La co­opé­ra­tion fran­co-al­ber­taine en ac­tion

Le Franco - - À CALGARY -

Les ef­forts du mou­ve­ment co­opé­ra­tif dont des textes pa­raissent dans les pages de La Sur­vi­vance dès 1933 portent fruit dans les com­mu­nau­tés fran­co-al­ber­taines au cours des dé­cen­nies sui­vantes. Le mou­ve­ment entre tout à fait dans les sou­haits de l’Église ca­tho­lique. En 1922, l’en­cy­clique Ur­bi Ar­ca­no du Pape Pie XI en­cou­rage les Ca­tho­liques du monde en­tier à s’unir pour amé­lio­rer les condi­tions de vie dans la so­cié­té. Du­rant les an­nées trente, ce­ci mène au dé­ve­lop­pe­ment de l’Ac­tion Ca­tho­lique au Ca­na­da1. Avec le temps, l’or­ga­nisme se di­ver­si­fie, créant entre autres, l’Ac­tion Ru­rale Ca­tho­lique et la Jeu­nesse Ru­rale Ca­tho­lique, des regroupements qui s’as­so­cient fa­ci­le­ment au mou­ve­ment co­opé­ra­tif. Avec l’en­cou­ra­ge­ment de leurs évêques, les cu­rés des pa­roisses joue­ront un rôle im­por­tant dans la créa­tion des co­opé­ra­tives, que ce­la soit des caisses po­pu­laires, des ma­ga­sins co­opé­ra­tifs ou d’autres genres de co­opé­ra­tives. Si le cler­gé contri­bue au dé­ve­lop­pe­ment du mou­ve­ment co­opé­ra­tif, ils ne sont pas les seuls. Dans les com­mu­nau­tés ru­rales, des cor­vées de tra­vail entre les fer­miers étaient pra­ti­quées tra­di­tion­nel­le­ment, que ce­la soit pour la cons­truc­tion d’une grange, pour les foins ou le mois­son­nage, ou autre. Par­fois aus­si, pour le bien-être com­mun, par­ti­cu­liè­re­ment dans les nou­velles co­lo­nies, comme dans l’ouest ca­na­dien, avant l’exis­tence de l’État Pro­vi­dence, les gens contri­buaient fi­nan­ciè­re­ment ou don­naient de leur temps pour le fi­nan­ce­ment et la cons­truc­tion d’églises et d’hôpitaux. D’autres ser­vices s’or­ga­ni­saient aus­si en com­mun, comme le cas des fer­miers de Beaumont. En 1899, sou­hai­tant se rac­cor­der au réseau té­lé­pho­nique du vil­lage de Stra­th­co­na, en face de la ville d’Ed­mon­ton, étant tout proche, ils co­tisent deux dol­lars cha­cun et four­nissent et posent les po­teaux pour le ser­vice. Ils com­plètent le bran­che­ment en jan­vier 19012. Tout jeune, Al­bert Ri­vard était un des fon­ceurs qui avait par­ti­ci­pé à la cons­truc­tion de la ligne té­lé­pho­nique de Beaumont, et il ne ces­sa d’être ac­tif dans des pro­jets de so­cié­té. Entre 1928 et 1938, il est membre du con­seil du dis­trict mu­ni­ci­pal de Bla­ck­mud, et en 1945, c’est grâce à son ini­tia­tive que la com­mu­nau­té or­ga­nise une co­opé­ra­tive des oeufs et de vo­lailles. Après la pre­mière an­née d’opé­ra­tion, elle donne une ris­tourne de 10 000 $ à ses membres3. Si­tués si près de la ville flo­ris­sante d’Ed­mon­ton, les fer­miers de Beaumont res­sen­tirent net­te­ment le be­soin d’élec­tri­fi­ca­tion après 1945, les pe­tits gé­né­ra­teurs qu’ils uti­li­saient alors ne suf­fi­sant plus à la tâche. Le su­jet d’élec­tri­fi­ca­tion était dis­cu­té dans