Les cours d’édu­ca­tion sexuelle sont cru­ciaux

Le Droit - - ACTUALITÉS - STÉ­PHA­NIE MA­RIN La Presse ca­na­dienne

Les cours d’édu­ca­tion sexuelle sont au coeur de la pré­ven­tion de la prostituti­on, a fait va­loir une té­moin de­vant la Com­mis­sion spé­ciale sur l’ex­ploi­ta­tion sexuelle des mi­neurs, jeu­di à Qué­bec.

C’est un an­cien proxé­nète lui­même qui le dit.

C’est ce qu’a rap­por­té Ka­rine Du­bois, pro­duc­trice du do­cu­men­taire Tra­fic, qui a té­moi­gné à la com­mis­sion avec la réa­li­sa­trice Catherine Proulx. Celles-ci se sont pen­chées en­semble sur les rouages mé­con­nus de l’ex­ploi­ta­tion sexuelle et de la prostituti­on ju­vé­nile.

La ré­pres­sion ne suf­fit pas, a fait va­loir Mme Du­bois, qui in­siste qu’il faut agir en amont.

Et l’une des clés de la pré­ven­tion, c’est l’édu­ca­tion sexuelle, se­lon un an­cien proxé­nète ren­con­tré par son équipe, qu’elle a ap­pe­lé « Ke­vin ».

« On ne nous ap­prend pas à res­pec­ter », a-t-il dit. « Je sais rien moi. Je sais que pour faire un en­fant, il faut f... une femme, mais ils ne nous parlent pas du res­pect. On n’a rien ap­pris de ça », a rap­por­té Mme Du­bois en ré­pé­tant ses pa­roles.

On a une res­pon­sa­bi­li­té d’édu­quer les gar­çons. Si la seule édu­ca­tion sexuelle est trou­vée par les jeunes eux-mêmes en ligne, « ne nous éton­nons pas que l’ex­ploi­ta­tion sexuelle puisse leur sem­bler une ave­nue à consi­dé­rer », a-t-elle ajou­té de­vant les élus pro­vin­ciaux qui sont membres de la com­mis­sion.

« Nous de­vons nous de­man­der col­lec­ti­ve­ment comment nous pour­rions mieux faire les choses pour que moins de jeunes hommes viennent à pen­ser que le proxé­né­tisme est une forme de cri­mi­na­li­té comme les autres. »

Dans les centres jeu­nesse, des gar­çons en cô­toient d’autres qui ont été « pimps » et ils se­ront peu­têtre in­té­res­sés à le de­ve­nir dans un ave­nir rap­pro­ché, ex­plique Mme Du­bois.

« Un jeune en centre nous a dé­jà fait re­mar­quer que c’est par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sant de de­ve­nir “pimp” parce qu’il y a beau­coup moins de chance de se faire prendre (que pour les autres crimes) et que la fille, contrai­re­ment à la drogue, est une mar­chan­dise qu’on peut re­vendre plu­sieurs fois. »

Elle sug­gère donc que les centres jeu­nesse se dotent de pro­grammes « cos­tauds » d’édu­ca­tion sexuelle.

Mais elle croit aus­si que ce­la pren­drait des pro­grammes de sen­si­bi­li­sa­tion pour le grand pu­blic.

Car le client, « c’est Mon­sieur-tout-le-monde ».

« Vous en connais­sez sû­re­ment un », a-t-elle lan­cé.

La réa­li­sa­trice et la pro­duc­trice ont d’ailleurs dé­plo­ré la ba­na­li­sa­tion de l’achat de ser­vices sexuels. Fa­cile, ac­ces­sible en ligne. Juste un autre on­glet à ou­vrir sur l’écran d’or­di­na­teur.

« Ce n’est pas un être hu­main : on com­mande quelque chose », a ti­ré comme gla­cial constat Mme Proulx.

C’est comme si payer dé­doua­nait les clients, a ren­ché­ri sa col­lègue.

Mais « tout est contrô­lé pour que le client ne sente pas qu’il est dans un contexte d’ex­ploi­ta­tion », a sou­li­gné Catherine Proulx. La fille sou­rit, est at­ten­tion­née, elle donne l’im­pres­sion qu’elle « aime ça ». Mais elles offrent cette fa­çade pour ne pas re­ce­voir des coups de leur proxé­nète, rap­pelle-t-elle.

AR­CHIVES, LA PRESSE

Se­lon un an­cien proxé­nète ren­con­tré par l’équipe de Ka­rine Du­bois, la pro­duc­trice du do­cu­men­taire Tra­fic, l’édu­ca­tion sexuelle est l’une des clés de la pré­ven­tion de la prostituti­on.—

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