Cou­per dans l’ad­mi­nis­tra­tion avant l’en­sei­gne­ment

Afin d’équi­li­brer son bud­get opé­ra­tion­nel, le Cam­pus Saint-jean (CSJ) a an­non­cé, le 15 aout der­nier, une sé­rie de me­sures : ad­mi­nis­tra­tion, re­cru­te­ment, tech­no­lo­gie, tout a été re­vu et tou­ché avec l’ob­jec­tif de mi­ni­mi­ser l’im­pact des cou­pures sur les étud

Le Franco - - ÉDITORIAL - Étienne Ala­ry

« Dans tout bud­get, il y a deux com­po­santes : les re­ve­nus et les dé­penses. Nous fai­sons face à une in­suf­fi­sance de re­ve­nus par rap­port à des dé­penses que j’es­ti­mais né­ces­saires et rai­son­nables », a sou­li­gné, d’en­trée de jeu, le doyen du Cam­pus SaintJean, Marc Ar­nal. « Au cours de la der­nière an­née, il y a aus­si eu, au ni­veau de l’Uni­ver­si­té, une ré­al­lo­ca­tion de 2 % du bud­get, ce qui s’est tra­duit, ici à Saint-Jean, par une cou­pure », avance-t-il. L’ana­lyse bud­gé­taire des der­nières se­maines a vu le CSJ prendre cer­taines dé­ci­sions pour ré­duire les couts, no­tam­ment la mise à pied de 12 em­ployés. « Ce genre de dé­ci­sions n’est ja­mais fa­cile à prendre. L’ave­nue fa­cile au­rait été de cou­per un programme ou de di­mi­nuer de fa­çon sub­stan­tielle le nombre de char­gés de cours et de­man­der au pro­fes­seur d’en­sei­gner da­van­tage, ce qui au­rait eu un im­pact au ni­veau de la recherche, un as­pect qui est et qui de­meure très im­por­tant à mes yeux », ex­plique M. Ar­nal. « Ce­la nous a donc ame­nés à re­voir l’ad­mi­nis­tra­tion du CSJ, afin de conti­nuer à of­frir, dans la me­sure du pos­sible, le même ni­veau d’en­sei­gne­ment », ajoute-t-il. Ce der­nier es­time que ces sup­pres­sions de postes au­ront un im­pact cer­tain, mais qu’il se­ra mi­nime pour les étu­diants. « La mise à pied de per­son­nel est tou­jours un der­nier re­cours et ce n’est pas dans le gras que nous avons cou­pé. Outre les 12 li­cen­cie­ments, trois postes va­cants ont été abo­lis. Dans l’en­semble, 20 % des res­sources hu­maines au Cam­pus ont été tou­chées par les me­sures an­non­cées, que ce soit les li­cen­cie­ments ou des membres du per­son­nel qui ont vu une ré­duc­tion de leurs heures », men­tionne le doyen. « Nous n’avons pas juste cou­pé pour cou­per, nous avons re­pen­sé toute l’or­ga­ni­sa­tion. Par exemple, nous avons com­bi­né deux postes de di­rec­tion. Nous sommes dans un mode de re­cons­truc­tion, nous re­bâ­tis­sons la struc­ture et il y au­ra des ajus­te­ments à faire. Tout le monde doit avoir son mot à dire dans le pro­ces­sus », note Marc Ar­nal. Le sec­teur ad­mi­nis­tra­tif, qui a été le plus tou­ché, n’est pas le seul où le cou­pe­ret est tom­bé. « Nous avons aus­si été obli- gés de cou­per en tech­no­lo­gie, un sec­teur où nous étions très avan­cés. Nous avions même des contrats à l’ex­terne au ni­veau de la pro­gram­ma­tion. In­évi­ta­ble­ment, il a fal­lu ré­duire, mais nous avons gar­dé as­sez de ca­pa­ci­tés qui nous per­met­tront de nous main­te­nir à un ni­veau élevé », avance M. Ar­nal. Les pro­grammes, pour leur part, ont tous été re­vus au peigne fin. « Nous avons pris bien soin de nous as­su­rer que les mo­di­fi­ca­tions n’au­raient pas d’im­pact sur le che­mi­ne­ment aca­dé­mique des étu­diants. Cer­tains cours se­ront en ro­ta­tion, of­ferts aux deux ou trois ans, et d’autres cours sont en ré­serve. Donc, ils ne sont pas of­ferts pour le mo­ment », si­gnale Marc Ar­nal. Par­mi les autres me­sures, le sec­teur du re­cru­te­ment se­ra aus­si ap­pe­lé à se ser­rer la cein­ture. « Au ni­veau du re­cru­te­ment in­ter­na­tio­nal, nous avions ac­cès par le pas­sé à un ap­pui de Ci­toyen­ne­té et Im­mi­gra­tion Ca­na­da, mais le Mi­nis­tère a aus­si re­vu ces bud­gets, ce qui se tra­duit par un ap­pui de 25 000 $ que nous re­ce­vions, qui n’est pas là cette an­née », dé­clare M. Ar­nal. Mal­gré tout, le re­cru­te­ment in­ter­na­tio­nal de­meure une prio­ri­té, puisque l’éta­blis­se­ment ac­cueille­ra pour la ren­trée de sep­tembre plu­sieurs nou­velles ins­crip­tions cette an­née. « Pour ce qui est du re­cru­te­ment au ni­veau lo­cal, cer­tains pro­fes­seurs sont dé­jà ve­nus me voir pour of­frir leur ap­pui », an­nonce-t-il.

