L’autre pla­teau de Gal­la­gher

Le Droit - - LE CANADIEN - GUILLAUME LEFRANÇOIS La Presse

GLENDALE — Bren­dan Gal­la­gher n’a ja­mais été très por­té sur les sta­tis­tiques. On en a eu une nou­velle preuve mar­di.

Gal­la­gher était un homme at­ten­du par les mé­dias après l’en­traî­ne­ment du Ca­na­dien au Gi­la Ri­ver Are­na. Ce n’est pas ba­nal : il dis­pu­te­ra ce soir son 500e match dans la LNH. Lui, le 147e choix au re­pê­chage de 2010. Lui, ju­gé trop pe­tit, et pas as­sez ra­pide pour un gars de sa taille. Il se­ra fi­na­le­ment le 10e de son an­née de re­pê­chage à at­teindre ce chiffre.

Alors, ça si­gni­fie quoi, ce chiffre ? « J’y pen­se­rai plus tard. Pour le mo­ment, j’es­saie sim­ple­ment de res­ter dans le mo­ment pré­sent et d’en pro­fi­ter au maxi­mum », ré­pond Gal­la­gher.

On pour­suit la dis­cus­sion, et il est ques­tion d’un autre chiffre im­pres­sion­nant. La sai­son der­nière dans la LNH, seule­ment sept joueurs ont ob­te­nu 300 tirs au but. Gal­la­gher était l’un d’eux. Mais pen­dant que les six autres – qui ont en com­mun de ne pas être des pieds de cé­le­ri – jouaient tous plus de 20 mi­nutes par match, Gal­la­gher avait droit à ses 16 mi­nutes ha­bi­tuelles, le ni­veau d’uti­li­sa­tion qui lui per­met de dé­ployer l’éner­gie qui fait sa re­nom­mée.

Dans une ligue où les gar­diens ar­rêtent gé­né­ra­le­ment 91 % des ron­delles di­ri­gées vers eux, un ti­reur moyen peut donc es­pé­rer ins­crire une tren­taine de buts avec 300 ten­ta­tives. Gal­la­gher n’a pas un vi­lain tir pour un joueur opé­ré deux fois à la même main, mais on ne le confond pas non plus avec Aus­ton Mat­thews. Une réa­li­té bien ré­su­mée par Claude Ju­lien. « Il y a des joueurs qui peuvent trans­por­ter la ron­delle d’un bout à l’autre de la pa­ti­noire et dé­jouer des joueurs à un contre un. Mais Gal­ly reste un joueur qui a mar­qué plus de 30 buts à nos deux der­nières sai­sons. Il a du ta­lent, mais un ta­lent dif­fé­rent », a ex­pli­qué l’en­traî­neur-chef.

De­puis le dé­but de sa car­rière, il compte 156 buts sur 1564 tirs. Un but sur 10 tirs. Il est dans la moyenne, et au volume, il s’est éta­bli comme un mar­queur de 30 buts.

Cette sai­son, après 11 matches, il compte 42 tirs et 5 buts. Pro­je­tés sur 82 matches, ces chiffres lui don­ne­raient 313 tirs et… 37 buts.

UNE RA­RE­TÉ

Il est fa­cile de dire que le nombre de tirs n’est pas si­gni­fi­ca­tif comme sta­tis­tique. Il n’est pas rare d’en­tendre des hommes de hockey pes­ter contre les sta­tis­tiques avan­cées, poin­tant que tel ou tel joueur prend par­fois des tirs de loin, peu dan­ge­reux, sim­ple­ment pour amé­lio­rer son in­dice Cor­si. In­dice dont cer­tains agents se servent en­suite pour illus­trer la va­leur de leur client. Mais il est très rare de voir Gal­la­gher ti­rer de loin.

Et, après tout, s’il était si fa­cile de ti­rer 300 fois en une sai­son, plus de joueurs le fe­raient. Pre­nez le Tri­co­lore. De­puis Guy La­fleur, seule­ment deux joueurs ont at­teint ce chiffre : Gal­la­gher et Max Pa­cio­ret­ty.

Alors, com­ment y ar­rive-t-on ? « J’ai comme men­ta­li­té de tou­jours don­ner prio­ri­té au tir, ex­plique le pe­tit ai­lier droit. Je sens que je contri­bue à l’at­taque quand je tire au fi­let. Mais je n’aborde ja­mais un match en me di­sant : “Je veux ti­rer tant de fois.” »

AVEC DANAULT

Phil­lip Danault joue au centre de­puis des an­nées, et Gal­la­gher est l’ai­lier qui lui a été le plus sou­vent ju­me­lé dans la LNH.

« Tu ne tires pas, tu ne scores pas ! Gal­ly va tel­le­ment au fi­let, des fois, avec deux ou trois re­tours, ça aug­mente vite son nombre de tirs. »

« Il est de­ve­nu un mar­queur de 30 buts parce qu’il se donne à chaque match, il paye le prix de­vant le fi­let et il tire beau­coup, pour­suit le Qué­bé­cois. À un mo­ment don­né, c’est la loi de la moyenne. Et comme il le fait tous les soirs, il se donne des chances. »

Il le fait mieux qu’en dé­but de car­rière, vi­si­ble­ment. À sa deuxième sai­son, il avait dis­pu­té 81 matches, en­core à 16 mi­nutes par match, et n’avait ob­te­nu que 211 tirs. Il a bien dû évo­luer. Ré­sul­tat : Gal­la­gher est de­ve­nu bien plus que le joueur qui fonce sim­ple­ment au fi­let au pé­ril de sa propre sé­cu­ri­té, par­fois aus­si de celle du gar­dien ad­verse. Ju­lien en sait quelque chose, pour avoir été der­rière le banc des Bruins, grands ri­vaux de di­vi­sion du CH, pen­dant les quatre pre­mières sai­sons du nu­mé­ro 11.

« Avec l’ex­pé­rience, tu peux amé­lio­rer ta fa­çon de jouer sans la chan­ger. À ses débuts, je voyais un gars qui tom­bait tou­jours sur les gar­diens, et il en­ra­geait les ar­bitres au­tant que l’autre équipe. Il pas­sait du temps au banc des pé­na­li­tés. »

« Il fonce en­core au fi­let, mais il est plus pru­dent. Il est aus­si plus ma­ture et ex­pé­ri­men­té. Il est plus com­plet, mais il n’a ja­mais chan­gé son ar­deur au tra­vail. »

Voi­là donc com­ment un joueur qui com­mence avec deux prises contre lui se rend à 500 matches.

— AR­CHIVES, LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Cette sai­son, après 11 matches, Bren­dan Gal­la­gher compte 42 tirs et 5 buts. Pro­je­tés sur 82 matches, ces chiffres lui don­ne­raient 313 tirs et… 37 buts.

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