Le temps de tous les pos­sibles

Le Droit - - MUSIQUE - ISA­BEL AU­THIER isa­bel.au­thier@la­voix­de­lest.ca Dis­pa­ri­tion est dis­po­nible en ma­ga­sin et en ligne de­puis le 12 oc­tobre.

GRANBY — Dif­fi­cile à croire, mais Guillaume Beau­re­gard vient d’at­teindre la qua­ran­taine. Après des an­nées de bruit et de fu­reur dans l’uni­vers punk-rock, le voi­là adou­ci, ras­su­ré et plus libre que ja­mais. C’est dans cet état d’es­prit qu’il pro­pose, cette se­maine, Dis­pa­ri­tion, son se­cond al­bum so­lo.

Il au­ra fal­lu quatre ans à l’au­teur­com­po­si­teur-in­ter­prète pour le mettre au monde, après D’étoiles,

de pluie et de cendres, sor­ti en 2014. Là-des­sus, il faut comp­ter deux an­nées de tour­née qui l’ont te­nu fort oc­cu­pé. Mais il ad­met avoir pris son temps.

« Je n’ai pas ten­dance à me dé­pê­cher en gé­né­ral. Je ne suis pas quel­qu’un qui tra­vaille su­per vite. Je suis un gars as­sez mi­nu­tieux et j’ai pris le temps de ré­flé­chir à mon af­faire. Je me ques­tionne beau­coup. Et je pré­fère faire moins et mieux. Ç’a tou­jours été ma phi­lo­so­phie. »

De cette mi­nu­tie est né un al­bum – pa­ru ven­dre­di 12 oc­tobre – que son équipe qua­li­fie de vi­brant, en rai­son de la puis­sance émo­tive des textes, por­tée par « la plume à la fois acerbe et tendre qui fait la si­gna­ture de Guillaume ». À la pre­mière écoute, on est por­té à lui don­ner rai­son.

« J’ai écrit pen­dant plus qu’un an, puis tout s’est fait live en six jours. On avait des mu­si­ciens in­croyables et c’était un choix de le faire de fa­çon spon­ta­née. On ne cher­chait pas la per­fec­tion, on cher­chait à al­ler dans la même di­rec­tion tous en­semble. Tous les pe­tits mor­ceaux se sont mis en place. Et j’en suis ex­trê­me­ment heu­reux », confie ce­lui qui a en­core fait ap­pel aux re­nom­més Gus Van Go et Wer­ner F à la réa­li­sa­tion.

PER­SON­NEL ET EN­GA­GÉ

In­vi­té à dé­crire la ge­nèse de sa nou­velle of­frande mu­si­cale, Guillaume Beau­re­gard parle d’abord d’écri­ture. Sans trop se sou­cier de la di­rec­tion des textes, le Gran­byen d’ori­gine s’est d’abord lais­sé por­ter par l’ins­tinct. « J’ai com­men­cé à écrire la mu­sique, les mé­lo­dies et des bouts de phrases à gauche et à droite. Puis, je me suis ren­du compte que toutes les tounes par­laient de quelque chose qui dis­pa­raît dans ma vie ou au­tour de moi. J’ai eu en­vie d’ex­ploi­ter ce fi­lon, pour­suit-il. Chaque titre en parle. »

À ce­la est ve­nue se gref­fer une jo­lie fan­tai­sie. « C’est ve­nu de fa­çon hy­per anec­do­tique : en fai­sant lire mes textes à un ami, j’ai réa­li­sé qu’il n’y avait au­cune rime en É. J’ai pour­sui­vi l’al­bum ain­si et il n’y en a pas. »

Oui, les pa­roles sont sou­vent em­preintes de tris­tesse et de ré­flexion sur le monde. On ne chan­ge­ra pas l’ar­tiste en­ga­gé. « Ça prend de la lu­mière pour iden­ti­fier la noir­ceur. Je vais dans ces zones parce que, oui, il y a une part de moi qui perd un peu es­poir. Mais dans la vie, on n’est pas com­plè­te­ment confiant ou com­plè­te­ment dé­pri­mé. Il y a plus de gris que ça. »