les jour­naux de l’époque, le gou­ver­ne­ment fédéral en­cou­ra­geait la créa­tion de pro­jets pi­lotes dans les pro­vinces et fai­sait par­tie de la cam­pagne élec­to­rale pro­vin­ciale de 1944. Swal­well, une com­mu­nau­té ru­rale près de Olds, est la pre­mière à re­ce­voir le ser­vice en 1944, un pro­jet pi­lote. Deux ans plus tard, seule­ment quatre lo­ca­li­tés dans la pro­vince sont bran­chées, dont Willing­don au nord-est d’Ed­mon­ton4. À la page de ces dé­ve­lop­pe­ments, en 1946, Ri­vard s’in­forme de la si­tua­tion et ap­prend que ce ne se­ra pas pos­sible avant 1948. Per­sis­tant, l’an­née sui­vante, il se rend à Cal­ga­ry avec deux col­lègues et suit un ate­lier de la part des fonc­tion­naires de Cal­ga­ry Po­wer sur comment or­ga­ni­ser une co­opé­ra­tive d’élec­tri­fi­ca­tion, ce qu’il fonde en re­ve­nant à Beaumont. La pre­mière réunion a lieu dans la salle pa­rois­siale. Au prin­temps de 1949, cette as­so­cia­tion ru­rale d’élec­tri­fi­ca­tion de Clearwater branche 61 fer­miers au réseau au prix de 615,45 $ cha­cun. Comme pour Beaumont, l’élec­tri­fi­ca­tion s’est fait de cette fa­çon ailleurs dans la pro­vince; dans les cam­pagnes au­tour de Saint-Paul, des pe­tites co­opé­ra­tives sem­blables se créent vers 1950. Tou­jours à Beaumont, du­rant les an­nées qua­rante, le curé de la pa­roisse, l’ab­bé J. E. La­pointe, avait convo­qué une réunion pour créer une caisse po­pu­laire qui avait vue le jour le 30 mai 1946. Elle su­bit des hauts et des bas, mais, en 1984, elle pos­sède plus de 10 millions en ac­tifs, com­prend sept em­ployés et 1900 membres5. Pe­tite note, à Beaumont, les fi­nances de­vaient être l’af­faire des hommes, parce que dans l’énu­mé­ra­tion des di­rec­teurs entre 1947 et 1959 pu­blié dans le livre d’his­toire com­mu­nau­taire, au­cune femme n’y fi­gure. Un autre res­sor­tis­sant de Beaumont qui fut un avide pro­mo­teur du mou­ve­ment co­opé­ra­tif fut l’ab­bé Ro­land Bé­ru­bé (1909-1990). Jeune homme, il fut sans doute in­fluen­cé par son mi­lieu, et sans doute il était lié de pa­ren­té de quelque fa­çon à Al­bert Ri­vard, dont l’épouse était une Bé­ru­bé, étant don­né que la com­mu­nau­té de Beaumont a été en par­tie fon­dée par cette grande fa­mille qui y mi­gra en grappe du Qué­bec au tour­nant du 20e siècle. Le fils d’un mar­chand pros­père, il fit ses études dans les pen­sion­nats des Filles de Jé­sus à Mo­rin­ville et au Lac-laBiche6. En 1922, étu­diant au col­lège des Jé­suites à Ed­mon­ton, en 1929, il en­tra au sé­mi­naire Saint-Jo­seph et fut or­don­né prêtre en 1933. Pos­té à la pa­roisse Sainte-Li­na du nord-est de la pro­vince en 1934, ses ta­lents d’or­ga­ni­sa­teur se ma­ni­festent. La co­lo­ni­sa­tion était en­core ré­cente dans cette pa­roisse, et la ma­jo­ri­té des fer­miers étaient loin d’être pros­pères. L’ab­bé Bé­ru­bé or­ga­nise un cercle d’étude pour la créa­tion d’une caisse po­pu­laire, qui est créée en 1938.

