Élar­gir l’aide à mou­rir

Le Droit - - ACTUALITÉS - PIERRE JURY pju­[email protected]­droit.com

Le dé­bat sur l’élar­gis­se­ment de l’aide mé­di­cale à mou­rir a re­pris de plus belle, cette se­maine, avec les tristes his­toires de Ni­cole Gla­du et de Jean Tru­chon. Les deux souffrent de ma­la­dies in­cu­rables, mais ne sont pas en fin de vie. Ils ne peuvent ain­si pas de­man­der l’aide mé­di­cale à mou­rir, se­lon les termes des lois fé­dé­rale et qué­bé­coise. Il fau­drait que cette loi soit ré­vi­sée.

Ce­la fe­ra bien­tôt cinq ans que l’aide mé­di­cale à mou­rir est per­mise au Qué­bec. Presque tous ont ap­plau­di le ca­rac­tère de col­la­bo­ra­tion mul­ti­par­tite dont les élus ont fait preuve, in­cluant la li­bé­rale Ma­ryse Gau­dreault, dé­pu­tée de Hull à l’As­sem­blée nationale. Au Qué­bec, la loi pré­voit qu’un pa­tient at­teint d’une ma­la­die in­cu­rable et ayant des souf­frances ex­cep­tion­nelles peut de­man­der l’aide mé­di­cale à mou­rir. Ce­la consiste en l’ad­mi­nis­tra­tion de mé­di­ca­ments en­traî­nant le dé­cès du pa­tient.

Au fé­dé­ral, l’aide mé­di­cale à mou­rir est pré­vue de­puis juin 2016 pour toutes les per­sonnes ma­jeures qui souffrent d’une ma­la­die en phase ter­mi­nale, et dont la mort na­tu­relle est « rai­son­na­ble­ment pré­vi­sible ».

Voi­là bien là où le bât blesse. Il faut souf­frir « ex­cep­tion­nel­le­ment », et la mort na­tu­relle doit être « rai­son­na­ble­ment pré­vi­sible ».

Ce n’est pas le cas de Mme Gla­du, ni de M. Tru­chon. Pour­tant, ces deux per­sonnes souffrent ter­ri­ble­ment de ma­la­dies in­cu­rables, et sou­haitent mettre fin à leur jour.

De­puis l’en­trée en vi­gueur des lois au Qué­bec et dans le reste du Ca­na­da, la me­sure s’est avé­rée po­pu­laire avec en­vi­ron 4000 morts pro­vo­quées. Ces don­nées sont sen­si­ble­ment pa­reilles, toutes pro­por­tions gar­dées, avec ce qui se constate ailleurs dans le monde où la pra­tique est per­mise.

Les Ca­na­diens qui ont de­man­dé l’aide mé­di­cale à mou­rir étaient âgés de 56 à 90 ans, la moyenne étant de 73 ans. Le can­cer, dans trois cas sur quatre, l’ex­plique.

Cer­tains s’op­po­se­ront tou­jours à cette forme d’eu­tha­na­sie. Mais pour la grande ma­jo­ri­té des Ca­na­diens, il s’agit d’une pra­tique ac­cep­table.

Deux nou­veaux types de cas posent pro­blème. Ceux qui souffrent de la ma­la­die d’Alz­hei­mer, et qui au­raient préa­la­ble­ment ac­cep­té l’aide mé­di­cale à mou­rir, ain­si que les cas comme Mme Gla­du et M. Tru­chon, qui souffrent de­puis des an­nées, sans es­poir de gué­ri­son, mais sans une mort « rai­son­na­ble­ment pré­vi­sible ».

L’en­vers de l’aide mé­di­cale à mou­rir consiste à s’en­tê­ter à gar­der ces ma­lades en vie, à s’achar­ner à le faire au-de­là de ce qu’elles sou­haitent (ou au­raient sou­hai­té). Rap­pe­lons que ces gens ont de­man­dé sciem­ment de mettre fin à leurs jours.

Nous voyons dif­fi­ci­le­ment com­ment, et sous quel pré­texte, nous per­sis­te­rions à leur of­frir des soins qu’ils ne dé­si­rent plus re­ce­voir. Ce n’est pas une ques­tion mo­né­taire, ab­so­lu­ment pas, mais une ques­tion d’hu­ma­ni­té. Leur seul autre choix, pour ceux pour qui ce­la est pos­sible, se­rait le sui­cide, une forme dure et in­hu­maine de mettre fin à ses jours. Alors qu’il existe des in­jec­tions sans dou­leur qui in­duisent la mort ra­pi­de­ment. Rap­pe­lons-le : ce­la ne se­rait en­vi­sa­geable que pour les per­sonnes qui en font la de­mande — ou qui l’ont fait —, et qui sont af­fli­gées de souf­frantes ma­la­dies in­cu­rables. Nous n’in­cluons pas les per­sonnes d’âge mi­neur, quoique cer­taines dé­montrent une sa­gesse et une ma­tu­ri­té in­croyable de­vant la pers­pec­tive de la mort.

Au Qué­bec, le gou­ver­ne­ment de Fran­çois Le­gault en­tr’ouvre la porte. Son mi­nistre Fran­çois Bon­nar­del, dont la mère souffre de la ma­la­die d’Alz­hei­mer de­puis long­temps, a maintes fois mon­té aux bar­ri­cades en fa­veur de l’élar­gis­se­ment des cri­tères de l’aide mé­di­cale à mou­rir. Nous croyons que le temps est ve­nu de per­mettre à ces deux ca­té­go­ries de per­sonnes de pou­voir dou­ce­ment mettre fin à leurs jours. Le dé­bat doit se faire.

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