LE FEU ORCHESTRAL DE GENEVIEVE LE­CLERC

Le Droit - - ARTS - YVES BERGERAS yber­ge­ras@le­droit.com

Pour son nou­vel al­bum, Celle que

je suis, pa­ru le 9 no­vembre, la Ga­ti­noise Ge­ne­viève Le­clerc s’est ren­due à Prague. Elle ac­com­pa­gnait son or­ches­tra­teur, Blair Thom­son, par­ti di­ri­ger un or­chestre de 28 cordes dans cette ville ber­ceau de la mu­sique clas­sique.

Son se­cond opus – qui fait suite à Port­fo­lio – Ge­ne­viève l’a vou­lu nour­ri par un feu orchestral.

« Prague, c’est un mé­lange entre Pa­ris, Bar­ce­lone et Mos­cou. J’ai ai­mé l’ar­chi­tec­ture, les res­tau­rants. Et c’est su­per fes­tif ! » Mais elle n’était pas là-bas pour se pré­las­ser. « On a pas­sé une jour­née com­plète avec l’or­chestre. Ils n’avaient pas re­çu les par­ti­tions à l’avance, et leur pre­mière lec­ture à vue était [par­faite]. C’était im­pres­sion­nant. C’est tel­le­ment clean, c’est in­croyable ! »

« Blair était très content. Et moi aus­si, parce que j’ai vu dans leurs yeux, au dé­but, qu’ils pen­saient que cette pe­tite jour­née avec une chan­teuse pop du Qué­bec se­rait re­lax, qu’ils al­laient faire ça les doigts dans le nez. Mais... non ! Il y a eu une couple de mo­ments où tu voyais dans leurs yeux que c’était de­ve­nu un peu sé­rieux – pas for­cé­ment un énorme dé­fi pour des pro­fes­sion­nels comme eux, mais quand même. Je crois qu’ils ne s’at­ten­daient pas à ce que ce soit si... mu­sique de film, met­tons. »

Blair Thom­son n’est pas un néo­phyte : c’est l’ar­ti­san de la Sym­pho­nie

ra­paillée, de Ri­vard Sym­pho­nique et de la ré­cente Sym­pho­nie de Té­léQué­bec. « Ça fait des an­nées qu’on se connaît. C’était mon prof à l’école [l’ESTHEM, une école de théâtre mont­réa­laise au­jourd’hui fer­mée]. Il m’adore et je l’adore. »

C’est en écou­tant Émile ProulxC­lou­tier – « mon coup de coeur, cette an­née », pré­cise-t-elle – que la Ga­ti­noise s’est convain­cue de « pous­ser en­core plus loin les ar­ran­ge­ments très or­ches­traux » de ce disque.

« Cet al­bum-là a un fee­ling live ; on a vo­lon­tai­re­ment lais­sé plein des pe­tits sons “d’in­ter­pré­ta­tion”. [...] On di­rait qu’il y a du monde qui va ap­plau­dir à la fin », se ré­jouit Ge­ne­viève Le­clerc.

Ce disque bi­lingue qui aligne d’un cô­té des suc­cès de Tom Jones, Shir­ley Bas­sey ou WHAM !, de l’autre des clas­siques de John­ny, Da­li­da et Fer­ré, ou en­core de Ma­rio Pel­chat, Na­tha­lie Si­mard et Dan Bi­gras, « a été pen­sé en fonc­tion du spec­tacle. J’ai dé­jà le show dans ma tête », s’ex­clame-t-elle.

Ce spec­tacle s’ar­rê­te­ra à Ga­ti­neau le 29 mai 2019, à la Salle Odys­sée.

