EX­PLO­RER L’ÂME DE L’AVEN­TU­RIER

Ré­mi-Pierre Pa­quin «de­vient» Fré­dé­ric Dion dans An­tarc­tique So­lo

Le Droit - - THÉÂTRE - YVES BERGERAS yber­ge­ras@le­droit.com

Le Centre des arts Shenk­man re­ce­vra ven­dre­di 19 oc­tobre le co­mé­dien Ré­mi-Pierre Pa­quin, qui en­file le man­teau de l’ex­plo­ra­teur Fré­dé­ric Dion, dans la pièce An­tarc­tique so­lo.

La pièce est ba­sée sur le pé­riple – en so­li­taire – qu’a vé­cu l’aven­tu­rier qué­bé­cois dans le Grand Nord, et dont il a ti­ré le livre du même nom, écrit à quatre mains avec Bryan Per­ro.

C’est d’ailleurs le créa­teur d’Amos Da­ra­gon qui a en­suite si­gné cette ver­sion théâ­trale du ré­cit. Bryan Per­ro n’en est pas à sa pre­mière ex­pé­rience scé­nique : pour les planches, il a no­tam­ment adap­té Amos Da­ra­gon et Dra­gao, Mo­by Dick de Mel­ville ain­si qu’un ré­cit sur Louis Cyr.

« Je sa­vais que ce type-là fai­sait des choses ex­tra­or­di­naires ; j’avais sui­vi son pé­riple en An­tarc­tique de loin, dans les jour­naux et à la TV, ou [au fil de] cap­sules In­ter­net », mais jus­qu’à tout ré­cem­ment, « Fred était pour moi un par­fait in­con­nu, un ex­plo­ra­teur que je sui­vais avant tout parce qu’il ha­bi­tait ma ré­gion [celle de Sha­wi­ni­gan]. »

Lors­qu’il a ap­pro­ché l’ex­plo­ra­teur pour ra­con­ter son his­toire – à la sug­ges­tion d’un de ses em­ployés, pré­cise le pa­tron de Per­ro Édi­teur, « il m’a ré­pon­du “oui, mais j’ai­me­rais l’écrire moi-même.” »

« Je lui ai dit d’ac­cord [pour une pu­bli­ca­tion]... mais on a cha­cun nos mé­tiers. Moi, je ne suis pas ex­plo­ra­teur, mais je se­rais peut-être en meilleure po­si­tion que toi pour l’écrire », sou­rit l’au­teur. Et M. Dion a ac­quies­cé : « Je te ra­conte, et toi tu l’écris ».

VÉ­RI­TÉ ET SONGE

Le créa­teur d’Amos Da­ra­gon est pas­sé maître dans l’art du « ré­cit d’aven­tures ». Mais l’au­teur ver­sé dans la fic­tion a ado­ré cette ex­pé­rience d’écri­ture qui, loin de l’he­roic fan­ta­sy, était très an­crée dans la glace du réel.

« Ce n’est pas comme in­ven­ter les vies et les back­grounds de mes per­son­nages. Là, j’avais Fred en face de moi, je pou­vais par­ler au per­son­nage. Il vient avec tout son “ba­gage” et pen­dant qu’il ra­conte, je peux lui de­man­der “Pour­quoi tu fais ça. Ça n’a pas de sens !” » pour qu’il cla­ri­fie ses in­ten­tions ou qu’il four­nisse une « ex­pli­ca­tion lo­gique de son point de vue », en fonc­tion de son vé­cu, sa sen­si­bi­li­té ou ses va­leurs, re­late Bryan Per­ro.

« C’est fan­tas­tique d’avoir ac­cès à la “vé­ri­té”, pour pou­voir en­suite ajou­ter un peu de fic­tion ! » s’es­claffe l’au­teur, qui ne cache pas la forme « ro­man­cée » du livre, même si toutes les anec­dotes par­ta­gées sont au­then­tiques.

