Mieux vivre avec l’im­mi­gra­tion

Le Droit - - ACTUALITÉS - PATRICK DUQUETTE pdu­[email protected]­droit.com

Im­mi­grants sans toit », ti­trait la une du Droit de ven­dre­di. D’une cer­taine ma­nière, le phé­no­mène des mi­grants, qui bou­le­verse pro­fon­dé­ment l’Eu­rope et les États-Unis, est en train de rat­tra­per Gatineau par la bande.

Voi­là que des or­ga­nismes peinent à lo­ger les ré­fu­giés qui ar­rivent à Gatineau, sur­tout les fa­milles nom­breuses. Faute de place, une fa­mille sy­rienne de 5 en­fants loge dans un or­ga­nisme com­mu­nau­taire. Une autre, qui s’en ve­nait à Gatineau, a été dé­tour­née vers Sher­brooke. Avec un taux d’in­oc­cu­pa­tion d’à peine 1,2 %, la ré­gion est en train de plon­ger dans une crise du lo­ge­ment comme au dé­but des an­nées 2000.

Ce n’est pas d’hier que les or­ga­nismes se cassent la tête pour lo­ger les grosses fa­milles qui nous ar­rivent de Sy­rie ou du Con­go. Le taux de na­ta­li­té du Qué­bec est fa­mé­lique et le mar­ché im­mo­bi­lier est à l’ave­nant. Il manque de lo­ge­ments avec 3 et 4 chambres à cou­cher.

Il n’y a pas pa­nique en la de­meure et la si­tua­tion de­meure sous contrôle à Gatineau. Il reste que tout ce­la est pré­oc­cu­pant alors que les phé­no­mènes mi­gra­toires sont ap­pe­lés à prendre de plus en plus d’am­pleur.

L’Eu­rope vit dé­jà une grave crise des mi­grants avec tout ce que ça im­plique comme bou­le­ver­se­ments po­li­tiques, no­tam­ment la mon­tée de l’ex­trême-droite. Aux États-Unis, Do­nald Trump joue sur la peur des mi­grants à grands coups de rac­cour­cis in­tel­lec­tuels pour faire la pro­mo­tion de son mur avec le Mexique.

Non sans se brû­ler les doigts, le chef ca­quiste Fran­çois Le­gault a lui-même lan­cé un épi­neux dé­bat sur les seuils d’im­mi­gra­tion lors de la der­nière élec­tion pro­vin­ciale.

Oui, le Qué­bec est une so­cié­té ac­cueillante, di­sait es­sen­tiel­le­ment M. Le­gault. Oui, la pro­vince a be­soin de nou­veaux ar­ri­vants pour com­bler ses be­soins en ma­tière de main-d’oeuvre. Mais en­core faut-il s’assurer de bien les in­té­grer avant d’en ac­cueillir plus.

Or pour bien in­té­grer les nou­veaux ar­ri­vants, il leur faut ap­prendre le fran­çais, se trou­ver un bou­lot… et se lo­ger de ma­nière dé­cente.

C’est donc par la crise du lo­ge­ment que la ques­tion de l’im­mi­gra­tion pour­rait re­bon­dir à Gatineau.

Gatineau s’est tou­jours tar­guée, avec rai­son, d’être une ville hos­pi­ta­lière aux nou­veaux ar­ri­vants. Ses fa­çons de faire font d’ailleurs école ailleurs au Qué­bec. Elle s’est fait re­mar­quer par la te­nue d’un som­met du vivre-en­semble, l’an der­nier, qui de­vrait dé­bou­cher sur des re­com­man­da­tions pour la rendre en­core plus ac­cueillante.

La ques­tion du lo­ge­ment y se­ra as­su­ré­ment abor­dée de front. Si Gatineau veut de­meu­rer l’un des prin­ci­paux pôles d’im­mi­gra­tion au Qué­bec, elle de­vra s’assurer d’aug­men­ter son parc de lo­ge­ments abor­dables, tout en évi­tant la for­ma­tion de ghet­tos.

Dans le cas de Gatineau, la dif­fi­cul­té se­rait am­pli­fiée par les cri­tères des grandes en­tre­prises im­mo­bi­lières qui pé­na­li­se­raient les fa­milles im­mi­grantes avec des cri­tères trop sé­vères.

À titre de res­pon­sable des dos­siers d’ha­bi­ta­tion au conseil mu­ni­ci­pal, la conseillère Maude Mar­quis-Bis­son­nette sou­haite sen­si­bi­li­ser les pro­prié­taires à la réa­li­té des fa­milles im­mi­grantes.

Mais s’il le faut, Gatineau pour­rait aus­si for­cer les pro­mo­teurs à in­clure un cer­tain pour­cen­tage de lo­ge­ments abor­dables dans les grands pro­jets im­mo­bi­liers.

À Mon­tréal, la mai­resse Va­lé­rie Plante pousse dé­jà cette di­rec­tion, elle qui a pro­mis de construire 12 000 lo­ge­ments so­ciaux et abor­dables. Gatineau compte en­ta­mer sa propre ré­flexion sur les seuils de lo­ge­ments abor­dables à comp­ter de l’au­tomne 2019.

Es­pé­rons que ce­la ne dé­bou­che­ra pas sur un nou­vel af­fron­te­ment entre la Ville de Gatineau et les pro­mo­teurs im­mo­bi­liers. Alors que les es­prits ont ten­dance à s’échauf­fer dès qu’il est ques­tion d’im­mi­gra­tion, le dé­bat est tou­jours de­meu­ré se­rein à Gatineau.

Comme so­cié­té, on doit ap­prendre à mieux vivre avec l’im­mi­gra­tion. On n’a pas le choix. Avec les chan­ge­ments cli­ma­tiques qui pro­voquent de vastes dé­pla­ce­ments de po­pu­la­tion, le phé­no­mène conti­nue­ra de prendre de l’am­pleur.

WOODBURY, LE DROIT — PATRICK

Il est de plus en plus dif­fi­cile pour les im­mi­grants de dé­ni­cher un lo­ge­ment abor­dable et conve­nable à Gatineau.

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