LES TRAINS À L’AR­RÊT

BLO­CUS DES VOIES FER­RÉES PAR DES MA­NI­FES­TANTS OP­PO­SÉS À UN PRO­JET DE GA­ZO­DUC DANS L’OUEST

Le Droit - - LA UNE - La Presse ca­na­dienne

Les voies blo­quées par des ma­ni­fes­tants qui pro­testent contre un pro­jet de ga­zo­duc en Co­lom­bie-Bri­tan­nique forcent le CN et Via Rail à fer­mer leur ré­seau dans l’est du pays.

Le CN et Via Rail ont an­non­cé jeu­di la fer­me­ture de leur ré­seau dans l’est du Ca­na­da, après plu­sieurs jours de per­tur­ba­tions cau­sées par les ma­ni­fes­tants qui bloquent les voies dans plu­sieurs pro­vinces pour pro­tes­ter contre un pro­jet de ga­zo­duc dans le nord de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique.

Le CN pré­cise que cette me­sure « com­pren­dra l’ar­rêt sé­cu­ri­taire des trains trans­con­ti­nen­taux sur son ré­seau ca­na­dien ». Le trans­por­teur fer­ro­viaire aver­tit que cette dé­ci­sion « pour­rait en­traî­ner sous peu des licencieme­nts tem­po­raires au sein de son per­son­nel » dans l’est du Ca­na­da.

La dé­ci­sion du CN a for­cé la main de Via Rail, qui uti­lise les in­fra­struc­tures fer­ro­viaires de l’en­tre­prise. « Via Rail n’a d’autre choix que d’an­nu­ler ses ser­vices jus­qu’à nou­vel ordre », écrit-elle dans un com­mu­ni­qué pu­blié sur son site in­ter­net. Via a tou­te­fois in­di­qué que deux lignes de­meu­raient en ser­vice : Sud­bu­ry-White Ri­ver et Chur­chill-The Pas. La pre­mière roule sur des voies du Ca­na­dien Pa­ci­fique, la se­conde sur des voies du Che­min de fer de la baie d’Hud­son.

Les trains en dé­pla­ce­ment ont pu se rendre à la gare la plus proche.

Le CN re­jette le far­deau de cette dé­ci­sion sur les épaules des ma­ni­fes­tants. La com­pa­gnie dé­plore que « les in­jonc­tions des tri­bu­naux n’aient tou­jours pas été ap­pli­quées en On­ta­rio et conti­nuent d’être igno­rées par les ma­ni­fes­tants ». Elle af­firme qu’il ne lui reste qu’une seule so­lu­tion : « in­ter­rompre pro­gres­si­ve­ment ses ac­ti­vi­tés dans l’est du Ca­na­da jus­qu’à la fin des blo­cages illé­gaux ».

« Avec plus de 400 trains an­nu­lés de­puis la se­maine der­nière et de nou­velles ma­ni­fes­ta­tions qui ont eu lieu à des en­droits stra­té­giques sur notre voie prin­ci­pale, nous avons dé­ci­dé qu’une in­ter­rup­tion pro­gres­sive de nos opé­ra­tions dans l’est du Ca­na­da était l’ap­proche res­pon­sable à prendre pour la sé­cu­ri­té de nos em­ployés et des ma­ni­fes­tants », a dé­cla­ré le pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral du CN, Jean-Jacques Ruest.

M. Ruest concède que cette dé­ci­sion « est re­gret­table pour son im­pact sur l’éco­no­mie ca­na­dienne ain­si que sur nos che­mi­nots, puisque ces pro­tes­ta­tions n’ont au­cun lien avec les ac­ti­vi­tés du CN et échappent à notre contrôle ».

Via Rail a in­di­qué qu’elle of­frait un rem­bour­se­ment com­plet pour tous les voyages an­nu­lés, ajou­tant qu’en rai­son du vo­lume de tran­sac­tions, le trai­te­ment du rem­bour­se­ment pour­rait prendre jus­qu’à 15 jours.