Bien des élé­ments de l’aven­ture ont été conden­sés : « Ce n’est pas écrit de fa­çon li­néaire. [...] On se concentre sur 20 mi­nutes de sa vie », pour mieux al­ler et ve­nir dans les pen­sées de l’ex­plo­ra­teur. »

En ti­rant sur le fil conduc­teur de ses an­goisses. Quand il se rend compte qu’il vient de perdre son traî­neau (pour les be­soins de la pièce, on en a fait un kayak), l’ex­plo­ra­teur « se met à ca­po­ter. Il se dit : “il me reste 20 mi­nutes à vivre parce que tout mon ma­té­riel est par­ti avec le traî­neau et c’est la tempête” ; il va être en­se­ve­li très vite et moi je fi­nis ma vie ici », ré­sume Bryan Per­ro.

L’ÂME DE L’AVEN­TU­RIER

L’au­teur est aus­si di­rec­teur gé­né­ral et ar­tis­tique de l’or­ga­nisme Culture Sha­wi­ni­gan de­puis 2015. C’est à ce titre qu’il a son­gé à adap­ter en pièce de théâtre le livre qu’il avait co­si­gné avec Fré­dé­ric Dion : « Il n’y avait pas de théâtre d’été à la mai­son de la culture Fran­cis Bris­son. C’était fer­mé l’été... [ce qui] n’a pas de sens pour les tou­ristes. »

Il a donc vou­lu concoc­ter un spec­tacle sur me­sure pour sa ré­gion. « J’ai tout de suite pen­sé à An­tarc­tique So­lo, mais ça me pre­nait un co­mé­dien très fort pour por­ter ce pro­jet. »

C’est là qu’entre en scène Ré­mi-Pierre Pa­quin. Qui se­ra ra­pi­de­ment se­con­dé par son vieux com­plice des In­vin­cibles Pierre-Fran­çois Le­gendre à la mise en scène, et par Jean­not Bour­ni­val, res­pon­sable de l’ha­billage mu­si­cal. Grand aco­lyte no­toire de Fred Pel­le­rin, Bour­ni­val est aus­si « un de mes vieux com­pères : il a fait la plu­part de mes trames so­nores », rap­pelle Bryan Per­ro.

« Membre ac­tif » de l’équipe, Fré­dé­ric Dion a « as­sis­té à toutes les étapes » de cette adap­ta­tion.

PLUS VRAI QUE NA­TURE?

Ré­mi-Pierre Pa­quin « est un co­mé­dien ex­trê­me­ment so­lide, au point d’en­dos­ser un texte lourd et de réus­sir à le rendre lé­ger ». « Bon dans le drame, dans la ten­dresse et dans la drô­le­rie », il par­vient à « cam­per l’émo­tion et l’hu­ma­ni­té de l’aven­tu­rier ».

« C’est pas évident d’être une heure et de­mie en scène, tout seul face à dif­fé­rents pu­blics (le spec­tacle s’adresse tant aux pré­ados qu’aux adultes, sou­tient l’au­teur). »

« S’il y a le moindre pé­pin, tu ne peux pas te fier à tes col­lègues, per­sonne n’est là pour te souf­fler la ré­plique. [...] Il porte toute l’aven­ture sur ses épaules. C’est une énorme res­pon­sa­bi­li­té. »

Et le co­mé­dien « nous fait vite ou­blier qu’il a zé­ro res­sem­blance avec Fred Dion », ajoute M. Per­ro, en men­tion­nant les pro­jec­tions vi­déo qui ponc­tuent le spec­tacle, où ap­pa­raî­tra le vi­sage de l’ex­plo­ra­teur. « Au dé­but, les gens ne sont pas sûrs. Tout le monde pense que c’est Ré­mi, le “vrai”. Il nous a tel­le­ment bien em­me­nés dans ce voyage-là ! »

— YAN DOUBLET, AR­CHIVES LE SO­LEIL

Bryan Per­ro, le créa­teur d’Amos Da­ra­gon, est pas­sé maître dans l’art du «ré­cit d’aven­tures».

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