Hom­mage post­hume à un ju­riste aca­dien et fran­co-al­ber­tain

Le Franco - - JUSTICE_ET_DROITS - Me Gé­rard Lé­vesque

« … un pe­tit ca­deau pour la cause lin­guis­tique en Al­ber­ta… » En dé­cembre 2008, alors qu’il pra­ti­quait le droit au Bu­reau de l’aide ju­ri­dique en ma­tière fa­mi­liale, à Cal­ga­ry, Don­nie Dou­cet a pré­sen­té une re­quête pour que son client ait une au­dience en fran­çais de­vant la Cour pro­vin­ciale de l’Al­ber­ta. La Gen­dar­me­rie royale du Ca­na­da (GRC) de­meure une ins­ti­tu­tion fé­dé­rale même lors­qu’elle exerce ses ac­ti­vi­tés en ver­tu d’un contrat conclu avec une pro­vince. En 2004, al­lé­guant que ses droits lin­guis­tiques avaient été vio­lés, Don­nie Dou­cet, avait de­man­dé à la Cour fé­dé­rale de dé­cla­rer que le Rè­gle­ment sur les langues of­fi­cielles (com­mu­ni­ca­tions avec le pu­blic et pres­ta­tion des ser­vices) contre­ve­nait aux ga­ran­ties de la Charte ca­na­dienne des droits et li­ber­tés. Le juge Blan­chard lui avait don­né rai­son en concluant que ce Rè­gle­ment était alors in­com­pa­tible avec le pa­ra­graphe 20(1) de la Charte puis­qu’il vio­lait le droit du pu­blic de com­mu­ni­quer dans la langue of­fi­cielle de son choix avec une ins­ti­tu­tion fé­dé­rale lorsque l’em­ploi de cette langue fait l’ob­jet d’une de­mande im­por­tante. Le juge avait re­con­nu que la re­ven­di­ca­tion du de­man­deur dé­pas­sait lar­ge­ment sa si­tua­tion per­son­nelle puis­qu’elle por­tait sur le droit de tous les fran­co­phones qui cir­culent dans une ré­gion de la Nou­velle-Écosse. Ori­gi­naire de Ché­ti­camp (Nou­velle-Écosse) et pra­ti­quant le droit en Al­ber­ta, maitre Don­nie Dou­cet est dé­cé­dé dans un ac­ci­dent de la route au Cap­Bre­ton, le 5 mai der­nier. Il était en va­cances chez ses pa­rents au mo­ment de l’ac­ci­dent. Âgé de 37 ans, il ve­nait d’ac­cep­ter un em­ploi à Grande Prai­rie (Al­ber­ta), après avoir tra­vaillé plu­sieurs an­nées au Bu­reau de l’aide ju­ri­dique, à Cal­ga­ry puis à Le­th­bridge. Don­nie Dou­cet a étu­dié à l’Uni­ver­si­té St Ma­ry’s, à Ha­li­fax (Nou­velle-Écosse), puis à An­gers (France) avant de s’ins­crire en droit à l’Uni­ver­si­té de Monc­ton (Nou­veauB­runs­wick). Son pre­mier em­ploi en droit fut avec le ca­bi­net Le­Blanc Macdo­nald, de Port-Haw­kes­bu­ry, pour en­suite tra­vailler comme pro­cu­reur de la Cou­ronne à Ha­li­fax. Il était un ardent dé­fen­seur des droits lin­guis­tiques et avait pré­si­dé l’As­so­cia­tion des ju­ristes d’ex­pres­sion fran­çaise de la Nou­velle-Écosse, de 2002 à 2003. Il avait aus­si sié­gé au Con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de la Fé­dé­ra­tion des as­so­cia­tions de ju­ristes d’ex­pres­sion fran­çaise de com­mon law. À sa fa­çon, il a contri­bué à la fran­co­pho­nie ju­ri­dique de l’Al­ber­ta. De­vant le nombre gran­dis­sant d’obs­tacles à fran­chir pour ob­te­nir une ré­ponse fa­vo­rable, Me Dou­cet a es­ti­mé qu’il n’avait pas d’autre choix que d’aban­don­ner sa re­quête. Ce­pen­dant, bien convain­cu de l’im­por­tance des droits lin­guis­tiques, il se mit à la recherche de moyens pour sus­ci­ter une prise de conscience et un dé­bat sur le sta­tut du fran­çais de­vant les tri­bu­naux al­ber­tains. C’est ain­si que, quelques mois plus tard, il dé­ci­da de com­man­der la trans­crip­tion des trois au­diences te­nues dans le cadre de sa re­quête et de re­mettre cette do­cu­men­ta­tion à un col­lègue de pra­tique pri­vée avec le man­dat qu’elle soit dif­fu­sée afin de faire connaitre le genre d’obs­tacles dres­sés de­vant les ju­ristes et jus­ti­ciables qui, en Al­ber­ta, dé­si­rent uti­li­ser le fran­çais dans des causes non cri­mi­nelles et afin que s’in­dignent ceux qui de­vraient être in­di­gnés. Lorsque j’ai of­fert de contri­buer à payer le ser­vice de trans­crip­tion, Me Dou­cet a ré­pon­du : « Non, c’est moi qui va payer. Pas de pro­blème : un pe­tit ca­deau pour la cause lin­guis­tique en Al­ber­ta... » Les per­sonnes qui s’in­té­ressent aux droits lin­guis­tiques de­vant les tri­bu­naux al­ber­tains se doivent de lire la trans­crip­tion de ces au­diences, car, à mon avis, c’est tout un ca­deau. En ef­fet, l’ini­tia­tive de Me Dou­cet a per­mis de ré­vé­ler des faits sur­pre­nants dé­mon­trant entre autres que Jus­tice Al­ber­ta consi­dère le fran­çais comme une langue étran­gère. Et que, s’il vou­lait pour­suivre sa re­quête pour ob­te­nir une au­dience en fran­çais, Me Dou­cet de­vait tra­duire en an­glais la dé­ci­sion ren­due en fran­çais le 2 juillet 2008 par le juge Wen­den, de la Cour pro­vin­ciale de l’Al­ber­ta, dans l’af­faire R. c. Caron, 2008 ABPC 232. Pour­tant, comme ce­la fut dé­cou­vert plus tard, il exis­tait dé­jà, de­puis juillet 2008, une tra­duc­tion an­glaise de ce ju­ge­ment! Lorsque nous au­rons en­fin ob­te­nu de Jus­tice Al­ber­ta une po­li­tique sur les ser­vices ju­di­ciaires en fran­çais, ce se­ra un pro­grès dans la bonne di­rec­tion. Et, il se­ra alors per­mis d’af­fir­mer qu’à sa fa­çon, Me Dou­cet au­ra par­ti­ci­pé à cette re­con­nais­sance des droits lin­guis­tiques de la fran­co­pho­nie al­ber­taine. D’ici ce temps-là, il nous ap­par­tient d’uti­li­ser le ca­deau que Don­nie Dou­cet nous a lais­sé en hé­ri­tage afin de faire connaitre les in­jus­tices su­bies par les jus­ti­ciables et les ju­ristes qui tentent d’exer­cer le droit d’em­ployer le fran­çais de­vant les tri­bu­naux de l’Al­ber­ta. Pour plus de ments :