Et si c’est pour li­vrer un pan plus in­time de sa vie, soit. « Faire quelque chose de per­son­nel, ça ne veut pas dire que c’est moins en­ga­gé. Quand j’écoute de la mu­sique, j’ai be­soin de sen­tir que c’est in­car­né et sin­cère. C’est ce qui me mo­tive quand j’écris. C’est sûr que ça parle de moi ; c’est moi ! Et je n’ai pas honte de ça. »

Et d’avoir bais­sé le ton, ça a fait du bien ? « J’avais une sa­tu­ra­tion de punk-rock un mo­ment don­né. Faire de la mu­sique au­tre­ment, c’est com­plè­te­ment une autre ap­proche au ni­veau des mé­lo­dies et des tex­tures ; c’est dif­fé­rent d’ar­ran­ger une toune quand on n’est pas dans un rap­port su­per dy­na­mique. J’ai tout à ap­prendre là­de­dans, mais tran­quille­ment pas vite, j’ap­prends à écrire d’une autre fa­çon, à ar­ran­ger mes chan­sons au­tre­ment, à choi­sir mes mu­si­ciens en fonc­tion de leurs in­fluences. »

SANS PRES­SION

On pour­rait croire que de­vant le suc­cès de son disque ini­tial, le chan­teur res­sen­ti­rait un cer­tain poids face aux at­tentes de tout un cha­cun. Or, il n’en est rien.

« Je sens tel­le­ment moins de pres­sion. Ç’a été ver­ti­gi­neux de sor­tir un pre­mier al­bum so­lo... Mais qu’il ait été si bien re­çu, d’avoir fait au­tant de shows, ça m’a beau­coup va­li­dé. J’avais plus confiance en moi et moins de craintes de toutes sortes. Je me sens bien et en pos­ses­sion de mes moyens. »

Cette aven­ture en so­lo l’a en­traî­né bien loin de sa zone de confort et lui per­met d’ex­plo­rer à vo­lon­té. Contrai­re­ment à la dy­na­mique de groupe, être seul ouvre la porte à tous les pos­sibles. Guillaume l’avoue : il se ré­in­vente com­plè­te­ment. « J’ai ado­ré être en groupe et je ne re­fe­rais rien dif­fé­rem­ment, mais c’est tri­pant de prendre un autre che­min, de ren­con­trer d’autre monde. C’est un ter­rain de jeu et je m’amuse vrai­ment ! »

ET LES VUL­GAIRES MACHINS?

Quant au des­tin des Vul­gaires Machins, on ose s’en en­qué­rir pour une énième fois. Avec l’ab­sence pro­lon­gée du groupe et la car­rière so­lo de Guillaume qui semble bien en selle, on est en droit de se le de­man­der.

« Ce ne se­ra ja­mais fi­ni et il n’y au­ra ja­mais de tour­née d’adieu, parce que ça n’a au­cune rai­son d’être fait, as­sure-t-il en­core. On est des per­sonnes qui s’aiment beau­coup et qui vont fort pro­ba­ble­ment avoir en­vie de re­faire de la mu­sique en­semble. C’est juste qu’on vit des choses sé­pa­ré­ment. On ne se met au­cune pres­sion. Un jour ap­pa­raî­tront une idée, un pro­jet, une en­vie... Ja­mais on n’an­non­ce­ra la fin des Vul­gaires. »

Ce qui est cer­tain, c’est qu’on pour­ra voir Guillaume Beau­re­gard et Dis­pa­ri­tion en tour­née au Qué­bec dès le dé­but de 2019.

— PHO­TO LE PE­TIT RUSSE

«J’ai ado­ré être en groupe et je ne re­fe­rais rien dif­fé­rem­ment, mais c’est tri­pant de prendre un autre che­min, de ren­con­trer d’autre monde», avoue Guillaume Beau­re­gard.

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