On en­voie un hé­li­co

Le Droit - - LA UNE - RI­CHARD THERRIEN rther­[email protected]­so­leil.com

Je ne m’étais ja­mais sen­ti au­tant en sé­cu­ri­té dans un vi­sion­ne­ment de presse qu’à ce­lui de

Sau­ve­tage ul­time, mar­di ma­tin. Peut-être une fois, quand j’ai pris un vol pi­lo­té par le com­man­dant Ro­bert Pi­ché, et que la Dre Ch­ris­tiane La­berge fai­sait par­tie des pas­sa­gers. Di­sons que ça ras­sure.

À tout mo­ment, mar­di, le té­lé­phone au­rait pu son­ner pour les six membres de l’es­couade de re­cherche et sau­ve­tage de la Sû­re­té du Qué­bec. Au moins deux d’entre eux au­raient dû nous quit­ter pour al­ler à la res­cousse d’un chas­seur per­du en fo­rêt ou pour sor­tir du pé­trin un ran­don­neur trop aven­tu­rier. Un quo­ti­dien qui dif­fère pas­sa­ble­ment du nôtre, et qui nous est mon­tré pour la pre­mière fois dans Sau­ve­tage ul­time, une sé­rie de 12 de­mi-heures, dif­fu­sée sur ICI Ex­plo­ra dès le lun­di 18 no­vembre à 22 h, à rai­son de deux épi­sodes à la suite.

En pa­ral­lèle, on nous montre chaque se­maine des cas bien réels et on s’im­misce au camp des

re­crues, dont sor­ti­ront seule­ment deux agents em­bau­chés. Et at­ten­dez de voir ce qu’on leur fait faire, sur des murs d’es­ca­lade ou en pis­cine. Au moins, pas d’hu­mi­lia­tion et de cris comme dans GTI : groupe

tac­tique d’in­ter­ven­tion, la sé­rie de Ca­nal D. Cer­tains sacres, mais le sou­rire n’est ja­mais bien loin.

On l’a vu dans De garde 24/7 et dans tous les do­cu­réa­li­tés qui peuplent notre té­lé de­puis quelques an­nées : ça nous prend des per­son­nages at­ta­chants. Et c’est le cas dans Sau­ve­tage ul­time, avec le plus lo­quace d’entre tous, Karl Sas­se­ville, sur­nom­mé K2, doyen et fon­da­teur de l’es­couade, et ses hommes, Mar­tin Le­clerc (Moe), De­nis Des­ruis­seaux (DD), Mar­tin Le­comte (TH) et Fran­çois Gour­bil (514). Pour­quoi des sur­noms ? Parce qu’en si­tua­tion d’ur­gence, deux Mar­tin, c’est pas pra­tique. Il n’y a hé­las pas en­core de femmes, mais ça ne sau­rait tar­der si on en croit l’op­ti­misme de K2.

Le pre­mier épi­sode dé­marre len­te­ment avec le sau­ve­tage d’un er­mite qui s’est per­du dans le brouillard, sur un sen­tier de ra­quettes. Quatre-vingts pour cent des sau­ve­tages se font en hé­li­co­ptère en pleine nuit. Ça peut avoir l’air hé­roïque, mais « c’est pas plus confor­table qu’un au­to­bus jaune », fait-on re­mar­quer. Au deuxième épi­sode, l’es­couade porte se­cours à un ado­les­cent de 17 ans vic­time d’un ac­ci­dent de vé­hi­cule tout ter­rain aux Monts Va­lin, dans le nord du Sa­gue­nay. À leur ar­ri­vée, Oli­vier, qui ne por­tait pas de casque, est à peine conscient, ba­billant quelques mots. L’ac­ci­dent le lais­se­ra dans un fau­teuil rou­lant, mais on sui­vra l’évo­lu­tion de son état dans la sé­rie. Ce sau­ve­tage illustre bien les condi­tions dans les­quelles ces agents doivent tra­vailler, dans un laps de temps très court. Des vies sont en jeu. Ça prend des nerfs d’acier, mais aus­si un calme, un sang-froid qui n’est pas don­né à tout le monde. Et ce ne sont sou­vent pas les plus jeunes qui y par­viennent ; ce tra­vail, ren­contre entre ma­tu­ri­té et force psy­cho­lo­gique, convient gé­né­ra­le­ment aux gens de plus de 40 ans.

Contrai­re­ment aux po­li­ciers « ré­gu­liers », qui sont ra­re­ment bien ac­cueillis par les cri­mi­nels à qui ils passent les me­nottes, ceux de l’es­couade sont bien sou­vent re­çus avec le sou­rire de vic­times, heu­reuses d’avoir été re­trou­vées à temps. Hé­las, d’autres n’ont pas sur­vé­cu, comme cette per­sonne qui se sui­cide du haut d’un pont en Mau­ri­cie. Des images qui ébranlent les agents et res­tent gra­vées dans leur mé­moire. N’ayez crainte, au­cune image ne vous trau­ma­ti­se­ra ; on en montre le moins pos­sible. L’idée est de mon­trer le tra­vail ad­mi­rable de ces gens, pas de nous em­pê­cher de dor­mir. Reste que sou­vent, on peut sou­li­gner l’im­pru­dence de cer­taines vic­times, avec qui les agents doivent avoir de bonnes conver­sa­tions, et à qui ils re­mettent des consignes à res­pec­ter pour leur pro­chaine ex­pé­di­tion.

Comme l’es­ca­lade gagne des adeptes, que ce soit en Gas­pé­sie, dans Char­le­voix ou au Sa­gue­nay, l’es­couade doit se mettre à jour en la ma­tière. On si­mule entre autres le sau­ve­tage d’une femme vic­time d’une ava­lanche – de pré­fé­rence en 15 mi­nutes, après, c’est ris­qué – dans les ChicC­hocs. Puis, on teste le ver­tige des re­crues sur une struc­ture du pont Jacques-Car­tier.

L’équipe du réa­li­sa­teur Guillaume Syl­vestre et de la pro­duc­trice Re­née-Claude Rien­deau a dû se faire dis­crète pour ne pas alour­dir le tra­vail de ces hommes. C’est réus­si, on croit sou­vent y être. « Si cette émis­sion peut sau­ver une vie, notre ob­jec­tif se­ra at­teint », nous dit Karl Sas­se­ville, qui croit au rôle de pré­ven­tion, et bien prêt à rem­bar­quer pour une deuxième sai­son.

— PHO­TO FOUR­NIE PAR ICI EX­PLO­RA

Contrai­re­ment aux po­li­ciers «ré­gu­liers», qui sont ra­re­ment bien ac­cueillis par les cri­mi­nels à qui ils passent les me­nottes, ceux de l’es­couade pré­sen­tée dans Sau­ve­tage ul­time sont bien sou­vent re­çus avec le sou­rire de vic­times, heu­reuses d’avoir été re­trou­vées à temps.

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