La mé­ta­mor­phose

Le Droit - - CINÉMA - ÉRIC MOREAULT emo­reault@le­so­leil.com

est l’his­toire d’une mé­ta­mor­phose. Celle d’une jeune pay­sanne naïve qui épouse un sé­duc­teur égo­cen­trique, se li­bère pro­gres­si­ve­ment de son em­prise, tant sur le plan in­tel­lec­tuel que sexuel, pour de­ve­nir une fi­gure ma­jeure de la lit­té­ra­ture du XXe siècle. Un mo­dèle. Sauf qu’avec cette ri­chesse thé­ma­tique in­croyable, Wash West­mo­re­land nous offre un drame bio­gra­phique lisse et sage alors qu’il au­rait pu, et dû, être beau­coup plus sul­fu­reux.

Bien sûr, ceux qui aiment les films à cos­tumes ra­con­tés de fa­çon chro­no­lo­gique, avec des en­jeux clairs et des per­son­nages sans nuances, vont ado­rer. Il y a même quelques scènes d’amour sa­phiques (pas très ex­pli­cites, voyons !) pour se don­ner un pe­tit fris­son…

Le long mé­trage s’amorce à SaintSau­veur, 1892. Ga­brielle Si­do­nie Co­lette (Kei­ra Knight­ley), jeune fille à l’es­prit re­belle, trouve le sa­lut dans la fuite en épou­sant Willy (Do­mi­nic West). Le cé­li­ba­taire en­dur­ci et no­ceur in­vé­té­ré, de 14 ans plus vieux, en­ferme son oi­seau dans sa cage pa­ri­sienne pen­dant qu’il joue aux courses et di­la­pide le reste chez les putes.

Pour main­te­nir son train de vie, l’écri­vain ra­té em­bauche deux écri­vains fan­tômes. Pour l’ai­der, ce mo­nu­ment d’or­gueil consent à ce que Co­lette, drôle et in­tel­li­gente, écrive… à condi­tion qu’il signe à sa place. Clau­dine à l’école (1898) et ses suites connaissent un suc­cès phé­no­mé­nal. Que Willy, homme d’af­faires avi­sé, fait fruc­ti­fier jusque dans les pro­duits dé­ri­vés…

Co­lette est évi­dem­ment pri­son­nière des conven­tions de l’époque et de son ma­ri, une en­trave à son ta­lent. Mais elle s’en li­bère peu à peu et re­ven­dique de plus en plus son ac­cès à l’éga­li­té et la ré­ap­pro­pria­tion de son oeuvre. Sous cet as­pect, le long mé­trage est mal­heu­reu­se­ment tou­jours d’ac­tua­li­té.

Le film de West­mo­re­land nous donne sur­tout le goût d’en sa­voir plus sur la car­rière de l’au­teure qui fi­ni­ra par pro­duire un im­po­sant cor­pus lit­té­raire et pré­si­der l’Aca­dé­mie Gon­court (de 1949 à 1954).

La mise en scène sage de West­mo­re­land, qui a co­réa­li­sé Still Alice avec son conjoint Ri­chard Glat­zer, est dans la note, contient plu­sieurs beaux plans et quelques splen­dides mou­ve­ments de ca­mé­ra. Sans plus.

Pour une rare fois, je vous re­com­mande, si le coeur vous en dit, de voir le film tra­duit et non pas en ver­sion ori­gi­nale. En­tendre des ac­teurs bri­tan­niques mas­sa­crer les noms fran­çais, et écrire en fran­çais, ça ne fonc­tionne tout sim­ple­ment pas. Mais ce n’est pas un cas d’ap­pro­pria­tion cultu­relle pour au­tant...

— PHO­TO ENTRACT FILMS

Kei­ra Knight­ley s’en tire plu­tôt bien en Co­lette, ne cé­dant pas un pouce à Do­mi­nic West, qu’on aime dé­tes­ter en per­son­nage odieux. Mais elle ne livre pas la per­for­mance trans­cen­dante qu’exi­geait le rôle.

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