En­fouir les lignes n’est pas une op­tion

Le Droit - - ACTUALITÉS - PIERRE SAINT-AR­NAUD La Presse ca­na­dienne

MON­TRÉAL — Les Qué­bé­cois peuvent dire adieu aux rêves de voir les po­teaux dis­pa­raître du pay­sage et les fils sous terre à l’abri du vent et des branches.

Le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral d’Hy­dro-Qué­bec, Éric Mar­tel, a fer­mé la porte à double tour sur cette pos­si­bi­li­té, lun­di, alors que ses équipes tra­vaillaient tou­jours d’ar­rache-pied sur le ter­rain pour ré­ta­blir le cou­rant aux 43 655 clients tou­jours pri­vés d’élec­tri­ci­té à 16h.

« Il y a pré­sen­te­ment une hy­po­thèse un peu fa­cile à faire — que tout le monde fait — que d’en­fouir les fils ça rè­gle­rait tous les pro­blèmes, mais c’est clai­re­ment dé­mon­tré que non, ça ne règle pas tous les pro­blèmes », a tran­ché M. Mar­tel alors qu’il était à faire le bi­lan.

100 MIL­LIARDS $

Le PDG de la so­cié­té d’État a d’abord fait va­loir que le coût d’une telle opé­ra­tion at­tein­drait la somme as­tro­no­mique d’en­vi­ron 100 mil­liards $, soit plus que la va­leur to­tale des ac­tifs d’Hy­dro, qui s’élèvent à en­vi­ron 80 mil­liards $.

Mais sur­tout, il a ex­pli­qué que la per­cep­tion du grand pu­blic, qui voit l’en­fouis­se­ment comme une pro­tec­tion ul­time des fils contre les élé­ments, est er­ro­née.

« C’est faux de pen­ser que ça amé­lio­re­rait et que ça éli­mi­ne­rait les pro­blèmes qu’on a eus cette se­maine parce que lignes vieillisse­nt plus ra­pi­de­ment — ça fait drôle à dire — quand elles sont en­fouies : beau­coup plus de ré­pa­ra­tions, beau­coup plus dif­fi­cile de dé­tec­ter les pannes aus­si quand c’est sou­ter­rain. »

M. Mar­tel a ajou­té qu’avec le cli­mat ri­gou­reux du Qué­bec, « quand c’est l’hi­ver, qu’il y a de la glace, le sou­ter­rain de­vient aus­si dif­fi­cile ».

« Ce sont des coûts as­tro­no­miques et ça ré­gle­rait peut-être une par­tie du pro­blème, mais nos ta­rifs d’élec­tri­ci­té aug­men­te­raient de fa­çon si­gni­fi­ca­tive si on in­ves­tit 100 mil­liards $ dans notre ré­seau », a-t-il conclu.

LE­GAULT : «C’ÉTAIT IL Y A 20 ANS»

De­bout à ses cô­tés alors que les deux hommes ve­naient d’an­non­cer que le bar­rage East­main-1 de­ve­nait le bar­rage Ber­nard-Lan­dry, le pre­mier mi­nistre Fran­çois Le­gault a rap­pe­lé que ce genre d’évé­ne­ment de­meure as­sez rare.

« C’est sûr que si ça ar­ri­vait, ce genre d’in­ci­dent, à ré­pé­ti­tion, il fau­drait se po­ser des ques­tions. Mais la der­nière fois qu’un évé­ne­ment a tou­ché au­tant de per­sonnes, c’était il y a 20 ans », a-t-il dit en évo­quant la crise du ver­glas de 1998 qui avait pri­vé d’élec­tri­ci­té 1,4 mil­lion d’abon­nés.

« On en a eu un la se­maine der­nière qui a tou­ché 1 mil­lion de per­sonnes ; les autres évé­ne­ments qu’on a vé­cus, que ce soit aux Îles-de-laMa­de­leine ou à La­val ou à cer­tains en­droits, c’était très poin­tu : il y avait un pro­blème, une tor­nade, des vents très forts, 100 km/h. On était ca­pable en de­dans de 24 heures de ré­gler le pro­blème », a in­di­qué le pre­mier mi­nistre.

Fran­çois Le­gault a tout de même re­con­nu que « oui, on voit qu’il y a plus d’évé­ne­ments graves, des évé­ne­ments cli­ma­tiques qui amènent des pro­blèmes ».

DER­NIÈRE PHASE «DIF­FI­CILE»

Quelque 1400 tra­vailleurs d’Hy­dro-Qué­bec étaient tou­jours à pied d’oeuvre dans une der­nière ligne droite pour re­bran­cher tous les clients pri­vés d’élec­tri­ci­té après le pas­sage de la vio­lente tem­pête au­tom­nale de la se­maine der­nière.

« D’ici de­main, il res­te­ra peut-être un ou deux cas d’ex­cep­tion, mais notre ob­jec­tif est d’avoir re­bran­ché tout le monde », a af­fir­mé Éric Mar­tel, en sa­luant la ré­si­lience des abon­nés.

La liste de clients dans la noir­ceur avait fait un bon lun­di en rai­son d’une fuite de gaz à Mon­tréal qui a for­cé l’in­ter­rup­tion du ser­vice pour quelque 5000 abon­nés, si­tua­tion qui s’est ré­sor­bée ra­pi­de­ment.

Mais ceux qui sont tou­jours dé­bran­chés de­puis ven­dre­di re­pré­sentent un dé­fi par­ti­cu­lier puisque les trois quarts des pannes res­tantes ne touchent qu’une poi­gnée de clients et la ré­pa­ra­tion ne re­donne le ser­vice qu’à cinq, 10 ou 20 clients. « Évi­dem­ment c’est plus long », a sou­pi­ré le PDG.

— LA PRESSE CA­NA­DIENNE

En­fouir les lignes sous terre est une op­tion fa­cile qui ne fonc­tionne pas se­lon le pré­sident di­rec­teur gé­né­ral d’Hy­droQué­bec, Éric Mar­tel.

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