Centre des sciences?

Se­lon le doyen du CSJ, les com­pres­sions an­non­cées à la mi-aout au­raient pu être dif­fé­rentes si le pro­jet de Centre des sciences, qui est dans les airs de­puis quelques an­nées dé­jà, s’était concré­ti­sé. « Di­rec­te­ment et in­di­rec­te­ment, la non-réa­li­sa­tion à ce jour du pro­jet de Centre des sciences a joué un rôle. Ce centre vien­drait four­nir des es­paces ad­di­tion­nels, mais aus­si des la­bo­ra­toires à la hau­teur de ce que les étu­diants ins­crits à l’uni­ver­si­té peuvent s’at­tendre. Quand on fait du re­cru­te­ment d’étu­diants et qu’ils viennent ici voir ce que nous avons à leur of­frir, nos la­bo­ra­toires ne sont pas très im­pres­sion­nants. Ce­la nous af­fecte aus­si à convaincre les bailleurs de fonds, car plus nous avons des étu­diants, plus nous avons des ou­tils pour re­ven­di­quer », fait re­mar­quer Marc Ar­nal. Ce der­nier pré­cise que ne pas l’avoir, « vient jouer contre nous ». Ce pro­jet est, « mal­heu­reu­se­ment, en­core sur la glace, mais il de­meure une prio­ri­té de l’Uni­ver­si­té. Au cours des ré­centes der­nières an­nées, la si­tua­tion bud­gé­taire de la pro­vince n’était pas très pro­pice. Mais ce pro­jet va voir le jour », mar­tèle M. Ar­nal.

Si­tua­tion par­ti­cu­lière

Être un éta­blis­se­ment uni­ver­si­taire de langue mi­no­ri­taire dans une pro­vince à forte ma­jo­ri­té an­glo­phone amène cer­taines par­ti­cu­la­ri­tés qui ne sont peut-être pas tou­jours prises en consi­dé­ra­tion du cô­té de l’Uni­ver­si­té de l’Al­ber­ta. « L’as­pect fran­co­phone du CSJ, il ne faut pas le mi­ni­mi­ser. Cer­taines dé­penses sont rat­ta­chées à notre par­ti­cu­la­ri­té. Pour la ma­jo­ri­té des étu­diants, leur ni­veau de fran­çais n’est peut-être pas au ni­veau qu’il leur per­met­trait, par exemple, d’en­sei­gner. Ce­la né­ces­site une amé­lio­ra­tion. C’est un be­soin par­ti­cu­lier. Un constat si­mi­laire peut être fait pour nos étu­diants in­ter­na­tio­naux. Cer­tains ar­rivent avec très peu d’an­glais et c’est une pro­messe que nous leur fai­sons, de les ame­ner à être bi­lingues », ex­plique Marc Ar­nal. Le doyen es­time que la com­mu­nau­té doit s’in­té­res­ser à la si­tua­tion du Cam­pus : « La fran­co­pho­nie al­ber­taine est en droit de se ques­tion­ner sur l’im­pact du rôle du CSJ dans la com­mu­nau­té. » Étant don­né que la struc­ture bud­gé­taire se­ra re­vue dans la pro­chaine an­née, les lea­ders de la fran­co­pho­nie al­ber­taine doivent s’as­su­rer que la par­ti­cu­la­ri­té du Cam­pus soit prise en consi­dé­ra­tion. « Des études se­ront me­nées et la com­mu­nau­té de­vrait s’as­su­rer que ceux qui les pi­lo­te­ront com­prennent la si­tua­tion par­ti­cu­lière du Cam­pus Saint-Jean, comme éta­blis­se­ment post­se­con­daire fran­co­phone dans un contexte lar­ge­ment an­glo­do­mi­nant », pré­sente-t-il. Par ailleurs, toute la com­po­sante col­lé­giale n’a pas été tou­chée par ces me­sures, mais ce­la ne ga­ran­tit pas que son avenir soit as­su­ré pour au­tant à long terme. La com­mu­nau­té fran­co-al­ber­taine doit de­meu­rer « vi­gi­lante » sur le dos­sier col­lé­gial, conclut le doyen.

Se­lon Marc Ar­nal, les cou­pures ef­fec­tuées au Cam­pus Saint-Jean ne de­vraient pas avoir d’im­pacts ma­jeurs sur les étu­diants.

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