Ven­deuse de brosses mu­si­cales...

Le Droit - - MUSIQUE - YVES BERGERAS

«Je viens de re­ce­voir les boîtes de CD. En l’ou­vrant, j’ai eu une drôle de sen­sa­tion. Ce qui, avant, au­rait été le signe tan­gible d’un ac­com­plis­se­ment, n’en était pas vrai­ment un», par­tage Ge­ne­viève Le­clerc,.

«En dé­bal­lant la boîte, je me di­sais : “C’est une an­ti­qui­té, main­te­nant, ça. Qu’est-ce que je vais en faire? Les mettre en dis­play ?” Je n’ai même pas pu écou­ter le CD : je n’ai pas de lec­teur à la mai­son.»

«Ma femme [Geor­gi­na] me dit : “Va fouiller dans la boîte d’élec­tro­nique, au fond du garde-robe. Trouve le vieux Mac qu’on avait y’a dix ans. Je ne trou­vais même pas le fil pour le plo­guer ! Change de mo­dèle, change la plogue, tsé! Après 2 h de temps, j’ai ar­rê­té [de m’en­tê­ter]. C’est mort! [...] Au­jourd’hui, je peux le dire – cal­me­ment, se­rei­ne­ment – c’est vrai­ment une an­ti­qui­té, le CD. Et c’est cor­rect!»

Elle a re­pen­sé à ce «ven­deur de brosses entre Trois-Ri­vières et Ga­ti­neau» évo­qué dans la co­mé­die mu­si­cale Les Belles-Soeurs.

«Alors quoi? Faut-il que je fasse, comme lui, du porte-à-porte pour les vendre?» ri­gole-t-elle.

Face à la crise de l’in­dus­trie du disque, l’in­cer­ti­tude de­meure, mais Ge­ne­viève Le­clerc a éva­cué ses in­sé­cu­ri­tés. «J’ai une pas­sion pour le cô­té bu­si­ness de tout ça. Au lieu de pa­ni­quer, je suis dans la cu­rio­si­té, pour­suit-elle. Com­ment on va faire? C’est-tu Spo­ti­fy qui va pro­duire le conte­nu, main­te­nant ? Est-ce qu’on de­vrait de­man­der à Apple de nous pro­duire? Parce que c’est eux qui re­çoivent la grosse part du gâ­teau. La cu­rio­si­té, c’est

plus sain. Quand tu gères ta car­rière, il faut res­ter construc­tif», pour­suit-elle, après avoir dres­sé un pa­ral­lèle entre l’in­quié­tude des ar­tistes et celle des jour­na­listes, eux aus­si «pro­duc­teurs de conte­nus» confron­tés à une grave crise.

IDÉES INUSITÉES

«Ce que je trouve triste, c’est qu’on perd du temps. On conti­nue d’es­pé­rer, même si on sait que la fin du disque est in­évi­table. Moi, je suis du genre à me de­man­der ce que je peux faire pour conti­nuer à pro­duire de la mu­sique et que ça se rende jus­qu’aux gens, tout en m’as­su­rant que je sois jus­te­ment ré­mu­né­rée. Je ne veux pas un châ­teau à Ou­tre­mont. Mais je veux vivre dé­cem­ment, sans de­voir de­man­der à ma mère de m’ai­der à payer le loyer...»

La ges­tion­naire fait bien at­ten­tion à ne pas étouf­fer l’ar­tiste, mais Ge­ne­viève Le­clerc re­con­naît que la

bu­si­ness­wo­man prend beau­coup de place. «Je suis constam­ment là-de­dans : sur quoi j’ai le contrôle? sur quoi je l’ai pas? On a droit à des re­de­vances, mais com­ment al­ler les cher­cher? C’est ren­du com­pli­qué, avec Spo­ti­fy et tout ça. Il faut faire ses de­voirs. Quelle as­so­cia­tion doit quoi à qui? Des fois, tu ne sais pas. Tu dé­couvres. La ques­tion im­por­tante, c’est : “Est-ce que c’est ré­tro­ac­tif?” Et puis : “Est-ce que vos in­fos sont ar­chi­vées, ou ça s’au­to­dé­truit après un cer­tain temps?” Tout ça, c’est une job à temps plein...» souffle-t-elle.

En « mode so­lu­tion », elle cherche des idées inusitées. «La

merch, la vente de pro­duits dé­ri­vés, c’est très fort en show. Il y a une re­la­tion hu­maine : tu as te­nu leur po­chette, tu l’as si­gnée, tu as pris une pho­to avec eux.» Consta­tant que «les gens qui achètent en ligne n’im­priment pas les li­vrets», elle songe à pro­po­ser en spec­tacle «un li­vret dans un for­mat un peu plus grand, avec plein de pho­tos » qu’elle pour­rait vendre «moins cher que l’al­bum».

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.