Chia­rel­li dans de beaux draps

Le Droit - - OPINIONS - PIERRE JU­RY pju­[email protected]­droit.com

Les en­nuis se pour­suivent pour le conseiller Rick Chia­rel­li. Avant-hier, le con­seil mu­ni­ci­pal d’Ot­ta­wa a re­fu­sé à l’una­ni­mi­té, 20-0, de pro­lon­ger in­dé­fi­ni­ment sa de­mande de congé.

Il est ab­sent des réunions du con­seil de­puis le re­tour de l’été. Ce­la fait donc plus d’un mois et de­mi qu’il s’ab­sente : la li­mite est de trois mois et cor­res­pond à la fin de no­vembre. S’il veut conser­ver son poste, il doit se pré­sen­ter à l’hô­tel de ville d’ici là.

En at­ten­dant, deux col­lègues se par­tagent la res­pon­sa­bi­li­té du quar­tier Col­lege, qu’il re­pré­sente de fa­çon in­in­ter­rom­pue de­puis 25 ans. Il s’agit d’une tâche im­por­tante, en plus de leurs propres res­pon­sa­bi­li­tés. Scott Mof­fatt, l’élu du sec­teur de Ri­deau-Goul­bourn, es­time que les gens du quar­tier Col­lege ont be­soin d’un re­pré­sen­tant à temps plein à la table du con­seil. « C’est in­te­nable qu’un conseiller re­pré­sente deux quar­tiers pen­dant le reste du man­dat », a ré­agi M. Mof­fatt.

Car c’est la pos­si­bi­li­té à la­quelle s’at­ten­dait M. Mof­fatt et Al­lan Hu­bley, le conseiller de Ka­na­ta Sud qui a pris l’autre moi­tié de cette res­pon­sa­bi­li­té. Si les élus du con­seil avaient ac­cep­té la de­mande de M. Chia­rel­li, son ab­sence au­rait été in­dé­fi­nie. Il au­rait pu s’ab­sen­ter pour trois an­nées en­core !

Rick Chia­rel­li bé­né­fi­cie donc d’un mois en­core avant qu’il ne soit obli­gé de se pré­sen­ter au con­seil d’Ot­ta­wa, à dé­faut de quoi il per­dra son poste.

La lettre de son mé­de­cin de­man­dait une ab­sence pro­lon­gée. Les élus ont es­ti­mé que les in­for­ma­tions conte­nues dans la lettre étaient floues et in­suf­fi­santes.

Ils ne peuvent s’em­pê­cher de com­pa­rer son cas avec ce­lui de la conseillèr­e Diane Deans, qui au même mo­ment a dé­cla­ré com­battre un can­cer des ovaires. Elle a fait preuve de trans­pa­rence dès le dé­part et la pré­ca­ri­té de son état de san­té ne fai­sait au­cun doute.

Cette lettre de M. Chia­reilli pour­rait n’être qu’un ar­ti­fice pour ga­gner du temps. Car il fait face à de mul­tiples ac­cu­sa­tions de femmes et d’ex-em­ployées à pro­pos de re­marques sexistes. Ce ne sont en­core que des al­lé­ga­tions, mais elles com­mencent à s’ac­cu­mu­ler. Elles ré­pètent à peu près tou­jours le même pat­tern de com­men­taires in­ap­pro­priés à pro­pos de leur taille, de leurs seins, de leurs vê­te­ments ré­vé­la­teurs, etc. Les al­lé­ga­tions dont M. Chia­rel­li fait l’ob­jet sont ré­pé­ti­tives. Et elles dé­notent un dé­ni­gre­ment des femmes que l’on ne soup­çon­nait pas chez ce po­li­ti­cien de car­rière au vi­sage re­plet qui dis­si­mule bien ses nom­breuses an­nées au con­seil. L’éton­ne­ment de ses proches, au dé­part, a pro­gres­si­ve­ment fait place au dé­goût, si elles de­vaient se concré­ti­ser.

« Dire que nous sommes dé­ran­gés par ces al­lé­ga­tions est le moins que l’on puisse dire, a com­men­té le maire Jim Wat­son, par voie de com­mu­ni­qué. Il n’y a pas de mots pour dé­crire notre dé­cep­tion. »

Richard Mar­leau, le com­mis­saire à l’in­té­gri­té de la Ville d’Ot­ta­wa mène une en­quête, mais Rick Chia­rel­li s’y op­pose. Il pré­fé­re­rait que la ques­tion soit trai­tée de­vant le Tri­bu­nal des droits de la per­sonne de l’On­ta­rio. Mais ce n’est pas à lui de dé­ci­der du théâtre de ses ac­cu­sa­tions, mais aux femmes elles-mêmes.

La pro­chaine échéance ar­ri­ve­ra donc en no­vembre. Rick Chia­rel­li pour­rait se poin­ter pour quelques mi­nutes, et quit­ter su­brep­ti­ce­ment la salle du con­seil. Ce se­rait re­gret­table, mais c’est ce que plu­sieurs croient qu’il fe­ra. Ce­la re­met­trait le comp­teur de son ab­sence à zé­ro et lui confé­re­rait un autre trois mois de ré­pit. Dans l’es­poir qu’il puisse y trou­ver la sa­gesse de s’en sor­tir...

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