Le­gault re­fuse l’«éner­gie sale»

Le Droit - - ACTUALITÉS - JU­LIEN AR­SE­NAULT

MON­TRÉAL — Alors qu’il sou­haite ac­croître les ex­por­ta­tions d’hy­dro­élec­tri­ci­té qué­bé­coise vers d’autres pro­vinces, le pre­mier mi­nistre Fran­çois Le­gault es­time qu’il n’a pas à of­frir de mon­naie d’échange à cer­tains de ses ho­mo­logues en ac­cep­tant l’«éner­gie sale» d’un nou­vel oléo­duc.

Au terme de la ren­contre des pre­miers mi­nistres, ven­dre­di, à Mon­tréal, où l’éner­gie a oc­cu­pé une place pré­pon­dé­rante dans les dis­cus­sions, M. Le­gault a conve­nu que le Qué­bec se trou­vait dans une si­tua­tion si­mi­laire à celle de l’Al­ber­ta, soit avec des sur­plus et des pro­jets en at­tente.

Mais contrai­re­ment à la pro­vince de l’Ouest ca­na­dien, M. Le­gault es­time qu’il a une éner­gie «propre» à of­frir à ses ho­mo­logues.

Le pre­mier mi­nistre qué­bé­cois a ain­si op­po­sé une fin de non­re­ce­voir aux pres­sions de l’Al­ber­ta, de la Sas­kat­che­wan, du Ma­ni­to­ba ain­si que du Nou­veau-Bruns­wick, qui sou­haitent voir un nou­veau pi­pe­line tra­ver­ser le ter­ri­toire qué­bé­cois.

«Je ne me sens pas du tout gê­né de re­fu­ser de l’éner­gie sale alors que nous, on offre de l’éner­gie propre à un prix très concur­ren­tiel», a ré­pon­du M. Le­gault, lors­qu’on lui a de­man­dé s’il al­lait de­voir se mon­trer plus flexible afin d’être ca­pable de vendre ses pro­jets d’ex­por­ta­tions.

Mais est-ce que le Qué­bec a une res­pon­sa­bi­li­té d’ac­cep­ter un nou­vel oléo­duc sur son ter­ri­toire puisque la pro­vince touche d’im­por­tants paie­ments de pé­réqua­tion, sys­tème au­quel contri­bue beau­coup l’Al­ber­ta?

Ap­pe­lé à se pro­non­cer, M. Le­gault a of­fert une autre piste de so­lu­tion en don­nant l’exemple de l’On­ta­rio, qui doit ré­no­ver plu­sieurs cen­trales nu­cléaires, ce qui de­vrait s’ac­com­pa­gner d’une fac­ture de 20 mil­liards $.

«Si [la pro­vince] ac­cep­tait plu­tôt de prendre une par­tie de l’hy­dro­élec­tri­ci­té du Qué­bec, ce­la se­rait moins coû­teux [...] en plus de créer de la ri­chesse au Qué­bec et ce­la ré­dui­rait les mon­tants de pé­réqua­tion», a-t-il dit.

Le ren­dez-vous, qui se dé­rou­lait dans un hô­tel du centre-ville de la mé­tro­pole, a été le théâtre d’ap­proches de la part du pre­mier mi­nistre néo-bruns­wi­ckois Blaine Higgs au­près de M. Le­gault à propos de la re­lance d’Éner­gie Est, en­ter­ré par la so­cié­té TransCa­na­da, l’an der­nier.

Néan­moins, M. Le­gault a une fois de plus ré­ité­ré son op­po­si­tion à un nou­vel oléo­duc qui ache­mi­ne­rait du brut dans la pro­vince en rai­son de l’ab­sence d’ac­cep­ta­bi­li­té au Qué­bec.

«Je ne crois pas que ce­la se­ra fa­cile, a dit M. Higgs, lors­qu’in­ter­ro­gé sur la pos­si­bi­li­té de voir son ho­mo­logue qué­bé­cois chan­ger son fu­sil d’épaule. Rien n’in­dique que ce­la va fonc­tion­ner.»

Il a tou­te­fois dit trou­ver pa­ra­doxal que M. Le­gault re­fuse les de­mandes d’autres pro­vinces alors qu’il de­mande à ces der­nières d’ache­ter son hy­dro­élec­tri­ci­té, ajou­tant que ce­la de­vait al­ler dans les «deux sens».

Lors de la confé­rence de presse au terme de l’évé­ne­ment, le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau n’a pas vou­lu dire s’il était sou­hai­table pour le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral de re­lan­cer un pro­jet d’oléo­duc vers l’Est, se li­mi­tant à dire qu’il n’y avait «au­cun consen­sus» sur cet en­jeu et «au­cun pro­jet sur la table pour l’ins­tant».

Ce­lui-ci a ac­cueilli fa­vo­ra­ble­ment l’idée d’une al­liance éner­gé­tique mise de l’avant par M.

Le­gault, au mo­ment où le Qué­bec, Terre-Neuve-et-La­bra­dor et le Ma­ni­to­ba veulent vendre de l’hy­dro­élec­tri­ci­té à leurs voi­sines.

COM­PEN­SA­TION

Dans le cadre du ren­dez-vous, M. Tru­deau a éga­le­ment conve­nu de pour­suivre les dis­cus­sions avec Qué­bec en ce qui a trait à la fac­ture pour la prise en charge des de­man­deurs d’asile ayant ir­ré­gu­liè­re­ment tra­ver­sé la fron­tière de­puis l’an der­nier.

Le gou­ver­ne­ment Le­gault ré­clame en­vi­ron 300 mil­lions $.

«C’est un bon dé­but, a dit M. Le­gault. Au dé­but, le fé­dé­ral par­lait d’une com­pen­sa­tion de 76 mil­lions $ pour l’an der­nier en payant uni­que­ment [les frais] de lo­ge­ment. [M. Tru­deau] s’est avan­cé un peu plus en di­sant vou­loir re­gar­der d’autres dé­penses. Nous al­lons avoir d’autres dis­cus­sions.»

Le gou­ver­ne­ment li­bé­ral de Phi­lippe Couillard avait exi­gé, en mars, le rem­bour­se­ment de 146 mil­lions $ pour la prise en charge des 25 000 de­man­deurs d’asile en­trés au pays

de fa­çon ir­ré­gu­lière en 2017, près du poste fron­ta­lier de Saint-Ber­nard-de-La­colle.

Qué­bec de­mande dé­sor­mais en­vi­ron deux fois plus étant don­né que la pro­vince doit of­frir «beau­coup de ser­vices», comme l’édu­ca­tion ain­si que des soins de san­té, a es­ti­mé le pre­mier mi­nistre qué­bé­cois.

«Je ne veux pas né­go­cier en public, mais je peux vous dire que nous avons eu de bonnes dis­cus­sions et que nos [re­pré­sen­tants] sont en train d’échan­ger», a af­fir­mé M. Tru­deau.

En plus de dis­cu­ter éner­gie lors de la ren­contre des pre­miers mi­nistres, Jus­tin Tru­deau et Fran­çois Le­gault ont aus­si abor­dé la ques­tion de la fac­ture pour la prise en charge des de­man­deurs d’asile ayant tra­ver­sé la fron­tière illé­ga­le­ment

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