PAS­CALE PI­CARD EN TOUTE SÉ­RÉ­NI­TÉ

Le Droit - - MUSIQUE - GE­NE­VIÈVE BOU­CHARD gbou­chard@le­so­leil.com

QUÉ­BEC — Quatre ans après All

Things Pass, c’est une Pas­cale Pi­card quelque peu trans­for­mée qui re­prend l’avant-scène avec The

Beau­ty We’ve Found, un qua­trième al­bum pa­ru le 11 oc­tobre – que la chan­teuse vient pré­sen­ter au Bistro Gains­bourg le 10 no­vembre.

Celle qu’on d’abord connue plus ro­ckeuse s’est ins­tal­lée au pia­no pour créer des pièces plus in­ti­mistes — et « plus sombres », se­lon sa propre des­crip­tion — pa­rées de cordes par son com­plice réa­li­sa­teur An­toine Gratton. En­tre­tien avec une au­teure-com­po­si­trice-in­ter­prète qui sort d’un congé de ma­ter­ni­té avec une sé­ré­ni­té ré­af­fir­mée.

Q

À l’écoute du nou­vel al­bum, on se de­mande ce qui a chan­gé pour tein­ter ain­si tes chan­sons...

R

J’ai l’im­pres­sion que c’est un al­bum d’adulte, un peu. En fait, il y a beau­coup de choses qui ont chan­gé. Le fait de ne plus être dans la struc­ture d’un band, ça change la donne pour les ar­ran­ge­ments. Dans un band, tout le monde joue de son ins­tru­ment. C’est sûr qu’il va y avoir du drum et de la basse. Il y a quelques chan­sons que j’ai com­po­sées à la gui­tare, mais j’ai beau­coup tra­vaillé au pia­no.

Q

Dans quel contexte as-tu écrit cet al­bum? R

J’ai com­men­cé à écrire les chan­sons pen­dant ma der­nière tour­née so­lo. Je n’étais pas en­core en­ceinte. Mais ce n’était pas vrai­ment fluide. J’écri­vais un al­bum parce que je sen­tais qu’il fal­lait que je le fasse. […] Quand j’ai eu ma fille, j’ai re­com­men­cé à écrire et j’avais l’im­pres­sion que ça cou­lait plus fa­ci­le­ment. C’est une ques­tion d’ef­fi­ca­ci­té, aus­si. Quand on a un bé­bé, on n’a pas beau­coup de temps. Quand je m’ins­tal­lais pour écrire, je n’avais pas le temps d’at­tendre l’ins­pi­ra­tion di­vine. Il fal­lait tout de suite que ça sorte. [...] Je n’ai ja­mais écrit aus­si vite, je ne me suis pas po­sé de ques­tion.

Q

Est-ce que cette sim­pli­ci­té a conti­nué pen­dant le reste du pro­ces­sus de créa­tion? R

Ç’a cou­lé comme ça tout le long. Il n’y a pas eu de mo­ment où ça ac­cro­chait. J’ai eu toutes sortes d’his­toires avec des mai­sons de disques où c’était com­pli­qué, c’était plate, il y avait de la chi­cane, de la pres­sion. Là, je n’ai rien sen­ti de ça. Je ne me fous pas de la ma­nière avec la­quelle le disque va être ac­cueilli. J’aime ça avoir de la re­con­nais­sance. Mais ça ne m’em­pêche pas de dor­mir…

Q C’est peut-être le mé­tier qui entre ? R

Peut-être, après quatre al­bums... Parce que mau­dit que c’est stres­sant de sor­tir un disque ! Tu veux bien dire que tu ne prends pas ça per­son­nel… Mais ça reste que j’écris les chan­sons, c’est ma vie et mes émo­tions que je mets sur la table. C’est sûr que quand ce n’est pas bien re­çu, c’est dif­fi­cile de dire que c’est la faute du voi­sin. Mais là, je suis sur­tout excitée. C’est un chan­ge­ment. J’ima­gine qu’il y a des gens qui vont dé­bar­quer. Il y en a peut-être d’autres qui vont ac­cro­cher. Mais moi, en bout de ligne, je sens que mon ground ne bou­ge­ra pas. Je suis contente de cet al­bum­là, je me re­con­nais là-de­dans. Peu im­porte la ré­ac­tion, je ne pense pas que ça va m’ébran­ler. [...] C’est un al­bum per­son­nel, mais j’ai l’im­pres­sion que je suis plus dé­ta­chée.

Q

Peux-tu don­ner un exemple? R

In Town, ça fait 10 ans que j’ai écrit cette chan­son-là. On tour­nait beau­coup et c’était mon cou­sin qui était di­rec­teur de tour­née. Ça bras­sait avec sa blonde de l’époque. On a pas­sé six mois eu Eu­rope, c’était dif­fi­cile d’avoir des re­la­tions. C’est une chan­son que j’ai écrite comme si j’étais un gars qui parle à sa blonde. [...] J’ai es­sayé de l’ar­ran­ger à cha­cun des al­bums. Je l’ai­mais, cette chan­son, j’étais at­ta­chée à elle. Je n’étais juste pas ca­pable de l’ar­ran­ger comme il faut. On l’a es­sayée avec An­toine [Gratton] en di­sant : peut-être que ça ne mar­che­ra pas en­core. Fi­na­le­ment, c’est ar­ri­vé, on l’a et je la trouve su­per bonne !

Q

En 2015, tu as sui­vi à Ta­dous­sac des ate­liers pour dé­ve­lop­per ton écri­ture en fran­çais. Est-ce que la chan­son La tem­pête vient de là?

R

J’ima­gine que pour cer­tains, les ate­liers de Xa­vier La­cou­ture donnent des chan­sons. Pour moi, ç’a vrai­ment été plus du dé­blo­cage et une ma­nière d’al­ler cher­cher des ou­tils qui m’ont ser­vi au­tant en an­glais qu’en fran­çais. Ça fait 20 ans que j’écris des chan­sons en an­glais. Veut, veut pas, j’ai une fa­ci­li­té avec ça. En fran­çais, je suis une pe­tite fille de ma­ter­nelle. En an­glais, je suis au se­con­daire et je m’en vais au cé­gep ! […] La tem­pête, c’est une chan­son su­per triste qui parle du dé­cès de ma bel­le­mère. Ç’a été un can­cer ful­gu­rant. J’avais dé­ci­dé que cette chan­son, je la fe­rais en fran­çais. [...] Ç’a été dif­fi­cile pour moi de l’écrire. Ce n’est pas un hom­mage, parce que ça ne parle pas vrai­ment d’elle. Ça parle de la rage, de cette étape dans le deuil où on n’ac­cepte pas.

Q

À quoi va res­sem­bler ton nou­veau spec­tacle? R

On part en trio. Je suis avec deux mu­si­ciennes, une pia­niste et une vio­lon­cel­liste. On s’amuse avec des loops… Un peu à l’image de l’al­bum, ça va être un mé­lange d’or­ga­nique et de syn­thé­tique. C’était une évi­dence pour moi de par­tir dans cette for­mule-là dès que j’ai com­men­cé à en­re­gis­trer. Être avec des filles, c’était quelque chose qui me ten­tait. Di­sons que j’ai été pas mal en­tou­rée de gars !

— PA­TRICE LA­ROCHE, LE SO­LEIL

Pas­cale Pi­card croit avoir fait un «al­bum d’adulte» avec The Beau­ty We’ve Found.

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