« C’est l’ins­tal­la­tion de la Ford Na­tion »

Le Droit - - ACTUALITÉS - DA­NIEL LE­BLANC dle­[email protected]­droit.com

«La Ford Na­tion vient de s’ins­tal­ler à Queen’s Park», «dé­cep­tion com­plète» ou en­core «On n’en a pas fi­ni avec ce gou­ver­ne­ment-là». Les ré­ac­tions fu­saient de par­tout ven­dre­di au sein de la communauté fran­co-on­ta­rienne, au len­de­main de l’adop­tion du pro­jet de loi 57 à Queen’s Park.

Cette pièce lé­gis­la­tive, qui a fait cou­ler énor­mé­ment d’encre de­puis trois se­maines, en­traîne entre autres l’aban­don du fi­nan­ce­ment du pro­jet d’Uni­ver­si­té de l’On­ta­rio fran­çais (UOF) à To­ron­to et la dis­so­lu­tion du Com­mis­sa­riat aux ser­vices en fran­çais. Le com­mis­saire conser­ve­rait son poste, mais re­lè­ve­rait do­ré­na­vant du Bu­reau de l’om­buds­man de l’On­ta­rio.

L’ex-mi­nistre et père de la Loi sur les ser­vices en fran­çais, Ber­nard Grand­maître, n’hé­site pas à qua­li­fier la si­tua­tion de très mal­heu­reuse. Et ce ne pour­rait qu’être la pointe de l’ice­berg, craint-il.

«On n’en a pas fi­ni avec ce gou­ver­ne­ment-là. Doug Ford est la bou­gie d’al­lu­mage du con­seil des mi­nistres, ce n’est pas Caroline Mul­ro­ney. Je pour­rais em­ployer d’autres mots, mais ça ne se dit pas dans le journal. Le com­mis­saire fai­sait un tra­vail ex­tra­or­di­naire et notre uni­ver­si­té est un be­soin pour les fran­co­phones. On ne fait que trou­ver des ex­cuses en par­lant du dé­fi­cit pour jus­ti­fier la dé­ci­sion», lance l’homme de 85 ans.

À son avis, per­sonne ne veut se rendre jus­qu’à un re­cours aux tri­bu­naux comme ce fut le cas avec la cause de l’Hô­pi­tal Mont­fort, mais «c’est la so­lu­tion qu’il fau­dra en­vi­sa­ger si ça conti­nue».

«C’est tou­jours à re­faire. On fait un pas vers l’avant et tout d’un coup on en fait deux vers l’ar­rière. On est en train de dé­mo­lir une par­tie de la Loi 8 et ça me fait mal au coeur», dé­plore-t-il.

La dé­pu­tée li­bé­rale d’Ottawa -Va­nier, Na­tha­lie Des Ro­siers, est de son cô­té amè­re­ment dé­çue de la tour­nure des évé­ne­ments.

«L’adop­tion du pro­jet de loi 57, c’est l’ins­tal­la­tion de la Ford Na­tion à Queen’s Park, l’éli­mi­na­tion des voix cri­tiques, l’aban­don des pro­jets pour la francophonie et la di­mi­nu­tion du poids de l’op­po­si­tion et des voix qui peuvent s’op­po­ser à des cou­pures qui s’en viennent», a-t-elle in­di­qué au Droit.

«IL NE FAUT PAS L­CHER»

Même son de cloche pour le conseiller mu­ni­ci­pal Mathieu Fleu­ry, qui avait avec quatre autres col­lègues de la table du con­seil dont le maire Wat­son ré­di­gé une lettre en no­vembre à la mi­nistre des Af­faires fran­co­phones pour lui de­man­der de re­con­si­dé­rer ces dé­ci­sions.

