Les at­taques per­son­nelles trop pré­sentes dans la cam­pagne

Le Droit - - ACTUALITÉS - JEAN-FRAN­ÇOIS CLICHE jf­[email protected]­so­leil.com

Les at­taques per­son­nelles ont pris trop de place dans la cam­pagne fé­dé­rale de cet au­tomne, se­lon une écra­sante ma­jo­ri­té de Ca­na­diens qui au­raient pré­fé­ré que les can­di­dats dis­cutent da­van­tage des ques­tions de fond.

C’est du moins ce que ré­vèle un son­dage Mains­treet : pas moins de 79 % des son­dés ont trou­vé que «les chefs de par­ti était trop concen­trés sur les at­taques per­son­nelles», contre seule­ment 21 % qui jugent que «nous avons eu une dis­cus­sion adé­quate sur les en­jeux au cours de cette élec­tion».

«Ça re­flète un cer­tain cy­nisme et c’est peut-être aus­si une per­cep­tion qui est res­tée après le dé­but de la cam­pagne, quand il y avait plus d’at­taques per­son­nelles, ana­lyse Luc For­tin, pré­sident de Mains­treet-Qué­bec. Il est quand même in­té­res­sant de no­ter que les élec­teurs li­bé­raux sont plus nom­breux que les autres à trou­ver que la cam­pagne a por­té sur les en­jeux et non sur les in­sultes, mais même dans ce groupe, cette per­cep­tion de­meure très mi­no­ri­taire [23 % contre 9 à 16 % chez les autres par­tis, NDLR].»

SINGH, LA MEILLEURE CAM­PAGNE

Cette im­pres­sion gé­né­ra­li­sée n’est sans doute pas étran­gère au fait que c’est Jag­meet Singh qui a me­né la meilleure cam­pagne, d’après les per­sonnes in­ter­viewées par Mains­treet. Le chef

néo­dé­mo­crate a été per­çu pen­dant toute la cam­pagne comme ce­lui dont les pro­pos étaient les plus po­si­tifs, et 61 % des ré­pon­dants ont es­ti­mé que sa cam­pagne avait été «bonne», «très bonne» ou «ex­cel­lente». Et ce, même si le NPD a re­cu­lé de 4 % dans les suf­frages ex­pri­més et qu’il a per­du 15 des 39 sièges qu’il dé­te­nait à la dis­so­lu­tion de la Chambre des Com­munes.

Men­tion­nons que 51 % des Ca­na­diens croient que le chef blo­quiste Yves-Fran­çois Blan­chet a fait une bonne cam­pagne — ce qui est un score très ho­no­rable pour un lea­der in­dé­pen­dan­tiste à l’échelle ca­na­dienne. Au Qué­bec, ce sont pas moins de 79 % des ré­pon­dants qui sont de cet avis.

À l’in­verse, ces mêmes son­dés n’ont pas ac­cor­dé de très bonnes notes au lea­der conser­va­teur An­drew Scheer : seule­ment 33 % croient qu’il a fait une bonne cam­pagne, contre 65 % qui la juge «passable», «mau­vaise» ou «très mau­vaise». Ce qui peut sem­bler éton­nant puisque le Par­ti conser­va­teur a pro­gres­sé de 2,5 % et de 26 sièges par rap­port à 2015, et qu’il a même rem­por­té une plu­ra­li­té de voix.

DÉ­MIS­SION DE SCHEER?

Mais qu’à ce­la ne tienne, seule­ment 50 % des per­sonnes son­dées es­timent que M. Scheer doit res­ter en poste (contre 60 à 70 % pour les autres chefs) et au­tant qui es­timent qu’il doit dé­mis­sion­ner.

En fait, sou­ligne M. For­tin, même chez les élec­teurs conser­va­teurs, M. Scheer semble as­sez contes­té puisque plus du tiers d’entre eux (36 %) veulent le voir quit­ter la tête du PCC. Chez ceux qui sont membres ou do­na­teurs du PCC, c’est 33 % — en­core qu’il faut faire at­ten­tion avec ces sou­sé­chan­tillons, dont la marge d’er­reur est plus grande.

«Je suis al­lé à Ot­ta­wa cette se­maine et le talk of the town là­bas, c’est l’ave­nir d’An­drew Scheer, dit M. For­tin. Parce que oui, il a ob­te­nu la plu­ra­li­té des voix et fait pro­gres­ser le PCC, mais plu­sieurs té­nors du par­ti le cri­tiquent ou­ver­te­ment. Ça chauffe pour lui pré­sen­te­ment dans les rangs conser­va­teurs. […] La mau­vaise nou­velle pour lui, ce sont les don­nées en On­ta­rio, parce que le congrès du Par­ti conser­va­teur où au­ra lieu le vote de confiance se tien­dra à To­ron­to. Évi­dem­ment, il y au­ra des dé­lé­gués de par­tout au Ca­na­da mais, dans ces congrès-là, c’est tou­jours plus fa­cile d’avoir des dé­lé­gués de la place parce qu’ils n’ont pas à se dé­pla­cer au­tant, à trou­ver une chambre, etc. Et en On­ta­rio, il y a da­van­tage de gens qui veulent son dé­part qu’il y en a qui veulent le voir res­ter [par 51 à 49 %, NDLR].»

TRU­DEAU «PASSABLE»

De son cô­té, la cam­pagne du chef li­bé­ral Jus­tin Tru­deau n’a pas été ju­gée par­ti­cu­liè­re­ment bonne par les ré­pon­dants de Mains­treet, puisque 55 % d’entre eux l’ont trou­vée «passable» ou pire, contre 45 % qui l’ont es­ti­mé «bonne» ou mieux. Il y a quand même 39 % qui vou­draient voir M. Tru­deau dé­mis­sion­ner, mais ce sont sur­tout des élec­teurs conser­va­teurs (73 %). Très peu de ceux qui ont vo­té li­bé­ral de­mandent sa dé­mis­sion (8 %). Ce son­dage a été réa­li­sé par ap­pels au­to­ma­ti­sés au­près de 1108 Ca­na­diens adultes les 26 et 27 oc­tobre der­nier. Un échan­tillon de cette taille vient avec une marge d’er­reur de ± 2,9 % 19 fois sur 20. Les sous-échan­tillons ont tou­jours des marges d’er­reur plus grandes.

«Je suis al­lé à Ot­ta­wa cette se­maine et le talk of the town là-bas, c’est l’ave­nir d’An­drew Scheer. Parce que oui, il a ob­te­nu la plu­ra­li­té des voix et fait pro­gres­ser le PCC, mais plu­sieurs té­nors du par­ti le cri­tiquent ou­ver­te­ment»

— Luc For­tin, pré­sident de Mains­treet-Qué­bec

— PHO­TO LA PRESSE CA­NA­DIENNE, JUS­TIN TANG

Les son­dés n’ont pas ac­cor­dé de bonnes notes à la cam­pagne du chef conser­va­teur, An­drew Scheer : seule­ment 33 % croient qu’il a fait une bonne cam­pagne.

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