Un conser­va­teur du XXIe siècle?

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An­drew Scheer a rai­son de faire va­loir ses avan­cées. Son Par­ti conser­va­teur a ré­col­té plus de votes, à l’échelle na­tio­nale, que les li­bé­raux. Il a fait élire da­van­tage de dé­pu­tés, 121, qu’en 2015. Il y au­rait là de quoi pa­voi­ser. Comme il le dit lui­même, c’est une vic­toire d’étape en che­min vers un gou­ver­ne­ment ma­jo­ri­taire conser­va­teur.

Pour­tant, il de­vrait dé­mis­sion­ner. Il de­vrait lais­ser la chance à un autre can­di­dat de me­ner le par­ti vers la vic­toire.

Pour­quoi ? Parce que M. Scheer est un can­di­dat du XXe siècle qui se pré­sente au XXIe siècle. Il est le can­di­dat du pé­trole, des va­leurs chré­tiennes, contre l’avor­te­ment, alors que le Ca­na­da a be­soin d’un lea­der conser­va­teur ou­vert à la cause en­vi­ron­ne­men­tale, pu­bli­que­ment laïque, ou­vert aux gais et les­biennes, et qui ne mi­lite pas pour une aug­men­ta­tion de l’ex­trac­tion du pé­trole. Le Ca­na­da a be­soin d’un chef conser­va­teur qui em­brasse les causes d’au­jourd’hui, non ce­lui qui les re­pousse du re­vers de la main. Le Ca­na­da a be­soin d’un me­neur qui le fait à la ma­nière conser­va­trice.

Ou d’une meneuse, car ce­la ne s’ap­plique pas qu’aux hommes.

Ce n’est pas un ana­chro­nisme. La chose est émi­nem­ment pos­sible. Mais pas avec An­drew Scheer. Au dé­but de la cam­pagne élec­to­rale, il a com­bat­tu la per­cep­tion qu’il était pro-vie, avant de fi­na­le­ment l’ad­mettre, au len­de­main du dé­bat des chefs au ré­seau TVA. Il mar­te­lait que ja­mais son par­ti ne dé­po­se­rait un projet de loi contre l’avor­te­ment, que ja­mais il ne vo­te­rait en fa­veur d’un tel projet. Mais M. Scheer ne pré­ci­sait ja­mais si un dé­pu­té du Par­ti conser­va­teur qui en dé­po­se­rait un au­rait l’aval de son par­ti.

Cet en­jeu, fort im­por­tant pour cer­tains, ne réunit qu’en­vi­ron 25 ou 30 % des Ca­na­diens, et il est temps qu’un chef conser­va­teur s’en af­fran­chisse. De fa­çon si­mi­laire, la laï­ci­té du chef doit être mise de l’avant. Les croyances re­li­gieuses sont de na­ture pri­vée, et elles doivent le de­meu­rer. Il y a des liens es­ca­mo­tés entre M. Scheer et les groupes re­li­gieux au Ca­na­da et ce­la lui cause des en­nuis lors­qu’ils sont ébrui­tés. Idem pour son ou­ver­ture à la cause des LGBT : nous ne sommes plus dans les an­nées 1960 et le lea­der des bleus doit l’être pour tous les Ca­na­diens, peu im­porte leur orien­ta­tion sexuelle. Ou leur re­li­gion, faut-il pré­ci­ser.

Le fu­tur chef conser­va­teur doit main­te­nir l’ex­trac­tion du pé­trole, mais le faire dans un cadre de lutte aux chan­ge­ments cli­ma­tiques. Ce com­bat de l’ave­nir ne s’or­ches­tre­ra pas au­tour d’une taxe sur le car­bone, mais d’un plan concret et ex­haus­tif de lutte aux gaz à ef­fet de serre.

Les conser­va­teurs doivent trouver leur propre che­min à ce cha­pitre, mais ça leur en prend un.

Ce fu­tur Par­ti conser­va­teur doit s’ar­ri­mer da­van­tage aux prio­ri­tés éco­no­miques : l’équi­libre bud­gé­taire d’abord, une ré­duc­tion des aides fi­nan­cières aux en­tre­prises, un fé­dé­ra­lisme asy­mé­trique et le res­pect des ju­ri­dic­tions pro­vin­ciales, la res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle plu­tôt que le re­cours à un État-pro­vi­dence, etc.

Ces va­leurs conser­va­trices pour­raient les re­con­nec­ter avec les ci­ta­dins, car le fait de vivre en ville n’en­dosse pas par dé­fi­ni­tion les cre­dos li­bé­ral ou néo-dé­mo­crate. Ce­la pour­rait les re­con­nec­ter avec les Qué­bé­cois, et avec les fran­co­phones de par­tout au pays. Nous ar­rê­te­rions de par­ler du « mur » que consti­tuent leurs ap­puis en Al­ber­ta et en Sas­kat­che­wan car ces prin­cipes s’ap­pli­que­raient à tous.

An­drew Scheer ne peut être ce chef. Il n’au­ra été qu’un lea­der de tran­si­tion. Le temps est ve­nu de pas­ser le bâ­ton à une autre per­sonne.

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