Ta­bler sur ses 69 ans

Le Droit - - ACTUALITÉS - BRI­GITTE BRE­TON CHRO­NIQUE bbre­[email protected]­so­leil.com

C’est plu­tôt rare d’en­tendre une per­sonne ta­bler sur ses 69 ans dans le cadre d’un em­ploi. La mi­nistre res­pon­sable des Aî­nés et des Proches ai­dants, Mar­gue­rite Blais, le fait.

Elle n’hé­site pas à dire qu’elle n’a rien à perdre, qu’elle n’a pas à se pré­oc­cu­per de sa car­rière.

Est-ce une mi­nistre qui n’a rien à perdre qui fi­na­le­ment va ob­te­nir des gains pour les per­sonnes âgées que les gou­ver­ne­ments et la so­cié­té ou­blient trop ai­sé­ment ?

Au ré­cent fo­rum sur la san­té men­tale des adultes, Mar­gue­rite Blais si­gnale qu’elle est dans la même si­tua­tion que sa col­lègue de la San­té et des Ser­vices so­ciaux, Da­nielle McCann, plus jeune de quelques an­nées.

Une fa­çon pour cette com­mu­ni­ca­trice de dire aux par­ti­ci­pants et de­vant les mé­dias qu’elle est en poste pour les aî­nés, pour les proches ai­dants. Pour une cause et non pour sa per­sonne et son propre rayon­ne­ment.

« Pen­sez-vous que je suis en train de faire car­rière ? » À 69 ans — elle sou­ligne qu’elle est la plus âgée à l’As­sem­blée na­tio­nale — elle in­dique n’avoir pas be­soin de tra­vailler et ré­pète n’avoir rien à perdre.

« J’ai une pas­sion, une mis­sion. J’aime les aî­nés et les proches ai­dants. »

Et on la sent sin­cère. Sa pas­sion n’est pas ré­cente.

Elle rap­pelle en en­tre­vue qu’en 1979, elle avait à Ra­dioCa­na­da une chro­nique quo­ti­dienne sur les per­sonnes âgées et qu’elle a par­ti­ci­pé en 1986 à un co­mi­té sur les abus faits aux aî­nés. Thé­rèse La­voie-Roux était alors la mi­nistre de la San­té et des Ser­vices so­ciaux.

Fran­çois Le­gault a réa­li­sé une bonne prise lors­qu’il a re­cru­té dans ses rangs Mar­gue­rite Blais, an­cienne mi­nistre res­pon­sable des Aî­nés sous le gou­ver­ne­ment li­bé­ral de Jean Cha­rest.

Mme Blais a la confiance et la sym­pa­thie de bien des per­sonnes âgées et de proches ai­dants. C’est un atout pour le gou­ver­ne­ment Le­gault.

Mais, une mi­nistre qui n’a rien à perdre, qui n’a plus de plan de car­rière, peut aus­si s’avé­rer dif­fi­cile à contrô­ler et te­nace pour un pre­mier mi­nistre qui doit pro­cé­der à des choix, à des ar­bi­trages.

L’âge donne des cou­dées franches.

Ré­cem­ment, à une pé­riode de ques­tions à l’As­sem­blée na­tio­nale, Mar­gue­rite Blais a re­con­nu que le gou­ver­ne­ment li­bé­ral avait sa­bré les bud­gets dé­vo­lus aux per­sonnes âgées.

« La per­sonne qui sait qu’on a cou­pé dans les ef­fec­tifs, c’est moi. Je le sais parce que j’ai joué, moi, dans le film à l’As­sem­blée na­tio­nale. […] On a cou­pé dans les ef­fec­tifs pour at­teindre les bud­gets. Je le sais. Ça fait des an­nées qu’on coupe, mais ça fait des an­nées qu’on sait aus­si qu’il y a un vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, qu’il y a quelque chose qui ne va pas en quelque part. »

« Tous les gou­ver­ne­ments qui ont été au pou­voir pen­dant des an­nées ont cou­pé dans les ef­fec­tifs pour ar­ri­ver à un bud­get équi­li­bré au ni­veau de la san­té ».