« L’In­tro de I (Who Have No­thing), avec ses per­cus­sions un peu ca­co­pho­niques, c’est un peu comme l’over­ture dans un théâtre mu­si­cal ; dans ma tête, je vois le ri­deau qui se lève et un fol­low spot (pro­jec­teur de pour­suite) qui s’énerve, même s’il n’y a per­sonne en des­sous. Puis là, j’ar­rive d’en ar­rière, et je marche tran­quille­ment pour me rendre jus­qu’à l’avant-scène. Une en­trée à la Bar­bra Strei­sand, très Broad­way. Mais... c’est mon monde ! » re­ven­dique celle qui, avant La Voix, s’est fait une ré­pu­ta­tion au fil de nom­breuses co­mé­dies mu­si­cales, des

Mi­sé­rables aux Belles Soeurs.

AMPLE ET NU

« C’est très théâ­tral. Ç’a vrai­ment été construit pour un show. On au­ra de l’art vi­suel mé­lan­gé à ça. Chaque

toune a une cou­leur par­ti­cu­lière. Je sais même ce que je vais mettre entre les chan­sons ! »

En tour­née, « on au­ra les 28 vio­lons de Prague en sé­quence », ajoute l’in­ter­prète. Com­prendre : ces cordes se­ront pré­en­re­gis­trées, car se pro­me­ner avec un aus­si grand nombre d’in­vi­tés re­pré­sen­te­rait un coût pro­hi­bi­tif. « Après 5 mi­nutes à se de­man­der où sont les ins­tru­ments qu’ils en­tendent, le pu­blic ac­cepte la con­ven­tion », se ras­sure l’ar­tiste. « Ça va être très in­té­res­sant de mé­lan­ger ça [l’am­pli­tude or­ches­trale de Celle que je suis] à Port­fo­lio, qui est beau­coup moins

bu­sy, plus dé­nu­dé. »

Elle ca­resse mal­gré tout l’es­poir de convaincre des or­chestres sym­pho­niques de don­ner quelques re­pré­sen­ta­tions spé­ciales de Celle que je

suis. « Les par­ti­tions sont dé­jà toutes écrites ; c’est pra­ti­que­ment li­vré clef en main. »

COM­PO­SI­TIONS ORI­GI­NALES

L’al­bum contient « des chan­sons un peu plus pop », convient-elle, en ci­tant l’une des quatre com­po­si­tions ori­gi­nales de l’al­bum, Au

coeur de ma voix, écrite par Amé­lie La­rocque. « C’est un peu ma toune de prin­cesse Dis­ney. Je pour­rais la faire au mi­lieu d’un champ de fleur » ri­gole-t-elle, avant d’en chan­ton­ner l’air à mi-voix à la fa­çon de Fro­zen.

Ge­ne­viève Le­clerc n’avait jus­qu’ici po­sé sa voix que sur des mé­lo­dies très connues. Cette fois, elle a de­man­dé à quelques amis de lui écrire des chan­sons.

Le pa­ro­lier Fré­dé­rick Ba­ron lui a of­fert L’ha­bi­tude de toi. « Ma femme, Geor­gi­na, a une peur bleue qu’on s’ha­bi­tue l’une à l’autre, que la rou­tine [gri­gnote notre couple]. Mais peux-tu bien me dire ce qu’il y a de wrong, à s’ha­bi­tuer à ce qu’on aime ? Ai­mer, ça fait pas en sorte que la chose perd de sa va­leur... Alors je lui ai dit : “Je vais t’écrire une toune !” Et puis... ouin... fi­na­le­ment... “Je vais al­ler cher­cher de l’aide pour t’écrire la toune.” » La chan­son ré­sume par­fai­te­ment bien nos 10 ans en­semble, avec des hauts et des bas », juge-t-elle.

La Ga­ti­noise se dit par ailleurs « ex­trê­me­ment flat­tée » que le pa­ro­lier Nel­son Min­ville l’ait ap­pro­chée pour lui pro­po­ser de lui écrire une chan­son. Il lui a lais­sé

S’il ne nous res­tait que la nuit. La der­nière com­po­si­tion ori­gi­nale, Je

ne t’écri­rai plus, est si­gnée Di­dier Go­le­ma­nas et Rick Al­li­son.

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