« Bra­vo mon gars »

Le Droit - - ACTUALITÉS - DE­NIS GRATTON dgrat­[email protected]­droit.com

« Je ne pen­sais ja­mais avoir les larmes aux yeux en re­gar­dant une soi­rée élec­to­rale », m’a lan­cé ma conjointe lun­di soir.

C’était ef­fec­ti­ve­ment un mo­ment tou­chant et émou­vant. Un mo­ment d’amour père-fils qui nous a rap­pe­lé que der­rière la po­li­tique, il y a des hu­mains, des hommes, des femmes, des fa­milles.

Je vous parle évi­dem­ment du mo­ment à la té­lé de Ra­dio-Ca­na­da lors­qu’on a an­non­cé la vic­toire du blo­quiste Alexis Bru­nelle-Du­ceppe dans Lac-Saint-Jean, alors que son père, l’an­cien lea­der du Bloc qué­bé­cois, Gilles Du­ceppe, se trou­vait en stu­dio à Mon­tréal comme com­men­ta­teur de cette soi­rée.

« Bra­vo mon gars », a lan­cé Gilles Du­ceppe à son fils en re­te­nant ses larmes. « Je t’aime », lui a ré­pé­té son fils, fier et ému.

Un beau mo­ment de té­lé. Un beau mo­ment de vie.

Tout ça m’a rap­pe­lé une longue en­tre­vue que j’ai réa­li­sée avec Gilles Du­ceppe il y a plu­sieurs an­nées. En 1999 pour être pré­cis, il y a 20 ans. Je me sou­viens que nous avions abor­dé plu­sieurs su­jets qui ne tou­chaient pas né­ces­sai­re­ment la po­li­tique. Je vou­lais connaître l’homme der­rière le po­li­ti­cien et le fils du cé­lèbre co­mé­dien, le re­gret­té Jean Du­ceppe. Et je me sou­viens aus­si que nous avions ter­mi­né l’en­tre­vue en nous échan­geant des re­cettes ! (Son sau­mon au beurre du maître d’hô­tel est dé­lec­table).

Mais m’avait-il par­lé de son fils Alexis du­rant notre en­tre­tien ? Je ne m’en sou­ve­nais plus. J’ai donc été fouillé dans nos ar­chives élec­tro­niques pour re­trou­ver ce texte.

Gilles Du­ceppe m’a par­lé briè­ve­ment de son fils à deux re­prises du­rant notre ren­contre. La pre­mière fois, pour me dire en sou­riant qu’Alexis est né le 1er juillet, ce qui lui don­nait comme chef du Bloc qué­bé­cois une rai­son de cé­lé­brer en fa­mille le jour de la fête du Ca­na­da. Et voi­ci le deuxième pas­sage sur son fils :

« Gilles Du­ceppe aime bien se dé­tendre à la mai­son les week-ends, seul avec sa femme, Yol­lande. Son fils, Alexis, 19 ans, qui tra­vaille comme jour­na­liste en Hol­lande. Sa fille, Amé­lie, 24 ans, est co­mé­dienne et se trouve pré­sen­te­ment en Aus­tra­lie avec le Cirque du So­leil ».

Jeune jour­na­liste en Hol­lande ? Je de­vrai po­ser la ques­tion au nou­veau dé­pu­té Alexis Bru­nel­leDu­ceppe si ja­mais je le croise.

Ce qui m’a sur­tout frap­pé en re­li­sant cette en­tre­vue d’il y a 20 ans, c’est la fa­çon dont Gilles Du­ceppe et son fils ont tous deux vé­cu un peu dans l’ombre de leur père, mais que ni un ni l’autre n’a vou­lu « sur­fer » sur leur nom de fa­mille pour se faire élire.

« J’étais très fier de lui et fier de mon nom, m’avait dit Gilles Du­ceppe en par­lant de son père. Mais je n’al­lais pas rou­ler sur ce nom. On m’a ap­pro­ché en 1970 pour que je me pré­sente dans ma cir­cons­crip­tion. Je n’avais que 23 ans, je n’étais pas prêt. Mais j’au­rais pro­ba­ble­ment ga­gné, juste parce que je m’ap­pe­lais Du­ceppe. Mais je n’al­lais pas ga­gner ma vie à rou­ler sur mon nom. Quand j’ai com­men­cé à faire de la po­li­tique ac­tive, à l’âge de 43 ans, j’étais sûr de moi. Je sa­vais qu’on vo­te­rait pour mes idées et mes po­li­tiques, et non parce que je suis le fils de Jean Du­ceppe ».

Re­ve­nons main­te­nant à mar­di der­nier, au len­de­main de la vic­toire d’Alexis Bru­nelle-Du­ceppe. Lors­qu’un jour­na­liste lui a de­man­dé s’il s’at­ten­dait à ce qu’il y ait un jeu de com­pa­rai­son entre lui et son père, le nou­veau dé­pu­té âgé de 40 ans et père de trois en­fants a ré­pon­du :

« C’est nor­mal, ça vient avec le nom de fa­mille. Ra­pi­de­ment, je pense que les gens vont voir qu’on n’a pas le même style. Ce­pen­dant, les gens vont voir qu’un se re­joint sur un point (…) c’est qu’on est des gars tra­vaillants, on est des gars ri­gou­reux et on ne lâche pas le mor­ceau fa­ci­le­ment ».

Et des gars in­dé­pen­dants, au­rait-il pu ajou­ter (sans jeu de mots).

N’est-ce pas le cas dans la grande ma­jo­ri­té des fa­milles ? On est fier de notre père, de ce qu’il a réa­li­sé, de ce qu’il nous a don­né, de ce qu’il a sa­cri­fié pour nous et de l’homme qu’il est. Mais on ne veut pas gran­dir dans son ombre. On veut faire nos choix et vivre notre vie, tout en sa­chant qu’il se­ra tou­jours là si on tombe.

Et on rêve tous au jour où notre père nous di­ra : « Bra­vo mon gars ».

— GIMMY DESBIENS, LE QUO­TI­DIEN

Alexis Bru­nelle-Du­ceppe, le fils de Gilles Du­ceppe, a été élu sous la ban­nière du Bloc dans Lac-Saint-Jean.

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