La force de la ré­si­lience

Le Droit - - ARTS ET SPECTACLES - MAUD CUCCHI mcuc­chi@ledroit.com

En mu­sique, quand on parle de «com­mo­tion», c’est gé­né­ra­le­ment pour si­gni­fier une mi­ni-ré­vo­lu­tion, un disque ou un concert qui ébranle, tou­jours une mé­ta­phore. Pas pour Em­ma Cook, chan­teuse to­ron­toise qui a vu sa vie bas­cu­ler en 2013.

Elle ren­trait chez elle quand une branche d’arbre lui est tom­bée sur la tête. « Un mal­heu­reux ac­ci­dent, se sou­vient-elle, des ou­vriers tra­vaillaient sur des lignes à haute ten­sion. Je suis pas­sée au mau­vais mo­ment ». Dans 97 % des cas, les syn­dromes com­mo­tion­nels dis­pa­raissent. La chan­teuse n’a pas eu cette chance et conti­nue de com­po­ser avec les ef­fets de l’ac­ci­dent. « Ver­tiges, hy­per­sen­si­bi­li­té au son et à la lu­mière, dif­fi­cul­tés à se concen­trer. »

Et voi­là que cinq ans plus tard, elle pré­sente fiè­re­ment la pa­ru­tion de son qua­trième al­bum, Li­ving Proof, dont la sor­tie est pré­vue pour le 2 fé­vrier, sui­vi d’un concert au CNA le 9 mars. Son meilleur re­mède aux temps dif­fi­ciles, nous avouet-elle, un disque vo­lon­tai­re­ment plus pop que ses pré­cé­dents, qui lui au­ront dé­jà des­si­né une jo­lie car­rière.

No­mi­née aux To­ron­to Mu­sic Awards il y a dix ans, elle a re­çu le sou­tien du Conseil des arts de l’On­ta­rio pour fi­nan­cer ses pro­jets mu­si­caux et conti­nue de ba­tailler pour faire rayon­ner sa mu­sique.

L’an der­nier, la To­ron­toise a re­joint la liste des ar­tistes re­te­nus par le concours mu­si­cal CBC Sear­chlight dans la ca­té­go­rie « ville de To­ron­to. » On dé­cou­vrait alors le clip de I will stay, le pre­mier simple de son al­bum à ve­nir : élé­gante col­lec­tion de ques­tion­ne­ments de cette au­teure-com­po­si­trice-in­ter­prète aus­si di­recte dans ses ma­nières qu’in­tro­ver­tie.

« Li­ving Proof ex­plore ce que ce­la si­gni­fie d’être hu­main et de de­voir af­fron­ter la perte, à la fois de ce que l’on pen­sait être et connaître, et la perte de ceux que l’on aime, » ex­plique la chan­teuse.

Dans ses er­rances mé­ta­phy­siques et ses ef­forts pour al­ler mieux, Em­ma Cook a re­pen­sé à ses pre­miers émois mu­si­caux. « Quand j’ap­pre­nais un nou­vel ins­tru­ment, je me sen­tais sou­dai­ne­ment plus créa­tive, » par­tage-t-elle. Pour ne pas perdre pied, pour re­prendre goût à la mu­sique aus­si, elle s’at­telle à l’ap­pren­tis­sage du pia­no. « J’en jouais pour m’amu­ser et ma pre­mière chan­son m’est ve­nue, pour­suit-elle. À cette pé­riode-là, j’étais af­fec­tée par la tris­tesse et la perte d’une cou­sine proche. »

Si la voie de la gué­ri­son phy­sique et émo­tive pas­se­ra par l’ap­pren­tis­sage du pia­no, elle doit aus­si beau­coup à sa ren­contre for­tuite avec son pro­duc­teur, Dean Drouillard (col­la­bo­ra­teur de Royal Wood). Un heu­reux ac­ci­dent, sou­rit la chan­teuse : « nos en­fants vont à l’école en­semble, c’est ain­si que nous nous sommes ren­con­trés. Pour­tant, nous vi­vions à cinq mai­sons l’un de l’autre, nous fré­quen­tions le même cercle mu­si­cal, à To­ron­to. »

Em­ma Cook a do­cu­men­té le pro­ces­sus de créa­tion de son al­bum dans un blog qu’elle ac­tua­lise ré­gu­liè­re­ment sur son site In­ter­net. « C’est une fa­çon d’in­ter­agir da­van­tage avec mon pu­blic, de l’em­me­ner avec moi au coeur de l’éla­bo­ra­tion de ma mu­sique. »

Pour son ma­ri d’abord

— « qui n’est pas du tout mu­si­cien », mais aus­si pour rendre ac­ces­sible son la­bo­ra­toire à un plus vaste au­di­toire, elle par­tage chaque étape de son tra­vail. Avec na­tu­rel, sans ta­bou, his­toire de dé­mon­trer à quel point sa pas­sion re­quiert force, ex­per­tise et té­na­ci­té.

Dans Li­ving Proof, col­lec­tion de 10 titres por­tés par une voix en­so­leillée,

Em­ma Cook ex­prime une pro­fonde mé­lan­co­lie tout en l’éva­cuant en même temps. Elle touille avec fi­nesse toutes les sources d’in­com­pré­hen­sion, de mal-être et de frus­tra­tion. C’est tout sauf dé­pri­mant. Voi­là la magie de la pop, hop-la-vie !

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