«C’est une dé­cep­tion com­plète. La sa­ga de Mont­fort avec les pro­gres­sistes-conser­va­teurs se pour­suit, 20 ans plus tard. Ce gou­ver­ne­ment a en­core une fois don­né une bonne ex­cuse pour la communauté fran­co-on­ta­rienne de ne pas l’ap­puyer. […] Les ras­sem­ble­ments par­tout en pro­vince, ç’a créé un beau mo­men­tum, il ne faut pas lâ­cher. On a une ré­sis­tance forte», de dire l’élu.

Pour sa part, le maire Jim Wat­son ré­itère que même s’il est dé­çu concer­nant la dé­ci­sion liée au Com­mis­sa­riat aux ser­vices en fran­çais, il a «confiance dans la ca­pa­ci­té de l’om­buds­man on­ta­rien de dé­fendre les in­té­rêts des fran­co­phones au sein de l’ap­pa­reil et des agences pro­vin­ciales».

La pré­si­dente du con­seil de gou­ver­nance de l’UOF, Dyane Adam, ne jette pas l’éponge mais parle d’une autre triste jour­née pour la pro­vince.

«Pour l’uni­ver­si­té, on tra­vaille tou­jours à trou­ver une so­lu­tion ga­gnante pour du fi­nan­ce­ment. En ce qui a trait au Com­mis­sa­riat, on sait tous com­bien d’an­nées ça a pris pour avoir cette ins­ti­tu­tion­là et qu’elle ob­tienne son au­to­no­mie. Je suis bien pla­cée pour com­prendre l’im­pact et l’im­por­tance d’un tel rôle, qui va bien au-de­là du trai­te­ment de plaintes. C’est un ou­til de dé­ve­lop­pe­ment et de pro­tec­tion des com­mu­nau­tés», af­firme-t-elle.

ILS ONT DIT... Nous sommes dé­çus, mais on existe en­core. Notre prio­ri­té est de cher­cher d’autres ave­nues pour du fi­nan­ce­ment. On es­père que des so­lu­tions ad­mi­nis­tra­tives puissent en­core être trou­vées de la part des gou­ver­ne­ments. On doit en­vi­sa­ger toutes les pos­si­bi­li­tés, mais on a un sé­rieux en­jeu, c’est d’as­su­rer le sui­vi des opé­ra­tions après le 15 jan­vier, date à la­quelle notre fi­nan­ce­ment tombe à l’eau.

— Nor­mand La­brie, rec­teur par in­té­rim de l’Uni­ver­si­té de l’On­ta­rio fran­çais C’est mal­heu­reux qu’il y ait trois mois à peine, le gou­ver­ne­ment Ford confir­mait son ap­pui au pro­jet de l’Uni­ver­si­té de l’On­ta­rio fran­çais. En tant que jeune élève fran­co­phone qui pos­tule ac­tuel­le­ment à l’uni­ver­si­té, j’avais, hier, l’es­poir de pou­voir y trans­fé­rer en 2020, mais c’est of­fi­ciel­le­ment un rêve dé­truit.»

— Ly­dia Phi­lippe, pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion de la jeu­nesse fran­co-on­ta­rienne (FESFO) On est dé­çus et pour uti­li­ser le vrai terme, on est fâ­chés. Ça dé­montre en­core une fois que le gou­ver­ne­ment en place n’écoute pas toute sa po­pu­la­tion. Nous étions tous de­hors à ma­ni­fes­ter et mal­gré tout, il va de l’avant. D’un autre cô­té, ça ne nous sur­prend pas. On a per­du une ba­taille, mais ça ne s’arrêtera pas là, on va conti­nuer.»

— Sou­kaï­na Bou­tiyeb, pré­si­dente de l’As­so­cia­tion des com­mu­nau­tés fran­co­phones d’Ottawa (ACFO)

— LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Le pre­mier mi­nistre de l’On­ta­rio, Doug Ford, n’a pas eu de peine à faire adop­ter son pro­jet de loi 57 concer­nant des com­pres­sions dans les ser­vices en fran­çais dans la pro­vince, ce qui a sus­ci­té de vives ré­ac­tions de la part des lea­ders fran­co-on­ta­riens.

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