LES SE­CRETS DU CAN­NA­BIS EN QUELQUES SE­CONDES

Le Droit - - LA UNE - CHARLES-AN­TOINE GAGNON ca­ga­[email protected]­droit.com

Des cher­cheurs de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa ont mis au point une tech­no­lo­gie mi­nia­tu­ri­sée pour per­mettre aux pro­duc­teurs de can­na­bis de dé­tec­ter et d’ana­ly­ser en quelques se­condes les concen­tra­tions des deux prin­ci­paux com­po­sants phar­ma­co­lo­giques du can­na­bis, soit le THC, qui pro­duit l’état eu­pho­rique, et le can­na­bi­diol (CBD), sub­stance pos­sé­dant des pro­prié­tés thé­ra­peu­tiques.

L’équipe de scien­ti­fiques com­po­sée du Dr Adam Shu­hend­ler (dé­par­te­ment de chi­mie et sciences bio­mo­lé­cu­laires), du Dr Be­noît Les­sard (dé­par­te­ment de gé­nie chi­mique et bio­lo­gique) et du Dr Co­ry Har­ris (dé­par­te­ment de bio­lo­gie) a in­ven­té un dis­po­si­tif consti­tué de tran­sis­tors or­ga­niques à couche mince dans les­quels ont été in­té­grés des chi­mio­cap­teurs. Les ana­lyses se font en ex­tra­yant des huiles de la plante ou avec l’état ga­zeux après avoir brû­lé celle-ci. La ma­chine ser­vant à lire les don­nées est de la taille d’un té­lé­phone cel­lu­laire.

L’ana­lyse du can­na­bis est ef­fec­tuée ré­gu­liè­re­ment par des pro­duc­teurs au­to­ri­sés afin de ca­rac­té­ri­ser leurs cultures et dé­ter­mi­ner le ra­tio THC:CBD, ce qui leur per­met de sa­voir si leur plante est mieux adap­tée à un usage ré­créa­tif ou mé­di­ci­nal, a ex­pli­qué le Dr Les­sard.

« Tou­te­fois, ces tests sont pré­sen­te­ment ef­fec­tués à l’aide de tech­niques ana­ly­tiques com­plexes, lentes et coû­teuses. L’ac­ces­si­bi­li­té et la sim­pli­ci­té de notre ap­pa­reil per­met­traient non seule­ment de ré­duire les coûts et d’ac­cé­lé­rer les tests pour les pro­duc­teurs au­to­ri­sés, mais aus­si de per­mettre aux consom­ma­teurs et aux pro­duc­teurs à do­mi­cile de ca­rac­té­ri­ser le can­na­bis », a-t-il conti­nué.

« Notre cap­teur peut fa­ci­li­ter le contrôle de la qua­li­té des plants de can­na­bis à l’échelle in­dus­trielle comme à l’échelle do­mes­tique », a fait va­loir le Dr Shu­hend­ler.

Un dis­po­si­tif comme ce­lui-ci per­met de tra­vailler sur le chan­tier et ain­si d’évi­ter les al­lers-re­tours au la­bo­ra­toire. Ce­la pour­rait per­mettre aux pro­duc­teurs de pro­cé­der à deux ou trois fois plus d’échan­tillons par jour, quelque chose d’in­té­res­sant pour eux, a sou­li­gné le Dr Les­sard.

« Si on a une ma­chine qu’on peut te­nir dans notre main en al­lant dans un champ pour pré­le­ver un échan­tillon et en faire l’ana­lyse sur place, c’est très in­té­res­sant pour les pro­duc­teurs. C’est beau­coup plus fa­cile à uti­li­ser et, parce qu’il est plus pe­tit, il n’y a donc pas be­soin d’avoir tout un la­bo­ra­toire d’ana­lyse », a-t-il ex­pli­qué.

Il faut pré­ci­ser que les don­nées de THC et de CBD sont im­por­tantes pour les pro­duc­teurs de ma­ri­jua­na qui pos­sèdent une li­cence de San­té Ca­na­da puisque l’éti­que­tage sur leur te­neur est obli­ga­toire.

La tech­no­lo­gie pour­rait être adop­tée par les forces de l’ordre.

« Par exemple, les po­li­ciers peuvent ac­ti­ver le dé­tec­teur, ce qui per­met­trait d’ob­te­nir une lec­ture ob­jec­tive du THC et/ou du CBD dans un vé­hi­cule où l’usage du can­na­bis est ac­tuel­le­ment in­ter­dit par la loi ca­na­dienne », a in­di­qué le Dr Har­ris.

La re­cherche a dé­bu­té en 2018 et a été en­tiè­re­ment me­née à l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa, in­cluant la fa­bri­ca­tion des dis­po­si­tifs.

La tech­no­lo­gie a été bre­ve­tée. Les cher­cheurs ont d’ailleurs lan­cé une en­tre­prise en dé­mar­rage nom­mée Echid­na Sen­sing afin d’at­ti­rer des in­ves­tis­seurs et pro­duire les cap­teurs à plus grande échelle.

LE DROIT — ÉTIENNE RAN­GER,

Le Dr Be­noit Les­sard montre le cap­teur per­met­tant de me­su­rer le ra­tio THC/ CBD du can­na­bis mis au point avec ses col­lègues de l’Uni­ver­si­té d’Ot­ta­wa Adam Shu­hend­ler (ar­rière-plan) et Co­ry Har­ris (ab­sent de la pho­to).

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