la su­pré­ma­tie amé­ri­caine sur les mar­chés bour­siers ? Pour faire com­prendre ce choix des in­ves­tis­seurs, il faut re­cu­ler 50 ans en ar­rière, à l’époque de la crise pé­tro­lière des an­nées 1970, re­late notre chro­ni­queur Mar­tin La­londe.

J’aime dire que les in­ves­tis­seurs sont in­quiets quand ça va mal et in­quiets quand ça va bien. Et le pré­sent mar­ché haus­sier consta­té sur les bourses nor­da­mé­ri­caines est pos­si­ble­ment le moins ap­pré­cié du der­nier cen­te­naire, alors que plu­sieurs épar­gnants gardent en­core des mon­tants éle­vés de li­qui­di­té dans la crainte d’une éven­tuelle ré­ces­sion. Soyons clair ici : il y au­ra une ré­ces­sion.

Il y en a tou­jours une qui s’en vient dans un cycle éco­no­mique nor­mal. Mais il est im­pos­sible de pré­voir l’ar­ri­vée de celle-ci et il est ha­bi­tuel­le­ment beau­coup plus dom­ma­geable d’igno­rer le mar­ché des ac­tions pen­dant une pé­riode pro­lon­gée que de tra­ver­ser une ré­ces­sion tem­po­raire. Au mo­ment d’écrire ces lignes, l’in­dice S&P 500 qui re­flète la per­for­mance des plus im­por­tantes com­pa­gnies pu­bliques amé­ri­caines est à une hau­teur his­to­rique.

Par contre, la per­for­mance du mar­ché amé­ri­cain est une ex­cep­tion mon­diale. On y trouve une com­bi­nai­son de fac­teurs ga­gnants tels que des pro­fits re­cord, une faible in­fla­tion et un mar­ché éle­vé de l’em­ploi que l’on ne re­trouve pas ailleurs sur la pla­nète. Un fac­teur sou­vent igno­ré est l’abon­dance de ca­pi­tal dis­po­nible li­bel­lé en dol­lars US qui ex­plique la crois­sance ac­tuelle.

L’ar­ri­vée des pé­tro­dol­lars

Il faut re­tour­ner 50 ans en ar­rière pour bien com­prendre le phé­no­mène. À la suite de l’ef­fon­dre­ment de l’Ac­cord de Bret­ton Woods et de l’aban­don par les États-Unis de l’étalon or tra­di­tion­nel, les États-Unis et l’Ara­bie Saou­dite ont si­gné un ac­cord aux consé­quences his­to­riques. Les Amé­ri­cains, en échange entre autres d’une as­sis­tance mi­li­taire au MoyenO­rient, ont convain­cu les pays membre de l’Or­ga­ni­sa­tion des pays ex­por­ta­teurs de pé­trole de n’ac­cep­ter que le dol­lars US pour la vente de l’or noir, éle­vant ain­si d’un seul coup le billet vert comme mon­naie do­mi­nante sur la pla­nète.

Au cours des der­nières an­nées, pour des rai­sons de sim­pli­ci­té mais aus­si à cause d’une grande confiance en­vers les sys­tèmes ju­di­ciaires et po­li­tiques amé­ri­cains, l’ef­fet s’est am­pli­fié. À l’heure ac­tuelle, 90% des échanges com­mer­ciaux mon­diaux se tran­sigent en dol­lars amé­ri­cains, même entre pays éloi­gnés et sans connec­tion avec nos voi­sins du Sud.

Con­ju­guant une crois­sance éco­no­mique exem­plaire à un ac­cès qua­si illi­mi­té au ca­pi­tal, les Amé­ri­cains se sont créé un ter­rain de jeu fer­tile au lan­ce­ment d’en­tre­prises axées da­van­tage sur la crois­sance que sur les pro­fits. Cer­taines de ces firmes ont ga­gné des parts de mar­ché his­to­ri­que­ment in­at­tei­gnables, qu’on pense aux UBER et Ama­zon de ce monde qui n’au­raient ja­mais sur­vé­cu aux mar­chés tra­di­tion­nels d’in­ves­tis­seurs exi­geant un re­tour ra­pide sur leurs in­ves­tis­se­ments.

Mais at­ten­tion, les in­ves­tis­seurs ne sont pas niais. WeWork a vu sa ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière pas­ser de 58 à 8 mil­liards à la suite de son en­trée ra­tée à la bourse newyor­kaise et son sau­ve­tage par la SoftBank.

Il peut être dif­fi­cile pour nous de com­prendre cet at­trait par­ti­cu­lier pour les États-Unis, sur­tout si on tient compte de la gamme des af­faires po­li­ti­co-ju­di­ciaires qui minent la pré­si­dence de Do­nald Trump. Mais si votre al­ter­na­tive est la Chine et son contrôle ab­so­lu du ca­pi­tal, la Rus­sie et ses oli­garques ou même l’Eu­rope à l’ère du Brexit, on peut mieux com­prendre cet en­goue­ment pour la mon­naie de l’oncle Sam. Notre chro­ni­queur Mar­tin La­londe est pré­sident de la firme Les in­ves­tis­se­ments Ri­ve­mont, une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière spé­cia­li­sée en ges­tion de por­te­feuilles éta­blie à Ga­ti­neau.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.