Pâle co­pie hol­ly­woo­dienne

Le Droit - - CINÉMA - ÉRIC MOREAULT emo­reault@le­so­leil.com

QUÉ­BEC — En 2009, Niels Ar­den Oplev a amor­cé l’ex­cel­lente adap­ta­tion sué­doise de la tri­lo­gie des

Millé­nium de Stieg Lars­son. Évi­dem­ment, Hol­ly­wood a vou­lu sa propre ver­sion, qu’on a d’abord confiée à Da­vid Fin­cher — c’était plu­tôt réus­si, mais trop proche de l’es­sence du pre­mier tome. Le tout s’est ar­rê­té là. Jus­qu’à ce qu’on re­dé­marre la fran­chise à zé­ro avec Ce qui ne me tue pas, une pâle co­pie hol­ly­woo­dienne qui mise sur le sen­sa­tion­na­lisme plu­tôt que la sub­stance.

Ce qui ne me tue pas (The Girl’s in the Spi­der Web) est l’adap­ta­tion du ro­man épo­nyme de Da­vid La­ger­crantz, pa­ru en 2015. Ce po­pu­laire qua­trième tome, 11 ans après le dé­cès de Lars­son, res­pec­tait l’es­prit de la tri­lo­gie ini­tiale qui met­tait en ve­dette Lis­beth Sa­lan­der, la ha­ckeuse de gé­nie, et le jour­na­liste d’en­quête Mi­chael Blomk­vist.

Mais ce film a tel­le­ment sa­cri­fié de larges pans dans son adap­ta­tion qu’il ne reste presque plus rien des thèmes du ré­cit et des per­son­nages — Blomk­vist (Sver­rir Gud­na­son) est ré­duit à faire de la fi­gu­ra­tion… Sans par­ler du pu­ri­ta­nisme du film.

Tout l’ac­cent est mis sur Sa­lan­der (Claire Foy, très cha­ris­ma­tique), ce qui se dé­fend, mais pas au point d’en faire une es­pèce de James Bond fé­mi­nine, plus ha­bile à tuer les mé­chants et à faire d’in­croyables cas­cades qu’à se ser­vir de son arme la plus re­dou­table : son in­tel­li­gence.

Et Dieu sait qu’elle en fait lar­ge­ment usage dans le ro­man, qui im­plique des mal­ver­sa­tions du plus haut ni­veau de l’Agence na­tio­nale de sé­cu­ri­té amé­ri­caine (NSA). Rien de tout ça ici.

On a tout de même conser­vé la base : un cher­cheur en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle a mis au point au pro­gramme qui per­met de contrô­ler les sys­tèmes d’ar­me­ments ato­miques de n’im­porte quel pays. Il de­mande à Lis­beth de le vo­ler pour évi­ter qu’il tombe entre de mau­vaises mains. Jus­te­ment celles d’un groupe de ban­dits di­ri­gé par Ca­mil­la Sa­lan­der (La­keith Stan­field), la soeur en­ne­mie de l’autre.

On joue à fond la carte du double in­ver­sé : Lis­beth, en noir de la tête au pied dans son rôle de ven­ge­resse so­li­taire, et Ca­mil­la, la blonde pla­tine de rouge vê­tue dont les ac­tions sont mo­ti­vées par l’en­vie.

On peut bien prendre des li­ber­tés en adap­tant, mais Lars­son doit se re­tour­ner dans sa tombe. D’au­tant que le der­nier tiers de Ce qui ne me tue pas, qui ac­cu­mule les in­co­hé­rences scé­na­ris­tiques, de­vient du grand n’im­porte quoi.

GAS­PILLAGE DE TA­LENT

Cette sim­pli­fi­ca­tion à ou­trance est di­ver­tis­sante, si j’en crois ma fille, pour ce­lui ou celle qui n’a pas lu le ro­man. D’ailleurs, c’est mieux ain­si. Les ama­teurs vont être ex­trê­me­ment dé­çus. Avec rai­son. Qu’on prenne une icône fé­mi­nine aus­si forte, qui s’en prend aux hommes qui font du tort aux femmes, pour en faire un per­son­nage aus­si uni­di­men­sion­nel dé­passe l’en­ten­de­ment.

Fede Al­va­rez au­rait dû conti­nuer à tour­ner des films d’hor­reur comme son re­make d’Evil Dead (2013). Quoique, d’une cer­taine fa­çon, ce­lui-ci en est un. Mais sa maî­trise du genre et du rythme vont cer­tai­ne­ment lui as­su­rer d’autres offres du même aca­bit. Quel gas­pillage de ta­lent...

— PHO­TO CO­LUM­BIA

Claire Foy est très cha­ris­ma­tique en Lis­beth Sa­lan­der, mais le scé­na­rio en fait une James Bond fé­mi­nine, plus ha­bile à tuer les mé­chants et à faire des cas­cades qu’à se ser­vir de son arme la plus re­dou­table : son in­tel­li­gence.

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