QW4RTZ : qua­tuor de com­pé­ti­tion

Quand le chant a cap­pel­la fait son cirque

Le Droit - - MUSIQUE - YVES BERGERAS yber­ge­ras@le­droit.com

En ma­tière de chant a cap­pel­la, il y a l’ap­proche clas­sique, ten­dance

drab... et l’ap­proche QW4RTZ, net­te­ment plus lu­dique et fran­che­ment dé­bri­dée. Pu­ristes, s’abs­te­nir!

Le plus ré­cent spec­tacle du qua­tuor QW4RTZ, Le meilleur des quatre, com­prend « plein de cho­ré­gra­phies, même si on ne sait pas trop dan­ser » et va­cille entre chan­sons et sketches : « Main­te­nant on a des nu­mé­ros qui frôlent le cirque », in­dique Phi­lippe Cour­ches­neLe­boeuf, le ba­ry­ton de la gang.

« Il n’y a pas de fla­fla. On veut qu’après deux mi­nutes, le pu­blic ait ou­blié qu’il s’agit d’un spec­tacle de chant, et qu’il pense que c’est un spec­tacle de va­rié­tés », com­plète Louis-Alexandre Beau­che­min.

En en­tre­vue, c’est l’os­mose entre les quatre in­ter­prètes, qui parlent à l’unis­son où com­plètent mu­tuel­le­ment les phrases et jokes de leurs com­pères. Trois d’entre eux se fré­quen­taient dé­jà à l’époque où ils fai­saient leurs gammes au sein des Pe­tits Chan­teurs de Trois-Ri­vières.

Pour­tant, comme le titre du spec­tacle le laisse en­tendre, ils s’amusent sur scène à faire croire à la ri­va­li­té fra­ter­nelle qui pour­rait exis­ter entre les membres. « On veut mon­trer qu’on n’est pas juste un qua­tuor, pré­cise Fran­çois Po­thier Bou­chard, le té­nor. On es­saie de pré­sen­ter quatre per­son­na­li­tés dis­tinctes. »

Il n’y a pour­tant pas de pa­tron, bien que Fran­çois « Fa2 » Du­bé, la voix de basse du groupe, signe la plu­part des ar­ran­ge­ments vo­caux. Il pour­rait fa­ci­le­ment être qua­li­fié of­fi­ciel­le­ment di­rec­teur mu­si­cal. Mais non. « C’est le cer­veau ; nous, on est les bras », imagent-ils.

Le pu­blic gatinois au­ra l’oc­ca­sion d’en­cou­ra­ger leur saine com­pé­ti­tion mer­cre­di pro­chain, à la Mai­son de la culture.

Ce spec­tacle mis en scène par Serge Pos­ti­go est un show d’hu­mour au­tant qu’une pres­ta­tion vo­cale. « Les gens ont sou­vent de la dif­fi­cul­té à dé­crire ce qu’ils ont vu et vé­cu avec nous. Et ça nous aide, parce qu’ils se sentent obli­gés de re­ve­nir avec des amis », pour leur mon­ter ce qu’ils n’ont pas su ex­pli­quer, avance LouisA­lexandre Beau­che­min.

AN­CRÉ DANS LA MO­DER­NI­TÉ

Le qua­tuor d’ori­gine (Phi­lippe Cour­chesne Le­boeuf et « Fa2 » ont re­joint QW4RTZ en 2013, en rem­pla­ce­ment de Xa­vier Roy et Da­vid Gé­li­nas, trop oc­cu­pés par leurs pro­jets res­pec­tifs avec l’Opé­ra de Mont­réal ou l’or­chestre sym­pho­nique de Trois-Ri­vières) s’est ins­pi­ré de la bande sué­doise de The Real Group, re­trace « Fa2 ».

« Ils font of­fice de ré­fé­rence en la ma­tière. Quand j’avais 16 ans, je tri­pais sur ce qu’ils fai­saient et je me di­sais : “C’est donc plate qu’il n’y ait pas de mar­ché pour ça au Qué­bec.” » À pré­sent, QW4RTZ est de­ve­nu la ré­fé­rence, au Qué­bec. Pas si dif­fi­cile, si l’on consi­dère qu’« il n’y avait pas de vé­ri­table tra­di­tion, et peu de groupes a cap­pel­la au Qué­bec », fait va­loir Fran­çois.