Les aveux et la cri­tique concer­naient les li­bé­raux. Les at­tentes sont grandes à l’égard du gou­ver­ne­ment ca­quiste et de la mi­nistre

Blais. La Coa­li­tion ave­nir Qué­bec a pro­mis une tren­taine de mai­sons des aî­nés. Le gou­ver­ne­ment veut aus­si ajou­ter des places dans les centres d’hé­ber­ge­ment et de soins de longue du­rée (CHSLD).

C’est la pre­mière fois que Mme Blais a la res­pon­sa­bi­li­té des CHSLD. « Per­sonne ne me dit : “Mar­gue­rite, moi mon rêve c’est d’al­ler fi­nir mes jours en CHSLD”. »

Au cours de la der­nière an­née, elle en a vi­si­té 82. « J’ai vu des hor­reurs et j’en ai vu de très beaux. »

Va-t-elle réus­sir à re­do­rer l’image de ces éta­blis­se­ments, à four­nir des mi­lieux de vie dignes aux per­sonnes qui doivent y vivre, à ras­su­rer ceux qui y « placent » un père, une mère ?

Elle dit sen­tir avec M. Le­gault un ap­pui qu’elle n’avait pas avec les li­bé­raux. Un ap­pui qui s’ac­com­pagne d’in­ves­tis­se­ments.

LA BLONDE « INCOMPLÈTE »

Au fo­rum sur la san­té men­tale, Mme Blais a aus­si par­lé des pro­blèmes de san­té men­tale qu’elle a vé­cus.

Les dif­fi­cul­tés de son fils qui l’ont me­née en psy­chia­trie, et la dé­pres­sion qui a sui­vi le dé­cès de son ma­ri.

À l’is­sue du fo­rum, elle ra­conte qu’elle vient d’un mi­lieu ou­vrier et que son père lui ré­pé­tait qu’une per­sonne qui n’était pas al­lée à l’uni­ver­si­té n’était pas « com­plète ».

Sa fille Mar­gue­rite avait fait le conser­va­toire de mu­sique en pia­no et en orgue. Elle fai­sait du « show

bu­si­ness ».

« J’ai dit ça à la psy­chiatre : je ne suis pas une per­sonne com­plète. »

À 45 ans, elle s’ins­crit pour la pre­mière fois à l’uni­ver­si­té pour un bac­ca­lau­réat. Elle a com­mu­ni­qué avec la psy­chiatre pour lui dire que « la fe­nêtre ve­nait de s’ou­vrir ».

Elle a pour­sui­vi avec une maî­trise et un doc­to­rat en com­mu­ni­ca­tion, puis un post­doc­to­rat en 2008.

Bien des ef­forts et de la per­sé­vé­rance pour se sen­tir « com­plète ».

À ce pro­pos, la mi­nistre ajoute qu’elle est de l’époque où les filles blondes, étaient vues comme des « co­cottes ». « Les filles blondes qui tra­vaillaient en com­mu­ni­ca­tion étaient les faire-va­loir des gars. […] Je fais par­tie de cette gé­né­ra­tion. »

« Je n’étais peut-être pas fé­mi­niste comme les autres, mais au fond, j’étais fé­mi­niste. J’ai pris ma place, j’ai par­lé, je me suis ex­pri­mée, j’ai fait plein de choses, j’ai fait un bout. »

Les per­sonnes aî­nées et leur fa­mille, ain­si que les proches ai­dants, at­tendent aus­si que Mar­gue­rite Blais et son gou­ver­ne­ment fassent un bout ap­pré­ciable pour eux.

— PHOTOTHÈQU­E LE SO­LEIL

À 69 ans, Mar­gue­rite Blais n’hé­site pas à dire qu’elle n’a rien à perdre, qu’elle n’a pas à se pré­oc­cu­per de sa car­rière.

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