Les en­tre­prises avant les consom­ma­teurs

Le Droit - - AFFAIRES - ANNE DRO­LET adro­let@le­so­leil.com

Des chaus­sures qui sonnent l’alarme quand un tra­vailleur tombe, des vê­te­ments qui captent votre pouls et votre res­pi­ra­tion, un bi­ki­ni qui vous aver­tit quand vous avez pris as­sez de so­leil. L’in­dus­trie du vê­te­ment in­tel­li­gent se dé­ve­loppe mais, sou­vent pour une ques­tion de coûts, elle vend ses trou­vailles sur­tout à des en­tre­prises plu­tôt qu’aux consom­ma­teurs.

Qu’est-ce qu’un vê­te­ment in­tel­li­gent? C’est un tex­tile «ca­pable de dé­tec­ter, de ré­agir et de s’adap­ter à un grand nombre de sti­mu­li», ex­plique Pau­line Ka­ci, di­rec­trice gé­né­rale de Ves­tech­pro, un centre de re­cherche et d’in­no­va­tion en ha­bille­ment. Il peut être chauf­fant ou ra­fraî­chis­sant, in­té­grer des sys­tèmes de trans­mis­sion (Blue­tooth, wi-fi), cap­ter des signes vi­taux, entre autres.

«Il a une fonc­tion ac­tive, qui n’est pas per­ma­nente dans le temps», pré­cise aus­si Jus­tine De­caens, di­rec­trice in­no­va­tion tech­no­lo­gique pour le Groupe CTT. Il ne faut pas confondre avec des tex­tiles tech­niques, comme les an­ti­bac­té­riens par exemple, in­dique-t-elle. Le Groupe CTT est un centre de trans­fert de tech­no­lo­gie spé­cia­li­sé dans le tex­tile qui aide des en­tre­prises ca­na­diennes à dé­ve­lop­per leurs pro­duits.

À l’heure ac­tuelle, le plus grand dé­fi pour les en­tre­prises n’est pas de mettre au point leurs tech­no­lo­gies, mais de les com­mer­cia­li­ser, es­timent les deux femmes.

VO­LUME

«La tech­no­lo­gie existe, mais on a du mal à la fa­bri­quer en vo­lume», ex­plique Mme De­caens. Plu­sieurs étapes sont faites à la main.

«Nos en­tre­prises ma­nu­fac­tu­rières ne sont pas ha­bi­tuées à pro­duire ce genre de pro­duits-là», constate aus­si Mme Ka­ci.

Qui dit pe­tits vo­lumes dit sou­vent prix plus éle­vés pour chaque ar­ticle. Plus dif­fi­cile donc à vendre à un par­ti­cu­lier. Plu­sieurs so­cié­tés qui fa­briquent des vê­te­ments in­tel­li­gents choi­sissent plu­tôt de faire af­faires avec des en­tre­prises ou des ins­ti­tu­tions. «Quand on ar­ri­ve­ra à au­to­ma­ti­ser le pro­ces­sus, les prix vont des­cendre, on va pou­voir se rendre au consom­ma­teur», croit Mme De­caens.

Elle donne l’exemple de chan­dails qui per­mettent de me­su­rer les signes vi­taux. Il de­vient plus in­té­res­sant de vendre à des hô­pi­taux ou à des cher­cheurs qu’à des par­ti­cu­liers. «Là, avoir un chan­dail qui va coû­ter 300-400 $, ça de­vient ac­cep­table. Dans le cas d’une étude cli­nique, l’ap­pa­reillage qui est rem­pla­cé par le chan­dail coûte bien plus cher que 300 ou 400 $.»

Même chose pour une en­tre­prise qui achète un pro­duit en san­té et sé­cu­ri­té au tra­vail. Le prix n’est pas un obs­tacle s’il per­met d’évi­ter un ac­ci­dent ou de rem­pla­cer d’autres équi­pe­ments dis­pen­dieux. Mme Ka­ci re­marque que le cré­neau de la san­té et la sé­cu­ri­té au tra­vail a le vent dans les voiles. Ves­tech­pro y a d’ailleurs consa­cré son ren­dez-vous an­nuel Wear it smart.

DÉ­FIS DE L’IN­DUS­TRIE

Quels sont les autres dé­fis de l’in­dus­trie? «Un vê­te­ment connec­té, ce n’est plus juste la de­si­gner qui tra­vaille pour dé­ve­lop­per un pro­duit. C’est une équipe mul­ti­dis­ci­pli­naire», note Mme Ka­ci. Il faut faire tra­vailler ef­fi­ca­ce­ment tout ce beau monde en­semble. Par ailleurs, il fau­dra aus­si for­mer la main-d’oeuvre.

Les ques­tions de pro­tec­tion des don­nées ré­col­tées et de la vie pri­vée res­tent aus­si im­por­tantes. Mme Ka­ci ex­plique que cer­tains syn­di­cats ont sou­le­vé des in­ter­ro­ga­tions au su­jet des pro­duits connec­tés, crai­gnant que l’em­ployeur ne s’en serve pour sur­veiller ses em­ployés.

— PHO­TO BMW

Le ProG­love, avec son scan­ner in­té­gré, per­met aux uti­li­sa­teurs d’avoir les mains dé­ga­gées tout en tra­vaillant.

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