ren­seigne- Trans­crip­tion des au­diences du 1er et du 11 dé­cembre 2008 en Cour pro­vin­ciale de l’Al­ber­ta dans l’af­faire R. O.-A. : http://do­cu­men­ta­tion­ca­pi­tale. ca/in­dex. cfm?Re­per­toi­re_ No=75110 2913& voi r= c e nt r e _ de­tail&Id=3810 Trans­crip­tion de l’au­dience du 18 dé­cembre 2008 en Cour pro­vin­ciale de l’Al­ber­ta dans l’af­faire R. O.-A. : http://do­cu­men­ta­tion­ca­pi­tale. ca/in­dex. cfm?Re­per­toi­re_ No=75110 2913& voi r= c e nt r e _ de­tail&Id=3811 Texte in­té­gral de la dé­ci­sion du 2 juillet 2008 du juge L.J. Wen­den, dans l’af­faire R. c. Caron, 2008 ABPC 232, et tra­duc­tion an­glaise de cette dé­ci­sion ren­due en fran­çais : http://do­cu­men­ta­tion­ca­pi­tale. ca/ in­dex. cfm? Re­per­toi­re_ No= 751102913& voir= cen­tre­de­tail& Id= 4849 Texte de la dé­ci­sion du juge Blan­chard dans l ’a f f a i r e Dou­cet c. Ca­na­da, 2004 CF 1444 :

www.can­lii.org/fr/ca/cf­pi/ Gé­rard Lé­vesque avo­cat et no­taire Le­vesque.Ge­[email protected]­pa­ti­co. ca

Maître Don­nie Dou­cet (17 mars 1975 - 5 mai 2012) Pho­to : Courtoisie

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