À chaque pas­teur son église

Contrai­re­ment à la re­li­gion ca­tho­lique qui a son pape, les bap­tistes n’ont pas d’au­to­ri­té spi­ri­tuelle com­mune.

Le Droit - - ACTUALITÉS - MY­LÈNE MOI­SAN mmoi­[email protected]­so­leil.com

Chaque pas­teur a son in­ter­pré­ta­tion et sa lec­ture de la Bible, no­tam­ment en ce qui a trait aux en­sei­gne­ments sur l’édu­ca­tion des en­fants et à la fa­çon de les ap­pli­quer. Cette in­dé­pen­dance des églises peut donc conduire d’un bout à l’autre du spectre, des châ­ti­ments ex­trêmes à la Claude Guillot jus­qu’à la convic­tion du pas­teur de Sha­wi­ni­ganSud, Ma­thieu Ca­ron, que rien dans la Bible ne sug­gère la cor­rec­tion phy­sique.

Entre les deux, toutes les nuances existent.

En rai­son de cette dé­cen­tra­li­sa­tion, il est à peu près im­pos­sible de connaître le nombre exact d’églises bap­tistes que compte le Ca­na­da, sur­tout après le schisme que les églises ont connu dans les an­nées 1960, où la plu­part des re­grou­pe­ments ont été cham­bou­lés, à l’ex­cep­tion des Ma­ri­times.

Au Qué­bec, en­vi­ron 80 églises sont au­jourd’hui membres de l’As­so­cia­tion d’églises bap­tistes évan­gé­listes du Qué­bec (AEBEQ), l’uti­li­sa­tion du terme d’églises et non des églises in­di­quant que toutes les églises n’en font pas par­tie. Mais peu im­porte, cha­cune des églises, membre ou non, reste libre d’in­ter­pré­ter la Bible à sa fa­çon.

Chaque fi­dèle aus­si.

Se­lon les don­nées de l’En­quête na­tio­nale des mé­nages de 2011 de Sta­tis­tique Ca­na­da, le Qué­bec comp­tait alors près de 95 000 chré­tiens évan­gé­liques, les trois prin­ci­paux groupes étant les bap­tistes avec 36 600 fi­dèles, les pen­te­cô­tistes avec un peu plus de 40 000 croyants, et quelque 17 000 per­sonnes qui se sont iden­ti­fiées dans la ca­té­go­rie gé­né­rale des évan­gé­listes.

Dans cette mo­saïque, le Ré­seau évan­gé­lique du Qué­bec cha­peaute une quin­zaine d’églises et d’as­so­cia­tions, entre autres l’AEBEQ, vi­sant l’ob­jec­tif de « pré­ser­ver l’uni­té tout en res­pec­tant les élé­ments dis­tinc­tifs et l’ADN de chaque fa­mille d’Églises » et pour « avoir une voix évan­gé­lique unie ».

Mal­gré tout, cer­taines églises ont choi­si de ne pas s’af­fi­lier et de conser­ver leur in­dé­pen­dance to­tale. C’est le cas de l’Église bap­tise de Char­les­bourg du pas­teur Si­mon Ouel­lette. « Chez les bap­tistes, on ne pré­co­nise pas l’uni­té dans la confor­mi­té. […] Il y a donc toutes sortes d’églises pour toutes sortes de monde. Il y a un groupe d’églises qui s’est sé­pa­ré de l’as­so­cia­tion, je viens d’une de ces églises. »

Ces églises ne sont pas ré­per­to­riées, im­pos­sible de sa­voir il y en a com­bien.

L’église évan­gé­lique baptiste de Beau­pré fait aus­si bande à part, c’est celle que les pa­rents de Stéphanie* ont fré­quen­tée pen­dant plu­sieurs an­nées alors qu’Yvan Ran­court était pas­teur. Ce­lui qui lui a suc­cé­dé, Ray­mond Tea­chout, était par­ti­cu­liè­re­ment par­ti­san de la pu­ni­tion cor­po­relle, qu’il re­com­man­dait for­te­ment.

Dans un livre pu­blié en 2012, La ligne « dure » de l’amour bi­blique, Tea­chout ac­corde un cha­pitre au mo­dèle d’amour pa­ren­tal dans le­quel il écrit : « C’est pour­quoi Dieu a aus­si confié spé­ci­fi­que­ment aux pa­rents d’ap­por­ter, par amour, des consé­quences aux mau­vaises ac­tions de leurs en­fants [la cor­rec­tion] pour qu’ils ap­prennent ces prin­cipes », à dif­fé­ren­cier le bien du mal.

Et il pour­suit en re­pro­dui­sant cinq ver­sets dont quatre ti­rés du livre poé­tique des pro­verbes de l’An­cien Tes­ta­ment, entre autres ce­lui-ci : « Ce­lui qui mé­nage sa verge hait son fils, mais ce­lui qui l’aime cherche à le cor­ri­ger. »

Se­lon Tea­chout, un pa­rent qui ne cor­rige pas est un mau­vais pa­rent. « Sim­ple­ment par­ler contre le mal des en­fants, sim­ple­ment les re­prendre ver­ba­le­ment, sans ame­ner de consé­quences, est un grave écart à la res­pon­sa­bi­li­té à la­quelle Dieu rend re­de­vables les pa­rents. »

Pire, il aime mal. « Il n’est ja­mais trop tard pour com­men­cer à dé­mon­trer du vrai amour. Le vrai amour n’abrite pas le mé­chant. »

Cet homme, Ray­mond Tea­chout, a prê­ché cette lec­ture fon­da­men­ta­liste de la Bible à des pa­rents de fé­vrier 1999 à juin 2016, après quoi il est re­tour­né prê­cher aux États-Unis.

Se­lon dif­fé­rents té­moi­gnages ob­te­nus, ce sont des si­gna­le­ments à la DPJ qui au­raient me­né à son dé­part.

Cha­cune des églises reste libre d’in­ter­pré­ter la Bible à sa fa­çon.

* Pré­nom fic­tif

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