Beau­coup d’exemp­tions au cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té

Le Droit - - LA UNE - DA­NIEL LE­BLANC dle­[email protected]­droit.com

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D’un bout à l’autre de l’Ou­taouais, la presque to­ta­li­té des de­mandes d’exemp­tion ac­cep­tées pour le nou­veau cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té dis­pen­sé dans les écoles du Qué­bec pro­viennent de la Com­mis­sion sco­laire des Por­tages-del’Ou­taouais (CSPO).

Au to­tal, 192 des 197 dé­ro­ga­tions ac­cor­dées dans la ré­gion l’ont été pour des éco­liers fré­quen­tant des éta­blis­se­ments de la CSPO, qui ac­cueille 18 500 élèves. Glo­ba­le­ment, 214 exemp­tions ont été sol­li­ci­tées par des pa­rents d’élèves fré­quen­tant cette com­mis­sion sco­laire.

À la Com­mis­sion sco­laire des Dra­veurs (CSD), dont la clien­tèle est com­pa­rable (18 000), deux des trois de­mandes re­çues ont été ac­cep­tées ; alors que trois dé­ro­ga­tions ont été ac­cor­dées à la Com­mis­sion sco­laire Wes­tern Qué­bec (CSWQ), où deux de­mandes sont ac­tuel­le­ment en cours d’éva­lua­tion.

Vé­ri­fi­ca­tion faite par Le Droit, ni la Com­mis­sion sco­laire auCoeur-des-Val­lées (CSCV) ni la Com­mis­sion sco­laire des HautsBois-de-l’Ou­taouais (CSHBO) n’ont re­çu de de­mande d’exemp­tion pour ce cours.

De­puis la ren­trée sco­laire 2018, tous les élèves qué­bé­cois de la pre­mière an­née du pri­maire à la cin­quième se­con­daire re­çoivent sur une base an­nuelle entre 5 et 15 heures de cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té, avec des thèmes qui va­rient se­lon le ni­veau sco­laire.

La CSPO a été in­vi­tée à rendre des comptes au mi­nistre de l’Édu­ca­tion Jean-Fran­çois Ro­berge puisque 80 % des dé­ro­ga­tions à tra­vers toute la pro­vince ont été ac­cor­dées dans l’une de ses écoles, a in­di­qué dans une dé­cla­ra­tion écrite son at­ta­ché de presse, Fran­cis Bou­chard.

« Les exemp­tions [...] ne doivent se don­ner que dans de très rares cas, no­tam­ment pour les en­fants vic­times d’agres­sions sexuelles. Au­tre­ment, ces conte­nus sont obli­ga­toires. À notre sens, les mo­tifs re­li­gieux ne peuvent pas être in­vo­qués pour se dis­pen­ser du cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té. Ces conte­nus ne sont une at­taque à au­cune re­li­gion », af­firme-t-il, spé­ci­fiant que le pro­gramme a été va­li­dé par plu­sieurs ex­perts et que « ces conte­nus sont es­sen­tiels au bon dé­ve­lop­pe­ment de l’en­fant ».

M. Bou­chard ajoute qu’une fois que la CSPO au­ra four­ni des ex­pli­ca­tions, « s’il ap­pert qu’il de­vait exis­ter une faille dans les ba­lises mises en place par le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment », celles-ci se­ront res­ser­rées.

La CSPO n’a pas com­men­té la si­tua­tion, af­fir­mant être en at­tente de pré­ci­sions de la part du mi­nis­tère pour confir­mer les chiffres pu­bliés lun­di par le Jour­nal de Mon­tréal, même si chaque com­mis­sion sco­laire com­pile ces sta­tis­tiques.

Mal­gré plu­sieurs de­mandes, le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion n’avait pas été en me­sure non plus de va­li­der les chiffres de la CSPO au mo­ment d’al­ler sous presse. Il s’est conten­té d’in­di­quer que pour être exemp­té de ce cours, il faut que l’ac­ti­vi­té ou le conte­nu puisse cau­ser à l’élève un tort psy­cho­lo­gique ; ou en­core qu’il puisse por­ter at­teinte à une li­ber­té ou à un droit fon­da­men­tal ga­ran­tis par les chartes ca­na­dienne et qué­bé­coise.

Après une de­mande for­melle d’exemp­tion par écrit, une vé­ri­fi­ca­tion du ca­rac­tère sé­rieux du mo­tif est en­suite ef­fec­tuée par la di­rec­tion de l’école, qui peut exi­ger la pro­duc­tion d’un avis four­ni par un pro­fes­sion­nel ou en­core une dé­cla­ra­tion sous serment du pa­rent.

DES GROUPES DE PRES­SION?

Sans pré­tendre que ce pour­rait être la cause du nombre éle­vé de de­mandes d’exemp­tion dans le cas spé­ci­fique de la com­mis­sion sco­laire voi­sine, le pré­sident de la CSD Claude Beau­lieu a pris la balle au bond en abor­dant l’in­fluence crois­sante que pour­raient avoir des groupes de pres­sion ad­ve­nant l’abo­li­tion pro­chaine des com­mis­sions sco­laires avec le pro­jet de loi 40.

« Avec ce pro­jet de loi là, il va y avoir de plus en plus de groupes de pres­sion qui vont prendre le contrôle de cer­taines écoles. Avec l’élec­tion d’un conseil d’ad­mi­nis­tra­tion, s’il y a des gens qui ont des in­té­rêts par­ti­cu­liers, il s’agit juste qu’un tel groupe s’ins­talle et il va prendre le pou­voir. C’est ça, le dan­ger. Pré­sen­te­ment, les gens qui sont élus re­pré­sentent toutes les sphères de la ré­gion », dit-il.

M. Beau­lieu sou­tient que les ba­lises ac­tuelles au su­jet du cours d’édu­ca­tion d’édu­ca­tion à la sexua­li­té, mais qu’il faut don­ner aux com­mis­sions sco­laires « les moyens de ré­sis­ter » aux groupes de pres­sion.

Les exemp­tions [...] ne doivent se don­ner que dans de très rares cas, no­tam­ment pour les en­fants vic­times d’agres­sions sexuelles. Au­tre­ment, ces conte­nus sont obli­ga­toires.

— Fran­cis Bou­chard, at­ta­ché de presse du mi­nistre de l’Édu­ca­tion Jean-Fran­çois Ro­berge

« On doit à nos jeunes une édu­ca­tion sexuelle de qua­li­té. On ne peut pas se per­mettre de faillir à la tâche », ajoute-t-il.

— 123RF

De­puis la ren­trée sco­laire 2018, tous les élèves qué­bé­cois de la pre­mière an­née du pri­maire à la cin­quième se­con­daire re­çoivent sur une base an­nuelle entre 5 et 15 heures de cours d’édu­ca­tion à la sexua­li­té.

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