Il faut par­ler de la ma­chine

Le Droit - - ACTUALITÉS - MYLÈNE MOI­SAN CHRO­NIQUE mmoi­[email protected]­so­leil.com

Le jour du scru­tin, pen­dant que les ap­pels à l’im­por­tance de se rendre aux urnes se mul­ti­plient, des ma­chines s’ac­tivent.

Elles doivent faire sor­tir le vote. C’est une vé­ri­té de La Pa­lice, cer­tains par­tis ont une ma­chine par­ti­cu­liè­re­ment bien hui­lée pour cette opé­ra­tion. On ne fait pas que dire aux gens d’al­ler vo­ter, on va les cher­cher à leur do­mi­cile et on les em­mène au bu­reau de vote. Ils di­ront que les gens peuvent vo­ter pour qui ils veulent, on sait qu’ils ne trans­portent pas n’im­porte qui.

Cette jour­née-là, tout le monde est à pied d’oeuvre, on a dé­jà iden­ti­fié une liste de «sym­pa­thi­sants» qu’on ira cueillir pen­dant toute la jour­née, de l’ou­ver­ture à la fer­me­ture des bu­reaux de vote. En 2005, le li­bé­ral Pierre Pet­ti­grew avait or­ga­ni­sé un ser­vice de na­vette pour faire vo­ter les per­sonnes âgées dans Pa­pi­neau, la cir­cons­crip­tion de Jus­tin Tru­deau, où l’is­sue du vote était par­ti­cu­liè­re­ment ser­rée.

La blo­quiste Vi­viane Bar­bot l’avait em­por­té par 990 voix.

Pen­dant la cam­pagne qui vient de se ter­mi­ner, alors que les chefs cour­ti­saient les élec­teurs de­vant les ca­mé­ras, des bé­né­voles fai­saient du «poin­tage» au té­lé­phone en les ap­pe­lant un à un. L’exer­cice sert à faire une liste de ceux qui vont vo­ter pour le par­ti et aus­si des in­dé­cis qui l’ont ap­puyé dans le pas­sé.

Le jour du vote, cette liste est ca­pi­tale.

Dès que les bu­reaux de vote ouvrent leurs portes, les «ma­chines» se mettent à l’oeuvre. «Là, il te faut tes taxis, tes bé­né­voles qui sont en au­tos, ce sont eux qui vont cher­cher les votes que tu as poin­tés et qui les em­mènent au bu­reau de vote, m’ex­plique une per­sonne qui a été aux pre­mières loges de la mé­ca­nique élec­to­rale. Tu as tes run­ners, eux, ils sont sur la route, ils vont cher­cher les listes de ceux qui ont vo­té et ils les ra­mènent. Avec ça, on fait le bin­go, on coche les noms, Mi­che­line de telle rue était pointée, elle est al­lée vo­ter. Elle, tu ne la rap­pel­le­ras pas, mais tu vas rap­pe­ler M. Poi­tras : “Il est 15h, pen­sez-vous al­ler vo­ter?” Ta force d’or­ga­ni­sa­tion, elle est très dé­ter­mi­nante.»

Et, évi­dem­ment, plus un par­ti est or­ga­ni­sé, plus il fe­ra «sor­tir le vote». En es­pé­rant que ce soit le bon. «Ça peut ar­ri­ver qu’une per­sonne qu’on em­mène ne vote pas pour nous, que ça soit un mau­vais vote. C’est une arme à deux tran­chants.»

Un moins af­fu­té que l’autre, quand même.

Pour avoir des bé­né­voles, il faut d’abord avoir des mi­li­tants. «L’or­ga­ni­sa­teur en chef doit tra­vailler avec l’or­ga­ni­sa­tion de com­té, qui est plus ou moins forte, plus ou moins dy­na­mique se­lon le cas, di­sons que c’est à géo­mé­trie va­riable. L’or­ga­ni­sa­teur doit se mon­ter une équipe de bé­né­voles, plus t’en as, plus ça marche.»

Il faut de l’ar­gent, mais il faut aus­si beau­coup de bras. «Le nerf de la guerre, c’est le mi­li­tan­tisme, c’est la souche nu­mé­ro un de l’or­ga­ni­sa­tion po­li­tique. C’est sûr qu’il y a des in­éga­li­tés d’un par­ti à l’autre, d’un com­té à l’autre.»

Je me pose une ques­tion. Jus­qu’à quel point ces in­éga­li­tés al­tèrent-elles les ré­sul­tats du vote?

Si ce­la n’avait au­cun im­pact, les par­tis ne se don­ne­raient pas tout ce mal. «C’est cer­tain que dans les com­tés où c’est ser­ré, c’est une lutte d’or­ga­ni­sa­tions.» Comme dans Qué­bec lun­di. Si on suit cette lo­gique, les par­tis qui n’ont pas une or­ga­ni­sa­tion ro­dée au quart de tour n’ob­tiennent pas tous les votes qu’ils au­raient pu avoir. Peut-être fau­drait-il of­frir à tous les élec­teurs un ser­vice d’ac­com­pa­gne­ment, peu im­porte le par­ti, en pas­sant par Élec­tions Ca­na­da ou le DGE au Qué­bec. Ça n’ar­ri­ve­ra pas, évi­dem­ment. La loi est claire, au­cune pu­bli­ci­té ni au­cun son­dage ne doivent être pu­bliés le jour du scru­tin pour ne pas in­fluen­cer le vote des élec­teurs, donc l’is­sue du scru­tin. Mais qu’en est-il de ces ma­chines, par­fai­te­ment lé­gales ce­la dit, qui mettent toute la gomme pour faire le plein de votes?

Est-ce que Mi­che­line au­rait vo­té si on n’était pas al­lée la cher­cher?

— LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Cer­tains par­tis ont une ma­chine par­ti­cu­liè­re­ment bien hui­lée pour faire sor­tir le vote. On ne fait pas que dire aux gens d’al­ler vo­ter, on va les cher­cher à leur do­mi­cile et on les em­mène au bu­reau de vote.

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