Le ser­vice de trains de ban­lieue entre Can­diac et Mon­tréal était tou­jours in­ter­rom­pu jeu­di à cause de l’oc­cu­pa­tion des voies à Kah­na­wake de­puis la fin de se­maine der­nière.

Les ma­ni­fes­tants ont dé­cla­ré mer­cre­di qu’ils resteraien­t en place tant que la Gen­dar­me­rie royale du Ca­na­da (GRC) ne quit­te­rait pas le ter­ri­toire de la na­tion Wet’su­wet’en.

In­ter­ro­gé sur la crise fer­ro­viaire que tra­verse le pays, le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau a dé­cla­ré à son ar­ri­vée à Mu­nich, en Al­le­magne, que son gou­ver­ne­ment conti­nuait de suivre la si­tua­tion « de très près », ajou­tant avoir eu une « longue conver­sa­tion pro­duc­tive » avec le pre­mier mi­nistre de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique, John Hor­gan.

« On va conti­nuer de rap­pe­ler aux gens qu’on est un pays, un État de droit, a-t-il dit à sa des­cente de l’avion. On va s’as­su­rer que les lois soient sui­vies. »

RENCONTRE AVEC LES LEA­DERS AU­TOCH­TONES

Le mi­nistre fé­dé­ral des Ser­vices aux Au­toch­tones, Marc Miller, et le pre­mier mi­nistre de la Co­lom­bieB­ri­tan­nique, John Hor­gan, tentent d’or­ga­ni­ser des ren­contres avec les di­ri­geants au­toch­tones dans l’es­poir de mettre un terme à ces oc­cu­pa­tions de voies fer­rées qui per­turbent le trans­port de mar­chan­dises et de pas­sa­gers au pays.

Le mi­nistre Miller a écrit une lettre à trois chefs au­toch­tones de l’On­ta­rio concer­nant la ma­ni­fes­ta­tion sur le ter­ri­toire an­ces­tral mo­hawk de Tyen­di­na­ga, qui a cau­sé l’in­ter­rup­tion du trans­port de mar­chan­dises et de pas­sa­gers entre To­ron­to et Mon­tréal. Le mi­nistre pro­pose de ren­con­trer les chefs sa­me­di à l’en­droit de leur choix.

Le pre­mier mi­nistre Hor­gan a éga­le­ment ren­du pu­blique jeu­di une lettre adres­sée à Si­mo­gyet Spookw, aus­si ap­pe­lé Nor­man Ste­phens, chef de la na­tion Gitx­san en Co­lom­bie-Bri­tan­nique. Dans sa lettre, le pre­mier mi­nistre re­mer­cie le chef d’avoir ten­du la main à son ca­bi­net pour pro­po­ser une rencontre avec les chefs hé­ré­di­taires des na­tions Gitx­san et Wet’su­wet’en.

À Québec, le pre­mier mi­nistre Fran­çois Le­gault a dé­cla­ré jeu­di ma­tin qu’il avait dis­cu­té avec son ho­mo­logue on­ta­rien, Doug Ford, de ce dos­sier qui « crée beau­coup d’in­con­vé­nients et au Québec, et en On­ta­rio », a-t-il dit. « On est tous les deux d’ac­cord pour dire que c’est d’abord un pro­blème fé­dé­ral — on parle d’un ga­zo­duc en Co­lom­bie-Bri­tan­nique —, c’est à Jus­tin Tru­deau à ré­gler le pro­blème », a sou­te­nu M. Le­gault.

Les or­ga­ni­sa­teurs de tels moyens de pres­sion à tra­vers le pays sont so­li­daires des op­po­sants au pro­jet de ga­zo­duc Coas­tal GasLink qui doit tra­ver­ser le ter­ri­toire an­ces­tral de la Pre­mière Na­tion Wet’su­wet’en près de Hous­ton, dans le nordouest de la Co­lom­bie-Bri­tan­nique.

— ETIENNE RAN­GER, LE DROIT

La Gare d’Ot­ta­wa était dé­serte, jeu­di soir, alors que les ac­ti­vi­tés de Via étaient in­ter­rom­pues jus­qu’à nou­vel ordre.

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