Un «signe» six jours plus tôt

Le Droit - - LA UNE - LOUIS-DE­NIS ÉBACHER lde­ba­[email protected]­droit.com

Quelque chose «clo­chait» dé­jà, six jours avant l’in­cen­die qui a ra­va­gé l’édi­fice de la Dé­fense na­tio­nale, à Ga­ti­neau, en 2016. Une panne de cou­rant ma­jeure au­rait dû ser­vir d’aver­tis­se­ment, mais rien n’au­rait été fait pour re­mé­dier à la si­tua­tion.

Des do­cu­ments ju­di­ciaires consul­tés par Le Droit in­diquent que les en­tre­pre­neurs af­fai­rés à la ré­fec­tion du 555, bou­le­vard de la Car­rière, au­raient dû sa­voir que quelque chose n’al­lait pas.

Un ins­pec­teur de l’Ar­mée ca­na­dienne avait po­sé des « ques­tions im­por­tantes » sur la sé­cu­ri­té du chan­tier après cette panne, mais celles-ci se­raient res­tées sans ré­ponse.

Dans l’une des nom­breuses pour­suites ju­di­ciaires liées à ce si­nistre, on peut lire qu’une « panne d’élec­tri­ci­té ma­jeure » est sur­ve­nue sur six étages, le 15 avril 2016, soit six jours avant l’in­cen­die.

Dé­jà au prin­temps der­nier, une pour­suite en Cour su­pé­rieure pro­po­sait que l’in­cen­die sur­ve­nu le 21 avril avait été pro­vo­qué par le mau­vais état d’une ral­longe élec­trique liée à un filtre à air in­dus­triel (de type HEPA). On y al­lègue que le cor­don élec­trique ré­pa­ré de fa­çon ar­ti­sa­nale se­rait à l’ori­gine de l’in­cen­die.

«IL N’Y AU­RAIT PAS EU D’IN­CEN­DIE»

Dans d’autres pour­suites to­ta­li­sant près de 100 mil­lions $, on ap­prend que cet in­cen­die au­rait pu être évi­té si les res­pon­sables du chan­tier avaient ré­pon­du aux ques­tions de l’ins­pec­teur des Forces ar­mées ca­na­diennes (voir en­ca­dré).

« Eu égard aux évé­ne­ments qui s’étaient pro­duits le 15 avril 2016 (...), Paul Daoust Construc­tion, en sa qua­li­té d’en­tre­pre­neur gé­né­ral, de chef d’or­chestre du chan­tier et res­pon­sable de la sé­cu­ri­té, au­rait dû ré­pondre aux di­verses ques­tions po­sées par Fran­cis Hé­bert, ins­pec­teur en pré­ven­tion et in­cen­die des Forces ar­mées ca­na­diennes, et si elle l’avait fait, Paul Daoust Construc­tion se se­rait ren­du compte de l’in­adé­qua­tion des ins­tal­la­tions uti­li­sées par SOS Dé­mo­li­tion (NDLR : une autre firme vi­sée par la pour­suite) et au­rait im­mé­dia­te­ment or­don­né la non-uti­li­sa­tion de la ral­longe et des filtres HEPA et il n’y au­rait pas eu d’in­cen­die. »

Le maître de chan­tier n’au­rait pas ré­pon­du « aux nom­breux si­gnaux » qui au­raient per­mis d’évi­ter l’in­cen­die, tou­jours se­lon cette re­quête ju­di­ciaire.

Se­lon les dif­fé­rentes pour­suites au dos­sier, la fiche mâle du cor­don élec­trique lié au filtre avait été ré­pa­rée de fa­çon in­adé­quate.

Le ma­tin du 21 avril 2016, un em­ployé de la Dé­fense na­tio­nale a aper­çu une flamme d’en­vi­ron 3 pouces au-des­sus d’une prise élec­trique de l’un de ses cu­bi­cules de tra­vail du sixième étage. C’était le dé­but de l’in­cen­die du 555, de la Car­rière, met­tant plus de 2000 fonc­tion­naires sur le trot­toir.

DÉ­MÊ­LÉS JU­DI­CIAIRES

Les dé­mê­lés ju­di­ciaires sont nom­breux dans ce dos­sier.

Le 18 avril der­nier, le Pro­cu­reur gé­né­ral du Ca­na­da a dé­po­sé une pour­suite de 38 mil­lions $ contre Paul Daoust Construc­tion, la com­pa­gnie à nu­mé­ro 9093-1940 Qué­bec inc. (SOS Dé­mo­li­tion), les com­pa­gnies d’as­su­rances Avi­va, In­tact, et Mu­tuelle, et le syn­dic de faillite Ber­nier et As­so­ciés (pour le compte de l’en­tre­prise Nor­gau).

Dé­cou­lant des mêmes faits, Paul Daoust Construc­tion est pour­sui­vie par In­tact As­su­rance (11,6 mil­lions $), par la com­pa­gnie d’as­su­rances Chubb (206 526 $) et par Ges­tion 555 inc. (83,2 mil­lions $) pour un mon­tant to­tal de 95 mil­lions $

La vi­tre­rie Vi­sion 2020 pour­suit de son cô­té les res­pon­sables du chan­tier et le Pro­cu­reur gé­né­ral du Ca­na­da pour rup­ture de contrat (761 000 $).

Le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral, qui louait le 555, de la Car­rière, pré­voyait s’en por­ter ac­qué­reur se­lon un bail avec op­tion d’achat. Ce­la fait aus­si l’ob­jet de re­cours ju­di­ciaires com­plexes.

Le tri­bu­nal n’a pas ren­du de ju­ge­ments fi­naux sur les res­pon­sa­bi­li­tés des par­ties im­pli­quées.

— PA­TRICK WOODBURY, AR­CHIVES LE DROIT

Une panne élec­trique ma­jeure six jours avant l’in­cen­die de l’édi­fice de la Dé­fense na­tio­nale sur le bou­le­vard de la Car­rière, à Ga­ti­neau, en 2016, au­rait dû mettre la puce à l’oreille des en­tre­pre­neurs.

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