La Caisse po­pu­laire Sainte-Hé­lène se­ra la pre­mière du nord-est de la pro­vince. La pa­roisse de Saint-Paul or­ga­nise la sienne l’an­née sui­vante. Après une tren­taine d’an­nées, suite à l’amé­lio­ra­tion des routes et des moyens de com­mu­ni­ca­tion, la caisse po­pu­laire de Sain­teLi­na est amal­ga­mée à celle de Saint-Paul avec la con­di­tion qu’un re­pré­sen­tant des membres de Sainte-Li­na siège tou­jours à son con­seil exé­cu­tif7. L’ab­bé Ri­vard aide aus­si à l’or­ga­ni­sa­tion d’un ma­ga­sin co­opé­ra­tif pour sa pa­roisse. Il ar­rive que les ma­ga­sins co­opé­ra­tifs entre en concur­rence avec les ma­ga­sins dé­jà sur place, comme ce fut le cas à Sainte-Li­na pour ce­lui de Jo­seph Lo­zeau. Ce der­nier ar­rive à re­te­nir sa place mal­gré tout, ce qui ne se­ra pas le cas pour toutes les en­tre­prises pri­vées de ces pe­tites com­mu­nau­tés, où il n’y avait pas grand place pour de la concur­rence. Quoi qu’il en soit, en plus de four­nir du ma­té­riel pour ses clients, la Co-op de Sainte-Li­na, en 1941, de­vient aus­si un dé­pôt pour les bi­dons de crème, qui sont trans­por­tés à la crè­me­rie co­opé­ra­tive à Saint-Paul du Nor­thern Al­ber­ta Dai­ry Pool. L’ar­gent étant tou­jours rare dans ces temps-là, ce ser­vice per­met aux fer­miers de la ré­gion d’avoir un pe­tit re­ve­nu ré­gu­lier bien ap­pré­cié, en plus d’un chèque de ris­tourne en fin d’an­née. En 1941, le ma­ga­sin co­opé­ra­tif pro­cure des abeilles pour ses membres, ce qui est le dé­but de l’in­dus­trie de l’api­cul­ture dans la ré­gion, qui existe tou­jours d’ailleurs. Pour cette pre­mière com­mande, il faut une ving­taine d’équi­pages de che­vaux pour trans­por­ter les abeilles de la gare de Mal­laig à Sainte-Li­na. Ayant dé­bu­té avec 300 $, en 1944, le chiffre d’af­faire du ma­ga­sin co­opé­ra­tif est de 55 000 $ 8. Avec le temps et l’amé­lio­ra­tion des routes, le ma­ga­sin co­opé­ra­tif de Sainte-Li­na se­ra fer­mé et les membres sont trans­fé­rés au plus grand ma­ga­sin co­opé­ra­tif de la ré­gion, la Co-op à Saint-Paul. L’ab­bé Bé­ru­bé en­cou­rage aus­si la créa­tion de fermes co­opé­ra­tives des sys­tèmes Kol­khoz et Kib­boutz ; et semble-t-il qu’en 1943, les frères Dé­chaine de Sainte-Li­na tentent l’ex­pé­rience, unis­sant leurs avoirs, mais cer­tains d’entre eux aban­donnent après une sai­son et nous n’en sa­vons pas beau­coup plus, mal­gré qu’il soit pos­sible que les autres aient pour­suit l’af­faire un peu plus long­temps9. Les au­teurs du livre de Sainte-Li­na n’en disent pas plus sur l’éta­blis­se­ment de cette ferme ou d’autres du genre, mais dans une cau­se­rie que l’ab­bé Bé­ru­bé pré­sen­ta à la ra­dio pour la So­cié­té d’en­sei­gne­ment post­sco­laire, sec­tion fran­çaise de l’Al­ber­ta, sur la ferme co­opé­ra­tive, il pré­ci­sait que les douze membres du re­grou­pe­ment de « Le Grand Trunk Pa­ci­fic an­nonce le nom choi­si pour son hô­tel le Macdo­nald, construit par la compagnie Ca­na­dian Ste­wart qui vient de ter­mi­ner les tra­vaux d’ex­ca­va­tion. Les ar­chi­tectes sont MM. Ross et McFar­lane de Mon­tréal. Les plans sont pré­pa­rés pour­sept étages dont cinq sont ré­ser­vés pour 200 chambres cha­cune mu­nie d’une

salle de bain par­ti­cu­lière. »

Par cour­riel : Par la poste : Ré­ponse à la ques­tion du mois de mai 2012 :

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