Aux dé­buts du groupe, se sou­vient Fran­çois, « on por­tait une cra­vate [pour se] don­ner une cré­di­bi­li­té » que ne pou­vait confé­rer à lui seul l’âge des mu­si­ciens, alors dans la jeune ving­taine. « On était cute », raille-t-il. « Au ni­veau tech­nique, on a dé­ve­lop­pé une ex­per­tise qui n’exis­tait pas au Qué­bec. Ce qu’on fait n’est pas du tout fi­gé dans le temps », es­time « Fa2 », en re­con­nais­sant que « ré­cem­ment, le film Pitch Per­fect et le suc­cès du jeune en­semble vo­cal Pen­ta­to­nix, aux États-Unis, ont chan­gé la donne » et ins­crit le chant a cap­pel­la dans la mo­der­ni­té qui lui fai­sait dé­faut.

QW4RTZ fait dans la re­prise, certes, mais il est trans­gres­sif. « On part d’un ter­rain connu pour mieux se pro­me­ner ailleurs. C’est notre dé­fi et notre plai­sir », ex­pose Fran­çois, en évo­quant leur re­prise de La Valse à mille temps de Brel, de­ve­nu un de leurs nu­mé­ros si­gna­tures, entre autres grâce à la ges­tuelle clow­nesque qu’ils lui ont ap­por­tée.

« Et ce­lui qui ne connaît rien à mu­sique s’amuse beau­coup aus­si. »

Pré­ci­sé­ment parce qu’ils aiment se lan­cer des dé­fis, ils s’amusent à re­prendre sur scène « la chan­son ré­pu­tée im­pos­sible à faire a ca­pel­la » : Bo­he­mian Rhap­so­dy, de Queen. « Pen­dant les pre­mières me­sures, on en­tend dans la foule les gens qui mur­murent : “Ils ont osé ! ? Oh les cons ! Ils sont ma­lades !” Et c’est le plus beau com­pli­ment... » s’en­or­gueillit « Fa2 ».

Ils jouent avec le vo­ca­bu­laire ci­né­ma­to­gra­phique en im­pro­vi­sant un pla­teau de dou­blage, pen­dant que sont pro­je­tées des images de films. « Pour ce nu­mé­ro, on a re­pous­sé l’im­pos­sible. Ç’a été des mois et des mois de pra­tique » pour ar­ri­ver à ce que la syn­chro­nie soit par­faite, as­sure Phi­lippe.

Par­fois, des cho­rales ou de jeunes fans s’in­vitent sur scène, où ils sont ac­cueillis à bras ou­verts (pas de fa­çon im­promp­tue, mais pla­ni­fiée). À Ga­ti­neau, il est pro­bable qu’on voie ain­si dé­bar­quer des jeunes ta­lents vo­caux de l’école pri­maire Mas­sé, qui vien­dront chan­ter en leur com­pa­gnie, laissent-ils en­tendre.

SOM­MET DU G7

Le dy­na­mique qua­tuor a tel­le­ment la cote qu’il a été in­vi­té à in­ter­pré­ter trois chan­sons de­vant les chefs d’État et de gou­ver­ne­ment réunis à La Mal­baie, lors du som­met du G7 qui s’est te­nu cette an­née dans Char­le­voix.

La re­pré­sen­ta­tion était plus sage, sou­rient-ils. Ils ont re­pris L’Hymne à l’amour de Piaf, et, « évi­dem­ment », deux mor­ceaux ca­na­diens, pour faire plai­sir à Jus­tin : Sum­mer of 69 de Bryan Adams I Wear Sun­glasses At Night, de Co­rey Hart.

QW4RTZ s’ap­prête à an­non­cer une par­ti­ci­pa­tion à « très gros pla­teau de té­lé » en France.

Sur leurs temps libres, les quatre zi­go­tos ali­mentent la web­sé­rie Le Re­tour du Com­man­do de l’a cap­pel­la. Dans le deuxième we­bi­sode, mis en ligne jeu­di der­nier, le com­man­do est al­lé sur­prendre une Ga­ti­noise, Na­dine Pe­ter­son, iden­ti­fiée par la gang comme « une de nos plus grandes fans ».

Un se­cond al­bum al­bum, qui fe­ra suite à A cap­pel­la 101, pa­ru en 2016, est en pré­pa­ra­tion.

— COUR­TOI­SIE

Phi­lippe Le­boeuf-Cour­chesne (as­sis) et ses com­pères a cap­pel­la de QW4RTZ : (de gauche à droite) Louis-Alexandre Beau­che­min, Fran­çois «Fa2» Du­bé et Fran­çois Po­thier Bou­chard.

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