Le mys­tère au­tour de To­ny Cle­ment

Le Droit - - ACTUALITÉS - PIERRE JU­RY pju­ry@le­droit.com

Qu’est-ce qui pousse un homme d’âge mûr à tom­ber dans le piège d’en­voyer des pho­tos dé­nu­dées de lui à de jeunes correspondantes en ligne ? L’étour­de­rie, sans doute.

Main­te­nant, qu’est-ce qui ar­rive quand cet homme est, comme To­ny Cle­ment, un dé­pu­té et membre de l’ul­tra-se­cret Co­mi­té des par­le­men­taires sur la sé­cu­ri­té na­tio­nale et le ren­sei­gne­ment ?

Cet or­ga­nisme doit sur­veiller la GRC, le Centre de la sé­cu­ri­té des té­lé­com­mu­ni­ca­tions et le Ser­vice ca­na­dien du ren­sei­gne­ment de sé­cu­ri­té. Les at­tentes sont très, très éle­vées : M. Cle­ment a dou­ble­ment er­ré en adop­tant un com­por­te­ment qui met la quié­tude des Ca­na­diens à risque.

Per­sonne ne sait si notre sé­cu­ri­té a été mise en doute, mais il s’agit sans doute de la pire obs­truc­tion vé­cue à ce co­mi­té de­puis sa créa­tion il y a un peu plus d’un an. Une obs­truc­tion qui peut po­ten­tiel­le­ment rui­ner nos re­la­tions avec nos al­liés des Five Eyes et d’autres en­core.

Nous ne le sa­vons pas, donc nous nous per­dons en conjec­tures.

L’his­toire sca­breuse au­tour du dé­pu­té de Par­ry Sound-Mus­ko­ka, en On­ta­rio, s’est dé­faite pro­gres­si­ve­ment toute la se­maine. Ce­la a dé­bu­té avec une « ten­ta­tive d’ex­tor­sion » pos­si­ble­ment par un pays étran­ger, via une cor­res­pon­dante in­con­nue, via les mé­dias so­ciaux. On a alors cru au dé­part qu’il n’était qu’une vic­time dans tout ce­la.

Puis ce­la a évo­lué. Ce n’était plus une ten­ta­tive d’ex­tor­sion, mais une af­faire im­pli­quant plus d’une per­sonne, im­pli­quant des pho­tos et des vi­déos de nus. Ce n’était plus une af­faire d’une per­sonne, mais d’un pat­tern chez cet élu qui au­rait noué plu­sieurs re­la­tions, ou ten­té de le faire, avec de jeunes femmes.

Rap­pe­lons que M. Cle­ment a 57 ans, qu’il est ma­rié et père de trois en­fants.

En plus de sa fa­mille et de ses proches, il a mis dans l’em­bar­ras le chef de son Par­ti con­ser­va­teur du Ca­na­da, An­drew Scheer. Ce der­nier n’a rien à se re­pro­cher dans tout ce­la : il n’est, comme son par­ti d’ailleurs, qu’une vic­time des em­ber­li­fi-co­tages de To­ny Cle­ment qui était, jus­qu’à lun­di, un po­li­ti­cien au-des­sus de tout soup­çon. Des ap­pels se font main­te­nant en­tendre pour qu’il dé­mis­sionne même comme dé­pu­té. Toutes ses ac­tions s’em­brouillent dans le mys­tère. Nous en dé­cou­vri­rons peu­têtre da­van­tage dans les jours et les se­maines qui vien­dront.

Il n’em­pêche que c’est là le com­por­te­ment trop sou­vent consta­té d’une per­sonne en po­si­tion d’au­to­ri­té, di­recte ou ac­cor­dée, qui pro­fite de si­tua­tions né­bu­leuses pour s’ar­ro­ger des fa­veurs, al­lant peut-être jus­qu’à celles de na­ture sexuelle. Com­bien de fois de­vrons­nous vivre ce­la ? Com­bien de re­la­tions dou­teuses à l’en­seigne des mots-clics #MoiAus­si et #MeToo en­du­re­rons-nous ?

Une chose est cer­taine, c’est que ce n’est ab­so­lu­ment pas la pre­mière fois, et ab­so­lu­ment pas la der­nière fois. À chaque oc­ca­sion, nous tom­bons des nues parce que c’est une nou­velle per­sonne qui est mise en cause. Dans cer­tains cas, ce sont des per­sonnes avec des vies en ap­pa­rence exem­plaires, comme Bill Clin­ton, Ti­ger Woods et Har­vey Wein­stein, ou Guy Clou­tier, Gil­bert Ro­zon et Éric Sal­vail plus près de nous.

De­vrons-nous ajou­ter le nom de To­ny Cle­ment à cette liste im­monde ?

Une chose est sûre : la bê­tise hu­maine ne ces­se­ra de nous sur­prendre. Qu’un homme en ap­pa­rence res­pec­table comme M. Cle­ment soit vic­time d’al­lé­ga­tions de ce genre, ce­la nous éton­ne­ra constam­ment. Pour­quoi, pour­quoi, pour­quoi ?

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