De l’encre et des bulles

Le Droit - - LIVRES - ISA­BELLE AU­THIER isa­bel.au­[email protected]­voix­de­lest.ca

Ar­ri­vé à la bande des­si­née sur le tard, Mi­chel Rabagliati est au­jourd’hui une fi­gure de proue au Qué­bec dans ce do­maine grâce à son cé­lèbre Paul. Paul à la cam­pagne, Paul a un tra­vail d’été, Paul en ap­par­te­ment, Paul dans le métro, Paul à la pêche, Paul à Qué­bec — de­ve­nu un film en 2015 —, Paul au parc, Paul dans le Nord et Paul à Mon­tréal, c’est lui. Son oeuvre est aus­si pu­bliée à l’in­ter­na­tio­nal dans plu­sieurs langues. Avec hu­mi­li­té, il rap­pelle néan­moins n’avoir rien in­ven­té.

« Je suis em­bar­qué dans un mou­ve­ment de bandes des­si­nées contem­po­raines. Au dé­but des an­nées 90, plu­sieurs au­teurs pro­po­saient de la BD adulte, plus per­son­nelle, pas co­mique, en noir et blanc, avec des his­toires longues et des sou­ve­nirs. En dé­cou­vrant cette ten­dance, j’ai po­gné de quoi, comme on dit ! Ça a per­mis à des au­teurs comme moi d’em­bar­quer dans le train. »

Au fil des ans, fait-il re­mar­quer, son style a évo­lué tout seul, en dou­ceur. « Je n’ai pas pe­sé bien fort sur le crayon. Je vois que les pro­por­tions ont chan­gé, qu’il y a plus de dé­tails, plus de ha­chures. Je di­rais que mon style s’est vrai­ment pla­cé au qua­trième al­bum et j’y suis de­meu­ré de­puis. »

Il ne voit pas l’in­té­rêt de le mo­di­fier, convain­cu que ce ne sont pas né­ces­sai­re­ment les des­sins qui font le suc­cès d’une BD, c’est plu­tôt l’his­toire. « Je suis plus dans la li­gnée des Pea­nuts de Schulz. Je ne suis pas un au­teur à des­sins, je suis un au­teur à his­toires. J’ai trou­vé ma voie en ra­con­tant mes his­toires per­son­nelles, des his­toires or­di­naires, avec de vrais per­son­nages plau­sibles, dans la vie quo­ti­dienne.

De­ve­nir père m’a ap­por­té un autre re­gard sur la vie, une sen­si­bi­li­té plus ai­gui­sée. J’ai eu en­vie de par­ler de ce qui se pas­sait au­tour de moi. »

Ra­len­ti par une ten­di­nite cette an­née, Mi­chel Ra­blia­gi­ti a dû ré­duire son rythme de tra­vail et pen­ser à lui. Pas fa­cile pour un wor­ka­ho­lic aux mille et une oc­cu­pa­tions...

Il planche néan­moins sur son pro­jet al­bum, Paul à la mai­son, qui se­ra pu­blié en 2019. « Paul a main­te­nant 51 ans, la vie a avan­cé, il est plus gros, il est sé­pa­ré, il a vé­cu beau­coup de deuils, le cli­mat a chan­gé. C’est un livre plus sombre, mais le per­son­nage est ren­du là et j’ai pris le pa­ri de ra­con­ter ça. On ver­ra ce que le lec­teur en pen­se­ra. »

PAUL EN AU­DIO

Pour dé­cou­vrir l’uni­vers de Paul, la ra­dio de Ra­dio-Ca­na­da pro­po­se­ra du­rant le temps des Fêtes une ver­sion au­dio de Paul dans le Nord. Mi­chel Rabagliati est ma­ni­fes­te­ment ra­vi de cette pre­mière. Non seule­ment ce ré­cit s’est par­fai­te­ment prê­té à l’exer­cice, mais il a aus­si per­mis d’y ajou­ter une at­mo­sphère so­nore et mu­si­cale. Le bon­heur !

À 57 ans, quel rêve lui reste-t-il ? « J’ai dé­jà réa­li­sé mon rêve en 2004, quand j’ai com­men­cé à vivre de mon art. C’est ce que je vou­lais. Main­te­nant, j’ai une belle gang de lec­teurs et la sé­rie a une cote d’amour in­croyable. Je re­joins les femmes – plu­sieurs ont re­dé­cou­vert la BD avec Paul – et même les en­fants dans les écoles ! Je n’ai pas l’ha­bi­tude de me pé­ter les bretelles, mais je pense que Paul a ai­dé la BD au Qué­bec. Ça a créé une sorte d’en­goue­ment et les gens n’ont plus honte de lire une BD dans le métro », lance-t-il en riant.

— PHOTO JACQUES GRE­NIER

Le créa­teur de la sé­rie des Paul planche sur un nou­vel al­bum qui se­ra pu­blié en 2019.

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