Di­rec­teur gé­né­ral sous pres­sion

Le Droit - - SPORTS - SYL­VAIN ST-LAURENT sst­[email protected]­droit.com

Rick Camp­bell a de la classe. Main­te­nant, on le sait. Le mot « classe » est pro­ba­ble­ment ce­lui qui est res­sor­ti le plus sou­vent, lun­di, quand on vou­lait dé­crire l’en­traî­neur dé­mis­sion­naire du Rouge et Noir d’Ot­ta­wa.

Camp­bell res­pecte suf­fi­sam­ment les par­ti­sans pour leur dire la vé­ri­té. Il quitte parce qu’il n’était plus ca­pable de s’en­tendre avec son pa­tron, le di­rec­teur gé­né­ral Mar­cel Des­jar­dins.

Il a suf­fi­sam­ment de gra­ti­tude en­vers Des­jar­dins pour ne pas trop don­ner de dé­tails sur leur re­la­tion.

Dans la tou­chante con­fé­rence de presse où il a fait ses adieux, il s’est échap­pé une seule fois. Et en­core. Il fal­lait être très at­ten­tif pour cap­ter le mes­sage.

« Je n’étais ja­mais heu­reux de voir quel­qu’un quit­ter la Place TD avec un goût amer dans la bouche. Et je trouve que la liste de gens qui nous ont quit­tés, amers, com­mence à être longue », a-t-il dé­cla­ré.

« Je ne veux pas al­ler plus loin sur ce su­jet. »

Mar­cel Des­jar­dins n’est pas un homme par­ti­cu­liè­re­ment cha­leu­reux. Par­fois, ses com­men­taires peuvent lais­ser pa­raître une cer­taine forme d’ar­ro­gance.

Et ça se com­prend. L’Ot­ta­wa Sports and En­ter­tain­ment Group (OSEG) le paie pour di­ri­ger un club de foot­ball pro­fes­sion­nel, pas une classe de ma­ter­nelle.

Le pro­fes­seur de ma­ter­nelle doit veiller au bon­heur de cha­cun de ses en­fants. Le di­rec­teur gé­né­ral doit as­sem­bler les élé­ments qui for­me­ront un club ga­gnant. Quitte à écra­ser quelques or­teils et frois­ser des or­gueils au pas­sage.

La clé, c’est de trou­ver la ligne à ne pas fran­chir. Et s’as­su­rer de ne pas trop la fran­chir sou­vent.

L’ar­ro­gance ? Je di­rais que c’est presque né­ces­saire.

Dans une ligue où il faut re­cons­truire sa for­ma­tion chaque an­née, en ef­fec­tuant des di­zaines de tran­sac­tions, seuls ceux qui ont une confiance in­ébran­lable en leurs moyens sur­vivent.

En­core une fois, il faut trou­ver l’équi­libre. On peut avoir confiance en ses moyens tout en re­con­nais­sant ses er­reurs.

À pa­reille date, l’an der­nier, Des­jar­dins dé­ci­dait de com­plè­te­ment dé­cons­truire son at­taque. Les ré­sul­tats ont été ca­tas­tro­phiques. Tan­dis que ses an­ciens connais­saient du suc­cès, ailleurs au pays, leurs suc­ces­seurs ont pas­sé un été de grosse mi­sère à Ot­ta­wa.

Des­jar­dins n’a pas exac­te­ment fait acte de contri­tion, jus­qu’à main­te­nant.

Dans la con­fé­rence de presse de lun­di, un col­lègue lui a de­man­dé à quel point le che­min vers le suc­cès se­rait long pour sa troupe.

« Nous ne sommes vrai­ment pas loin », a-t-il ré­pon­du avec une belle as­su­rance.

En es­pé­rant qu’il ne parle pas à tra­vers son cha­peau.

Parce que les di­ri­geants d’OSEG s’at­tendent réel­le­ment à ce que le Rouge et Noir re­trouve le seuil de la res­pec­ta­bi­li­té en 2020.

« Mon tra­vail consiste à don­ner beau­coup de corde à Mar­cel. Il peut en faire ce qu’il veut », ré­pond le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du groupe, Mark Gou­die.

« Dans notre or­ga­ni­sa­tion, ça fonc­tionne ain­si. Nous al­lons lais­ser Mar­cel me­ner sa barque. Et je suis convain­cu qu’il se mon­tre­ra tout aus­si exi­geant en­vers le nou­vel en­traî­neur-chef qu’il em­bau­che­ra. »

In­ter­pré­ta­tion per­son­nelle : Des­jar­dins a in­té­rêt à trou­ver un en­traî­neur com­pé­tent pour prendre la re­lève. Il au­ra aus­si tout in­té­rêt à re­cru­ter les bons joueurs au­to­nomes. Parce que son propre contrat se­ra échu dans un an. S’il sou­haite conti­nuer à ga­gner sa vie dans le Glebe...

La sai­son morte s’an­nonce vrai­ment très in­té­res­sante.

Une der­nière ob­ser­va­tion. OSEG a réus­si à re­lan­cer le foot­ball dans la ca­pi­tale en ven­dant l’image d’un club sé­rieux qui ne se prend pas trop au sé­rieux. Un club vrai­ment bran­ché sur sa com­mu­nau­té, in­clu­sif, avec une iden­ti­té bien par­ti­cu­lière. Un club avec des mou­choirs sur le ter­rain, avec une « ma­fia » fran­co­phone réunis­sant les meilleurs joueurs du Qué­bec et de l’On­ta­rio fran­çais. Un club sou­te­nu par des bû­che­rons qui coupent des ron­dins dans la zone des buts après chaque tou­ché.

Un club où il ré­gnait une am­biance fa­mi­liale.

Cette image en a pris pour son rhume, dans les der­niers mois.

Le col­lègue Mar­tin Comtois, qui passe ses étés à la Place TD de­puis 2014, es­time que l’or­ga­ni­sa­tion au­ra du da­mage control à faire dans les pro­chains mois.

C’est dans ce contexte, pas fa­cile, que Mar­cel Des­jar­dins de­vra na­vi­guer.

— LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Le di­rec­teur gé­né­ral du Rouge et Noir, Mar­cel Des­jar­dins, est à la re­cherche d’un en­traî­neur­chef. Un choix qui risque d’être dé­ter­mi­nant pour son ave­nir avec le club ot­ta­vien.

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